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Histoire de la psychologie allemande au 19e siècle

par Serge NICOLAS
Professeur de psychologie expérimentale
et histoire de la psychologie
Université René Descartes Paris 5
nicolas@psycho.parisdescartes.fr

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Si l’Allemagne est connue comme le pays fondateur de la psychologie en tant que discipline scientifique autonome (cf. Nicolas, 2001), on ne connaît pas encore en détail l’histoire de cette conquête. Un des meilleurs ouvrages sur ce sujet reste celui du philosophe fondateur de la psychologie scientifique française : Théodule Ribot (1839-1916) (cf. Nicolas, 2002). En 1879, il fait paraître sa « Psychologie allemande contemporaine » qui eut plusieurs rééditions remaniées et de multiples traductions. Cet ouvrage a été réédité récemment chez l’éditeur L’Harmattan à Paris. On y trouve une exposition détaillée de la psychologie des plus grands psychologues allemands : Herbart, Fechner, Lotze, et Wundt. L’histoire donnée ici complète dans une large mesure le travail de Ribot et propose de retracer l’émergence de la science psychologique allemande à travers la présentation diachronique des grands systèmes philosophiques et psychologiques germaniques.

La psychologie allemande au siècle des lumières

Jusqu'au début du XVIIIe siècle, le mot psychologie, sous ses diverses formes (latine, grecque, anglaise, française, etc.) est très peu utilisé dans les textes philosophiques. L'homme qui a définitivement introduit et répandu le terme psychologie pour désigner la science de l'âme est le philosophe allemand Christian Wolff (1679-1754). Si Wolff n'a pas inventé le terme, il peut être considéré comme son promoteur. Non seulement il a assuré l'usage du terme latin psychologia, mais il a en outre été le premier à diviser la psychologie en deux composantes : la psychologie empirique et la psychologie rationnelle (cf. Ecole, 1990). Cette distinction a conduit Wolff à éditer deux traités ; le premier consacré à la Psychologia empirica (Wolff, 1732) et le second consacré à la Psychologia rationalis (Wolff, 1734).

Déjà dans l'introduction à sa Philosophia rationalis (Wolff, 1728), il donnait la division générale de la philosophie en exposant quelques-unes des raisons qui le portaient à faire de la psychologie empirique une science autonome. L'une de ces raisons était la nécessité de construire une doctrine psychologique qui, restant indépendante des discussions philosophiques, pourrait servir à tous de base pour déduire des conséquences en vue de la vie pratique, surtout dans le champ des questions morales. Wolff (1732, traduction de la page 1) définit la psychologie empirique comme "la science qui, au moyen de l'expérience, établit les principes avec lesquels s'explique ce qui survient dans l'âme humaine ". Il s'était donné pour tâche de dresser l'inventaire des facultés de l'âme et des lois auxquelles elles obéissent. Il s'agissait pour lui de présenter une analyse de l'âme et de ses opérations basée sur l'expérience privilégiée que constitue à la fois la conscience de ce qui se passe en nous et l'observation externe. Cependant, il exclut expressément tout ce qui se rapporte à l'anatomie et à la physiologie des sens en disant que "tout ce qui touche au corps doit être traité dans la physique" (p. 680). Wolff entreprendra même la possibilité de créer une branche mathématique de la psychologie : il l'appelle psychométrie, et il dit qu'il s'agit d'une "science qui est encore à construire et qui s'occupe de la connaissance mathématique de l'esprit humain. On y doit enseigner comment mesurer la grandeur de la perfection et de l'imperfection du jugement et sa certitude. Je parle ainsi afin que l'on comprenne qu'il y a une connaissance mathématique de l'esprit humain et que, dès lors, la psychométrie est possible " (Wolf, 1732, p. 403). D'un autre côté, Wolff (1734) définit la psychologie rationnelle comme l'étude, du point de vue philosophique, des questions sur la nature des facultés et des opérations psychiques, sur l'essence de l'âme, de son origine, de son immortalité, de ses relations avec le corps. Il entreprend donc de rendre compte à priori des faits observés. Il se sert ici de la raison pour montrer à partir du concept de l'âme pourquoi celle-ci possède les facultés décrites dans la Psychologia empirica. Cette déduction est essentiellement l'œuvre de la raison pure. La séparation opérée par Wolff entre la psychologie empirique ou a posteriori et la psychologie rationnelle ou a priori n'aboutit pas à une coupure radicale entre les deux. Il a précisé, d'une part, que la psychologie empirique sert de point de départ et d'appui à la psychologie rationnelle et permet de confirmer si besoin est ce qui est établi par celle-ci et, d'autre part, que la psychologie rationnelle éclaire ce que nous apprend la psychologie empirique et contribue à la faire progresser.

