Colloques et CongrèsAnnonces de Colloques et Congrès 20105èmes Assises de Génétique Humaine et Médicale
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Jeudi
10/06/2010 Corps, organisme et évolution (Université Cl. Bernard Lyon 1) |
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| 9h-9h15 | Accueil | ||
| 9h15-9h45 | Introduction générale | Philippe Jaussaud (Université Cl. Bernard Lyon 1) | |
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Session I. L’organisme et l’évolution : le point de vue des biologistes |
9h45-10h25 | Évolution des espèces, évolution des organismes ? | Jean-Marie Exbrayat (Université catholique de Lyon et Ecole Pratique des Hautes Etudes) et Michel Raquet (Université catholique de Lyon) |
| 10h25-11h05 | La prise en compte des contraintes internes physiques et biologiques de développement de l'organisme dans l'évolution. | Jean Chaline (CNRS et Ecole Pratique des Hautes Etudes) | |
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Session II.
L’organisme et l’évolution : le point de vue de l’historien des sciences |
11h30-12h10 | Le rôle fondateur de Lamarck dans le problème de la prise en compte de l'organisme dans l'évolution. | Stéphane Tirard (Université de Nantes) |
| 14h00-14h40 | Les théories épigénétiques de l’évolution. | Jean Gayon (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) | |
| 14h40-15h20 | Anthropotechnie et évolutions artificielles du corps humain. | Jérôme Goffette (Université Cl. Bernard Lyon 1) | |
| 15h40-16h20 | Organisme, fonction et explication dans la sélection naturelle. | Jonathan Simon (Université Cl. Bernard Lyon 1) | |
| 16h20-17h00 | La réception des idées de Darwin en France et le problème du fixisme. | Olivier Perru (Université Cl. Bernard Lyon 1) | |
| 17h00-17h30 | Conclusion | Michel Delsol (Université catholique de Lyon ) | |
| Conférence publique du soir | 20h30-22h30 | : Réflexion philosophique pour un dialogue renouvelé entre science et religion. | Dominique Lambert (Conseil Pontifical pour la Culture et Université Notre Dame de la Paix, Namur) |
| Répondant | Emmanuel Gabellieri (Université catholique de Lyon) | ||
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Vendredi
11/06/2010 Penser l’évolution et la création, par-delà le créationnisme (Université catholique de Lyon) |
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| Matinée : Débats historiques, interrogations métaphysiques | |||
| 9h-9h15 | Introduction | Gustave Martelet (Centre Sèvres, Paris et Université grégorienne de Rome) | |
| Session IV. | 9h15-10h00 | Termes et implications de la controverse historique sur l’origine de l’homme (Thomas Henry Huxley vs. Mgr Samuel Wilberforce, Oxford, 20 juin 1860). | John Hedley Brooke (Harris Manchester College, Oxford.) |
| 10h00-10h20 | Répondant : | Emmanuel d’Hombres (CNRS et Université catholique de Lyon) | |
| Session V. | 11h00- 11h45 | Le ou les créationnismes, face au problème de l’interprétation des premiers chapitres du livre de la Genèse. | Jean Michel Maldamé ( Université Catholique de Toulouse et Conseil Pontifical pour la culture) |
| 11h45-12h30 | D’où vient la « création » de nouveauté ? | Bertrand Souchard (Lycée Ampère, Lyon, et Université catholique de Lyon) | |
| Après-midi : Théorie de l’évolution et christianisme | |||
| Session VI. | 14h30-15h15 | L’assimilation de la création et de l’évolution dans la philosophie de Sertillanges. | Frédéric Crouslé (Lycée Sainte-Marie, Lyon) |
| 15h15-16h00 | Teilhard de Chardin, modèle ou contre exemple de synthèse entre évolution et création. | François Euvé (Centre Sèvres, Paris) | |
| Session VII. | 16h20-17h05 | L’intégration de la philosophie du process de Whitehead en théologie de l’évolution. | John Haught (Georgetown University, USA) |
| 17h05-17h25 | Répondant | Fabien Revol (Université catholique de Lyon) | |
| 17h45-18h00 | Conclusion générale | Pierre Gire (Université catholique de Lyon) | |
Organisées par la SFHSH, Société française pour l’Histoire des Sciences de l’Homme et la SHESVIE, Société française d’Histoire et d’Epistémologie des Sciences de la Vie.
