"Le désir de savoir, qui est commun à tous les hommes, est une maladie qui ne se peut guérir".
René Descartes,
La recherche de la vérité par
la lumière naturelle
(AT, X, 499)
"C'est assurément le sentiment confus
de l'importance du monstre pour une appréciation correcte et complète des
valeurs de la vie qui fonde l'attitude ambivalente de la conscience humaine
à son égard. Crainte (...) et même terreur panique d'une part. Mais aussi,
d'autre part, curiosité, et jusqu'à la fascination. Le monstrueux est du
merveilleux à rebours, mais c'est du merveilleux malgré tout. D'une part
il inquiète : la vie est moins sûre d'elle-même qu'on n'avait pu le penser.
D'autre part, il valorise : puisque la vie est capable d'échecs, toutes
ses réussites sont des échecs évités. Que les réussites ne soient pas nécessaires,
cela les déprécie en bloc, mais les rehausse chacune en particulier. (...)
Dès que la conscience a été induite à soupçonner la vie d'excentricité,
à dissocier les concepts de reproduction et de répétition, qui lui interdirait
de soupçonner la vie encore plus vivante, c'est-à-dire capable de plus grandes
libertés d'exercice, de la supposer capable non seulement d'exceptions provoquées,
mais de transgressions spontanées à ses propres habitudes? En présence d'un
oiseau à trois pattes, faut-il être plus sensible à ceci que c'est une de
trop ou à cela que ce n'est guère qu'une de plus ? Juger la vie timide ou
économe c'est sentir en soi du mouvement pour aller plus loin qu'elle. Et
d'où peut venir ce mouvement qui entraîne l'esprit des hommes à juxtaposer
aux produits monstrueux de la vie, comme autant de projets susceptibles
de la tenter, des grylles aux têtes multiples, des hommes parfaits, des
emblèmes tératomorphes ?"
Georges Canguilhem
La connaissance de la vie
(Paris,
Vrin, 1971, p. 173)

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