Après la mort de Wolff, il semble qu'en psychologie l'approche empirique soit souvent préférée à l'approche spéculative (voir pour un historique sur la psychologie allemande à cette époque : Vidal, 2000). Certains auteurs proposaient même de considérer la psychologie empirique comme une science à part entière (cf. Krüger, 1756). Comme les idées associationnistes anglaises (et notamment celles de Hartley) ainsi que les idées psycho-physiologiques de Bonnet avaient pénétré très tôt dans ce pays (cf., Tennemann, 1812/1839), on cherche même à expliquer les opérations de l'âme par les mécanismes nerveux. Cette psychologie des fibres retint l'attention des psycho-physiologistes de l'époque ainsi que des philosophes tels les disciples de J.G.H. Feder (1740-1821), Schutz (1770-71) et Meiners (1780), mais aussi entre autres Hissmann (1777, 1778), Lossius (1775), Irwing (1777-85), Hennings (1774, 1777) et Tiedemann (1777, 1804) (cf. Erdmann, 1866 ; Speck, 1897). Devant cette dérive psycho-physiologique, Johann Nicolas Tetens (1738-1807) entreprit une critique des "Firbernpsychologen". Au lieu de construire la psychologie sur la physiologie, Tetens adhère à la méthode introspective empirique. "Saisir les modifications de l'âme comme elles se manifestent à la conscience ; les percevoir, les observer attentivement avec les changements de circonstances ; noter leur formation et l'activité des forces qui les produisent ; comparer, analyser ensuite les observations ; de là, rechercher les facultés et leurs manières d'agir les plus simples et leurs rapports entre elles : ce sont les buts essentiels de l'analyse psychologique de l'âme, qui dépend de l'expérience. C'est la méthode des sciences naturelles" (Tetens, 1777, vol. 1, p. iv). On sait que les écrits de Tetens eurent sur Kant une influence considérable.

La critique de la psychologie par Kant

Historiquement, il faut rattacher Immanuel Kant (1724-1804) à Wolff dont la première formation philosophique s'est inspirée des œuvres de ce dernier, bien que le grand philosophe de Koenigsberg ait su s'affranchir presque complètement des lisières du système de Leibniz et donner à ses recherches une direction nouvelle. Ce qui caractérise le système de Kant est 1° d'avoir séparé fortement l'ontologie métaphysique et la psychologie ; 2° d'avoir placé le fondement de toute spéculation philosophique dans l'étude de la cognition et de ses lois. Si l'on commençait la lecture de la fameuse "Critique de la Raison Pure" (Kant, 1781/1987, p. 629) par l'avant-dernier chapitre, intitulé "architecture de la raison pure", on croirait que Kant accepte sans restriction la division de la psychologie établie par Wolff puisque, dans une division sommaire des sciences philosophiques qu'il expose dans ce chapitre, il fait de la psychologie rationnelle une partie de la métaphysique et l'oppose à la psychologie empirique, donnant pour objet à la première l'étude a priori de l'âme en partant du concept de l'être pensant. Ce n'est qu'une apparence. En effet, avant de traiter des paralogismes de la raison pure, Kant (1781/1987, pp. 339-340 et p. 352) s'attache à démontrer que la prétendue science appelée psychologie rationnelle n'est qu'une illusion, pour cette raison très simple qu'on ne peut rien connaître synthétiquement a priori, en partant du concept d'un être pensant. Et de là, par une discussion pressante et subtile de cette affirmation, il déduit cette conséquence (Kant, 1781/1987, p. 688) : "Tout débat sur la nature de notre être pensant et sur son union avec le monde corporel résulte donc uniquement de ce que l'on remplit les lacunes de notre ignorance avec des paralogismes de la raison, en transformant ses pensées en choses et en les hypostasiant, ce qui donne naissance à une science imaginaire, aussi bien du côté de celui qui affirme que de celui qui nie, puisque chacun d'eux s'imagine savoir quelque chose d'objets dont nul homme n'a le moindre concept, ou qu'il transforme ses propres représentations en objets et tourne ainsi dans un cercle éternel d'équivoques et de contradictions." Toute la psychologie rationnelle tombe donc comme science qui dépasse toutes les forces de la raison humaine et il ne nous reste qu'à étudier notre âme suivant le fil de l'expérience. Si, par les voies de la raison pure, nous n'arrivons qu'à l'agnosticisme, puisqu'en procédant a priori nous ne pouvons atteindre la notion de l'âme substantielle et bien moins encore démontrer son unité, sa spiritualité, son immortalité, etc. ; il ne faut pas croire pourtant que Kant regarde ces recherches comme superflues même si elles n'offrent aucune utilité quant à l'extension de la connaissance. Il dit, au contraire, qu'elles servent efficacement à donner du mal aux spiritualistes comme aux matérialistes, puisque, ne pouvant connaître en elle-même la substance de l'âme, il est bien évident qu'il n'existe aucune raison métaphysique pour affirmer qu'elle est matérielle ou spirituelle (Kant, 1781/1987, pp. 351 sq., pp. 681-682). D'accord avec ces principes, il ne cherche pas à prouver par ce moyen la spiritualité de l'âme et, comme on le sait, il recourt dans ce but à des considérations morales.