Responsables : Daniel Becquemont (SFHSH), Jean-Claude Dupont (SHESVIE), Dominique Ottavi (SFHSH), Stéphane Tirard (SHESVIE)
ECOLE SUPERIEURE DE COMMERCE
79 AVENUE DE LA REPUBLIQUE
75011 PARISJEUDI 29 OCTOBRE de 9h30 à 17h30
09h30. ACCUEIL
10h00. Philippe SIERRA (Agrégé de géographie, Université Paris VIII) : « Darwin dans la géographie française ou les usages modestes du plus géographe des grands naturalistes. »
11h00. Nadia PIZANIAS (Doctorante en histoire des sciences, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : « Des usages de Darwin dans l’archéologie et l’anthropologie préhistoriques dans le seconde moitié du XIXe siècle (1859-1914) »
12h00. Dominique OTTAVI (Professeur, Université de Caen) : « Darwin et le développement de l’enfant »
14h30. Erwan BOUT (Agrégé d'arts) : « Protéimage : mécanismes darwiniens en art »
15h30. Bernard FELTZ (Institut supérieur de philosophie, UCL, Louvain-la-Neuve) : « L’Intelligent Design : enjeux philosophiques et sociétaux »
16h30. Etienne LOGIE (Doctorant Université de Nancy II) : « Quand Darwin s’invite chez les Américanistes. De l’usage de La Descendance de l’homme et la sélection sexuelle dans les recherches et débats des congrès fondateurs de la science américaniste (1875-1890). »
VENDREDI 30 OCTOBRE de 9h30 à 13h30
09h30. Gérald FOURNIER (Doctorant au LEPS (EA. 4148), Université Lyon 1) : « Patrick Tort et l’usage dialectique de Darwin »
10h30. Jean-Michel YVARD : « Usages et mésusages idéologiques de la théorie évolutionniste. Darwin était-il darwiniste social ? »
11h30. Emmanuel D’HOMBRES (UMR REHSEIS) : « Un usage controversé de Darwin : l’historiographie de l’évolutionnisme culturel »
12h30. Daniel BECQUEMONT (Professeur émérite Université de Lille III): « Est-il possible de définir le darwinisme social ? »
Thème
Depuis la mort de Buffon jusqu’à la constitution de la génétique chromosomique, le XIXe siècle, entendu au sens large, fut le moment où les sciences du vivant tentèrent de s’individualiser, notamment en s’affranchissant des sciences de la matière et de la seule fonction de classification des corps vivants. Comme tout savoir en fondation, la question de l’objet des sciences du vivant fut décisive et récurrente au fur et à mesure des transformations successives qui conduisirent de l’histoire naturelle à la biologie. Quel est l’objet d’une science de la vie ? Est-ce le processus vital en lui-même ? Est-ce l’organisation des corps qui en sont le siège ? Est-ce l’origine et la transformation de ces corps ? Ou est-ce le simple fonctionnement « mécanique » des organes ?
Indiscutablement, ces questions furent centrales dans le développement des différentes disciplines biologiques qui s’individualisèrent tout au long du XIXe siècle. Le projet de ce symposium est de les soumettre à une analyse comparée, afin de bien cerner la spécificité de ces questions, leurs rapports mutuels, et l’importance qu’elles ont éventuellement conservé jusqu’aux débats actuels en biologie. Il s’agira de mettre en regard les questions fondatrices des différentes disciplines au sein des sciences du vivant, mais aussi les traditions nationales au sein d’une même discipline. Ces analyses croisées permettront notamment d’éclairer le rôle joué par certains outils et procédés techniques (développement de la microscopie, des techniques de coloration, des processus d’analyse chimique, etc.) ainsi que l’importance du dialogue entre la biologie naissante et les autres domaines de la culture occidentale de l’époque, qui se concrétisa notamment par de nombreux transferts de concepts (colonie, mutualisme, division du travail, etc.).