Relativement à la place que la psychologie empirique doit occuper dans le cadre général des connaissances, Kant (1781/1987) affirme que, de droit, elle doit être expulsée de la métaphysique, bien que, de fait et pour des raisons purement extrinsèques, il convienne de lui garder une place dans cette science même si elle n'a pas la capacité de s'y établir toute seule. Elle sera au même niveau que la physique expérimentale, et, par conséquent, on la mettra en contact avec la philosophie pure, mais sans la confondre avec elle. Notons également une idée ajoutée par Kant dans sa seconde édition de la « Critique de la raison pure » (1787), et fort exploitée par certains de ses disciples, où il affirme que la psychologie est le point de départ de toute recherche métaphysique puisque, dans la construction analytique de la science, il faut nous élever de ce que l'expérience nous fournit immédiatement, c'est-à-dire de la psychologie à la cosmologie, et de cette dernière à la connaissance de Dieu (Kant, 1781/1987, pp. 330-331). Mais la psychologie empirique ne sort pas indemne des mains de ce terrible démolisseur. On peut s'en douter en se rappelant que l'un des principes d'où il part, dans son analyse de l'armature interne des sciences, est précisément cette affirmation que les connaissances empiriques ne peuvent construire aucune science proprement dite, parce que, avec le processus inductif, on ne peut pas arriver à des principes généraux absolument certains. Kant ne se contente pas de ces indications génériques, applicables à toutes les sciences empiriques : il soumet à une analyse directe la psychologie empirique pour vérifier la valeur scientifique de ses raisonnements ; il l'accable de critiques si vives, si acérées, qu'il n'en reste à peu près rien, comme nous allons le voir. Dans son ouvrage intitulé "Premiers principes métaphysiques de la science de la nature" (Kant, 1786/1990), il donne une division des sciences qui s'occupent de la nature en les divisant en deux grands groupes : historiques (qui ont pour objet la description et la systématisation des phénomènes) et scientifiques (qui recherchent leur explication scientifique). Les premières (historiques) se divisent en sciences descriptives, dont l'unique but est de décrire la manière dont se présentent les phénomènes et en sciences systématiques, auxquelles il donne le nom générique d'Histoire naturelle. Elles auraient pour objet de classer les phénomènes en séries dans le temps et dans l'espace. Les secondes (scientifiques), désignées sous le nom général de Science naturelle (Naturwissenschaft), se divisent en sciences naturelles proprement dites, qui procèdent a priori et formulent mathématiquement leurs lois et en sciences naturelles improprement dites, qui démontrent expérimentalement leurs principes, sans qu'on puisse leur appliquer le calcul mathématique. Cette division de la Science naturelle une fois supposée, il s'occupe de chercher dans quel groupe il faut ranger la psychologie empirique. On ne peut, dit-il, la mettre dans les sciences proprement dites, car elle ne procède pas a priori et on ne peut lui appliquer le calcul mathématique. La raison de cette dernière affirmation est que les phénomènes psychiques n'ont pas d'étendue, puisque le temps, seule catégorie qu'on puisse leur appliquer, n'a qu'une dimension. D'autre part, il exclut la psychologie empirique du groupe des sciences improprement dites, parce que, d'après lui, nous ne pouvons faire des expériences avec des phénomènes psychiques. Les raisons, si discutées par la suite, sur lesquelles il appuie cette thèse, sont les suivantes : a) le sujet qui pense ne peut être en même temps objet d'expérimentation ; b) bien que, par abstraction, nous les considérions comme séparés, les phénomènes psychiques forment, en réalité, un tout uni dont les parties ne peuvent se séparer et se combiner ; c) l'expérience en elle-même modifie déjà et altère l'état de l'objet observé. Il est curieux de noter que ces raisons sont précisément les arguments les plus graves que l'on ait, depuis, apportés contre la possibilité de l'introspection expérimentale. Où donc placer la psychologie empirique ? Kant répond qu'il faut en faire une partie de l'Histoire naturelle (Kant, 1786/1990, p. 13) ; et cette conception qui réduit cette science à une simple description et classification des phénomènes, et à les distribuer en série, il la met en pratique dans son "Anthropologie du point de vue pragmatique" (Kant, 1798/1994), où l'on trouve des observations intéressantes et quelques idées nouvelles, dont aucune cependant n'a marqué une époque dans l'histoire de la psychologie empirique.