Communications et participants
Gérald Jorland (Directeur d’étude à l’EHESS – Directeur de recherche au CNRS)
Quelle révolution pasteurienne dans les sciences du vivant ?Qu'il y ait eu une révolution pasteurienne dans les sciences du vivant, personne n'en doute. Il n'est pourtant pas facile de la caractériser précisément. Serait-ce l'adjonction d'un nouveau règne dans la classification naturelle? L'émergence d'une nouvelle discipline? L'introduction d'une nouvelle thérapeutique? Je chercherai à montrer que la révolution pasteurienne consiste en une nouvelle définition du vivant: comme brisure de symétrie. Et qu'elle subsume toutes ses découvertes.
Olivier Perru (E.A. 4148 LEPS-LIRDHIST, Université Lyon 1)
Philosophie et biologie au XIXème siècle : le concept de mutualismeLe dernier quart du XIXème siècle voit l’émergence de travaux de recherche scientifique sur les associations en biologie. Certains de ces travaux empruntent des concepts à la Philosophie et aux Sciences sociales. C’est notamment le cas pour les concepts de division du travail, de mutualisme, de concours mutuel. Cette communication voudrait faire le point sur le sens et le contenu des concepts de mutualisme et de concours mutuel, en particulier chez le biologiste Pierre-Joseph Van Beneden (1809-1894)
Dans Les Sociétés animales, le sociologue Alfred Espinas cherche d’abord à cerner la limite entre le parasitisme et les autres catégories, limite qu’il trouve trop confuse chez Van Beneden. Elle l’était chez de nombreux biologistes, à cette époque, le parasitisme ayant tendance à absorber les autres catégories mais Van Beneden est justement le premier à affirmer la réalité du mutualisme et du commensalisme, réalité biologiquement distincte du parasitisme. Il faut donc un critère de distinction ; le critère d’utilité ou de nuisance s’avère difficile à manier et l’on se rend vite compte vers 1880, qu’il existe des associations plus ou moins unidirectionnelles, plus ou moins mutualistes, d’où la définition large de la symbiose (par le vivre ensemble) chez Anton De Bary.
Chez Van Beneden, le concept de mutualité (ou de mutualisme) se veut un concept de biologiste et l’échange mutualiste entre deux espèces représente un sommet dans l’ordre des associations biologiques.
Cependant, le mutualisme et la mutualité sont aussi et d’abord, au XIXème siècle, des concepts de philosophes. Leur transfert au domaine scientifique atteste de réelles difficultés alors que le concept d’association pris au sens de vie ensemble pour une économie commune pose moins de problèmes. Aujourd’hui, il est plus aisé de décrire les associations biologiques en termes d’interdépendances que de bénéfice mutuel. Avec le mutualisme, se trouve-t-on en présence d’un échec dans le transfert d’une notion plutôt appliquée aux sociétés humaines vers la biologie ?Marie Claire Van Dyck (Fondation Morren, Université catholique de Louvain)
La naissance de la zoologie en Belgique : Pierre-Joseph Van BenedenDes études de médecine avaient suscité chez Pierre-Joseph Van Beneden (1809-1894) une passion pour l’histoire naturelle qui l’amena à Paris afin de suivre, au Muséum, l’enseignement de E. Geoffroy Saint Hilaire. De retour en Belgique, il devint professeur de zoologie à l’université de Louvain où il mena une longue et remarquable carrière scientifique. Sa belle réputation de père de la zoologie dans son pays est due à la manière avec laquelle il élabora une méthodologie permettant l’observation, sur de longues périodes, d’animaux dans leur milieu de vie. Pour ce faire, il alla jusqu’à créer sur la côte belge, de ses propres fonds, le premier laboratoire de biologie marine au monde. Cette pratique dynamique de la zoologie lui fit mettre en évidence la complexité du cycle de vie de plusieurs groupes d’animaux marins passant par des plans d’organisation successifs. Elargissant ses techniques d’observation à des animaux non marins, il dévoila aussi la complexité du cycle de vie des plathelminthes parasitant d’autres hôtes à leurs différents stades de développement et démentit, du même coup, la génération spontanée chez les pluricellulaires.
L’analyse de son œuvre tente de mettre en évidence son questionnement particulier face aux animaux soumis à son observation qui l’a conduit à des conclusions parfois bien audacieuses.Céline Briée (Centre François-Viète, Université de Nantes)
La question du verdissement des huitres : observatoire privilégié de la transformation des sciences de la vie à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècleLe phénomène du verdissement des huîtres, affinage généré dans les claires ostréicoles, est dû à l'absorption du pigment bleu d'une diatomée, Navicula ostrearia, au niveau des branchies des mollusques. Au carrefour de la botanique et de la zoologie, il relève à la fois de la physiologie, de la biologie cellulaire et de la biochimie. Avec l'étude de cette question, nous nous plaçons donc de manière privilégiée pour observer le développement de ces disciplines.
L'analyse portera sur la question du verdissement des huîtres de 1820, date de la première étude scientifique du sujet, aux années 1910, qui furent le théâtre d'une importante controverse opposant le zoologiste David Carazzi, en Italie, et le botaniste Camille Sauvageau, en France. En insistant particulièrement sur ce dernier épisode, nous nous interrogerons sur la manière dont ce type d'évènements peut nous éclairer sur la structuration de la biologie actuelle, divisée en disciplines cloisonnées, et, notamment, sur ce qui concerne la séparation de la biologie animale et végétale.Cristiana Oghinã-Pavie (Université d’Angers) et Stéphane Tirard (Université de Nantes)
La biologie végétale durant la deuxième moitié du XIXe siècle : de la pratique au laboratoire et retourDurant la seconde partie du XIXe siècle, la biologie végétale, comme le montrent notamment les œuvres de Philippe Van Tieghem et Gaston Bonnier, se structure en tant que discipline. Cette évolution se caractérise par un processus de synthèse mobilisant, autour de ses objets d’études, les méthodes de la biologie descriptive aussi bien que celles de la physiologie.
A cette première originalité, quant à l’identité disciplinaire de la biologie végétale, s’ajoute le fait qu’un corpus de données empiriques provenant de diverses pratiques culturales s’adjoint aux travaux fondamentaux. Cette dimension supplémentaire, si elle est un apport de données concrètes, est aussi une source de problèmes biologiques nouveaux et l’étude simultanée des domaines pratiques et fondamentaux révèle des effets euristiques réciproques.
La présente communication se propose d’analyser la complexité de tels liens épistémologiques au travers des études sur les plantes ligneuses et sur l’arboriculture dans le cadre de la biologie végétale française de la fin du XIXe siècle.
AUDITORIUM DE LA GRANDE GALERIE D’ÉVOLUTION
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
36 rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 ParisMercredi 4 mars 2009 de 14h à 18 h (entrée libre et gratuite)
14h00-14h15. Jean-Louis FISCHER, (Centre Alexandre Koyré, CNRS-EHESS-MNHN, Président de la Shesvie). Introduction de la demi-journée
14h15-15h15. Philippe TAQUET (MNHN, Membre de l’Académie des Sciences). Science et Histoire des Sciences : le problème des extinctions dans l’histoire de la Terre
15h15-15h30. Discussion
15h30-16h30. Laurent LOISON (Centre François Viète, Université de Nantes, Secrétaire général de la Shesvie). Enseignement et Histoire des Sciences : quel sens donner à l’expérimentation biologique ?
16h30-16h45. Discussion
Table ronde et discussion : Les intérêts multiples de l’Histoire des Sciences
organisées par la Fédération des Associations de Génétique Humaine et Médicale (FAGHEM), fondée par le Pr Arnold Munnich (Hôpital Necker - Paris)
Dans le cadre du Palais des Congrès de Lille - Lille Grand Palais
Sous la présidence du Pr Sylvie Manouvrier-Hanu (CHRU de Lille, Service de Génétique Hôpital Jeanne de Flandre) et du Pr Serge Amselem (Président de la Commission Scientifique), le Comité d'Organisation a souhaité, réunir des praticiens, des chercheurs, des étudiants ainsi que des associations de malades.
Toutes les informations sont désormais disponibles sur le site Internet www.assises-genetique.org
Organisées par la Fédération des Associations de Génétique Humaine et Médicale (FAGHEM), dirigée par le Pr Arnold Munnich (Hôpital Necker - Paris).
Dans le cadre du Palais des Congrès de Montpellier - Le Corum
Sous la présidence du Pr Mireille Claustres (CHU de Montpellier, Institut Universitaire de Recherche Clinique (IURC)) et du Pr Sylvie Odent (Présidente de la Commission Scientifique), le Comité d'Organisation a souhaité, réunir des praticiens, des chercheurs, des étudiants ainsi que des associations de malades.
Toutes les informations sont désormais disponibles sur le site Internet www.assises-genetique.org
Organisé par la SFHSH, Société française d’histoire des sciences de l’homme
et la SHESVie, Société d’histoire et d’épistémologie des sciences de la vieComité d’organisation : Daniel Becquemont, Jean-Claude Dupont, Dominique Ottavi, Stéphane Tirard
Centre Koyré
Muséum National d’Histoire Naturelle
Pavillon Chevreul, 57 rue Cuvier, 75005 ParisLe but de cette journée d’études était, par le rapprochement de spécialistes de l’histoire des sciences humaines et de la biologie, de « penser » Spencer par-delà les clivages disciplinaires qui amènent trop souvent à privilégier une partie de sa doctrine. Or, s’il y a une actualité de la pensée de Spencer, et une nécessité de formuler ce qu’il représente pour nous aujourd’hui, c’est, que le personnage l’œuvre occupent une position particulière dans le contexte du XIXE siècle finissant.
Spencer montre par excellence à quel point les grands paradigmes de la pensée moderne ne sont pas sortis tout armés du progrès de la vérité scientifique, mais sont le résultats de tâtonnements et d’hésitations, de filiations inattendues, de croisements entre des enjeux scientifiques, éthiques, politiques. Dans cette mesure, l’approche globale par des regards croisés sur une œuvre qui peut paraître secondaire nous a paru apporter l’éclairage que nous attendions.
Après des allocutions des présidents des deux sociétés, Jacqueline Carroy pour la SFHSH et Michel Morange pour la SHESVIE, l’organisation de la journée a reproduit le caractère « bicéphale » du projet, la matinée étant davantage axée sur l’apport de Spencer aux sciences humaines, l’après-midi étant davantage centré sur la biologie. Cette simplicité d’organisation a fait d’autant mieux ressortir que des « ponts » s’établissement de manière tout à fait naturelle entre les deux types d’approche.
Annie Petit a montré tout d’abord à quel point l’annexion souvent pratiquée de Spencer au « positivisme » laissait de côté la complexité de son rapport à Auguste Comte. Des différences importantes par exemple au sujet de la classification des sciences, ou au sujet du statut de la psychologie, montrent que Spencer s’est « battu » avec les idées de Comte, le plus souvent avec de bons arguments, même si l’ombre immense de l’inventeur de la sociologie occulte sa mémoire. Dans l’histoire de la philosophie, on gagne à considérer Spencer comme un interlocuteur du positivisme plutôt que comme un suiveur. Du côté de la psychiatrie, Jean-Christophe Coffin a montré l’importance de la postérité spencérienne en Italie, en étudiant sa réception dans la communauté professionnelle des psychiatres. Il faut se garder des simplifications lorsqu’on attribue à un schéma évolutionniste certains concepts tels que le retard ou l’écart de développement , qui interviennent non seulement en psychiatrie mais encore en criminologie. Les enjeux éthiques de ces disciplines se prolongent en enjeux politiques, dans la mesure où de telles représentations influent sur celle de l’histoire et du social, jusque dans le débat public et les partis . La compréhension spencérienne du psychisme est à chercher en priorité dans les Principes de Psychologie, parus en même temps que le livre de Darwin sur l’expression des émotions, parallèle étudié par Anne-Marie Drouin-Hans. Comme dans le cas du positivisme, on s’aperçoit de l’importance des discussions entre Spencer et Darwin, ou entre Bain et Darwin au sujet des émotions, et donc de la continuité homme-animal, enjeu métaphysique de premier plan à cette époque.D’un autre groupe d’interventions, se dégageait un aspect relativement peu connu de l’apport de Spencer aux sciences humaines, à savoir sa réflexion sur l’enfance. Elisabeth Chapuis a montré qu’il n’y a pas, comme une lecture superficielle peut le faire croire, de parallèle entre enfant et primitif chez Spencer, où le statut de l’humanité « première » apparaît singulièrement confus. Parce que , néanmoins, Spencer a mis l’accent sur la spécificité de l’enfance humaine, il figure parmi les fondateurs de la psychologie de l’enfant. Les interventions de Dominique Ottavi et Pierre Kahn ont montré qu’il existait aussi un volet pédagogique dans l’œuvre de Spencer. Il a contribué à la formulation du projet d’un enseignement intuitif et actif à l’école par les réformateurs européens ; il a joué un rôle aussi dans l’affirmation d’une nouvelle finalité de l’éducation : l’émancipation de l’individu. Que l’on en donne une interprétation libertaire ou libérale, la pédagogie de Spencer est un jalon de la modernité éducative.
La biologie spencérienne a été l’objet de l’intervention de Daniel Becquemont. Dans ce domaine se pose par excellence la difficile question des rapports entre évolutionnisme spencérien et darwinien. Si Darwin est un biologiste prudent, Spencer a édifié sa biologie, comme les autres branches de son système, sur d’audacieux présupposés métaphysiques , tels que l’existence de la Force. Il croit en une évolution quasi providentielle, dont la base ne peut être que l’hérédité des caractères acquis. C’est ce qui causera le déclin de la pensée de Spencer, alors même que certaines de ses hypothèses ne méritent pas un tel discrédit total.
Cette question de la nature de la force active derrière la réalité était aussi au cœur de l’intervention de Stéphane Tirard, qui traitait du problème de l’origine de la vie. Alors que la pensée de Spencer vacille sur beaucoup de points, pour nous, aujourd’hui, sa réflexion sur la transition entre le monde physico-chimique et le vivant demeure stimulante, tant cette question est par elle-même fascinante. Si la Force commande l’évolution biologique, pourquoi, suggère Spencer, ne commanderait-elle pas aussi l’expression de propriétés de la matière ?
Les audaces de ces envolées spéculatives posent le problème de la théorie de la connaissance chez Spencer ; c’est ce qu’a abordé Jean-Claude Dupont dans son intervention. Loin des précautions kantiennes. On ne trouve pas chez le philosophe anglais les précautions kantiennes, Kant étant d’ailleurs la cible permanente des critiques. Spencer inclut la connaissance dans le processus de l’évolution biologique, elle apparaît sans solution de continuité dans le sillage des premières particules et de leur mouvement. Ces considérations permettent de mettre en perspective l’histoire des théories de l’apprentissage :cette conception semble avoir joué un rôle plus important que la psychologie proprement darwinienne dans l’histoire de la psychologie scientifique.
Spencer a aussi failli être géologue, c’est à cet aspect demeuré mineur de son œuvre qu’était consacrée l’intervention de Goulven Laurent. Les limites seules de la vie humaine ont empêché Spencer d’intégrer tout le savoir de son époque dans son système. L’échec même de cette tentative nous renseigne sur sa manière de travailler et d’envisager le progrès des connaissances.
Il s’est dégagé de l’ensemble de cette journée l’impression très forte d’une grande convergence des préoccupations en dépit de points de départ différents. On ne peut classer Spencer parmi les faux évolutionnistes, les erreurs funestes de l’histoire. Acteur privilégié de la vie intellectuelle de la fin du XIXe siècle, il occupe une position-clé dans les débats scientifiques et dérange, aujourd’hui comme hier. Ses objections et provocations contraignaient ses adversaires ou concurrents à affûter leurs arguments. Aujourd’hui, le relire nous empêche de prendre pour argent comptant l’histoire des sciences humaines telle qu’elle s’est construite en même temps que lesdites sciences ; cela nous invite aussi à admirer un philosophe qui, avec des succès inégaux, n’a jamais voulu tourner le dos aux sciences de la nature, et a réussi à entrer dans la précision du raisonnement biologique.
Dominique Ottavi