En résumé, parmi les idées culminantes dans la conception de Kant, les suivantes méritent d'être mentionnées : a) Il distingue la psychologie empirique de la psychologie rationnelle, mais pour dire que la seconde ne peut exister ; - b) Il place la psychologie empirique en dehors de la philosophie et au niveau de la physique expérimentale ; - c) Mais il donne à la psychologie empirique comme objet propre la description et la classification des phénomènes psychiques ; et non la recherche de leurs causes ; enfin - d) Il admet l'expérience externe et l'introspection, comme sources d'information psychologique ; mais il soutient qu'on ne peut recourir à l'expérimentation.

La philosophie idéaliste de Fichte, Schelling et Hegel

Kant semble avoir été l'inspirateur de toute la philosophie (allemande) du XIXe siècle. Cependant, quant au concept de psychologie, les systèmes dérivés du sien ont presque tous abouti à des conclusions en opposition avec les siennes. Parmi les systèmes issus du kantisme, nous trouvons tout d'abord la philosophie idéaliste de Johann Gottlieb Fichte (1762-1814), de Friedrich Wilhelm von Schelling (1775-1854) et de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). De cette affirmation de Kant que nous ne connaissons pas les choses en elles-mêmes, mais seulement nos représentations, c'est-à-dire les phénomènes, les idéalistes ont tiré cette conclusion : si nous ne connaissons que les représentations, il n'y a pas de raison pour dire qu'il existe quelque chose en dehors d'elles ; donc la seule entité réelle, c'est notre pensée - conclusion exprimée dans cette formule : "L'être s'identifie avec la pensée". Engagés dans cette voie, ils arrivent à cette conclusion que toute la science doit être construite a priori, parce que, dans l'organisation systématique des connaissances, l'entendement doit suivre le même ordre qu'il suit pour les produire. Voilà comment, en partant des principes mêmes de Kant, les idéalistes en ont déduit des connaissances diamétralement opposées. Kant avait dit que nous ne connaissons d'autre réalité psychique que le phénomène, ou l'apparence ; la réalité métaphysique, la chose en elle-même nous est inconnue ; donc l'unique psychologie possible est la psychologie empirique, la psychologie rationnelle n'est qu'un fantôme. Les disciples disent au contraire que nous connaissons l'unique réalité psychique existante, l'idée ou la représentation, donc la seule psychologie possible est la psychologie des concepts, la psychologie rationnelle ; l'autre, la psychologie empirique ne mérite pas le nom de science : elle est une utopie. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, l'idéalisme fut l'approche philosophique dominante en Allemagne, y compris au plan institutionnel. Cette prééminence fut à l'origine de l'échec relatif de l'école empirique durant cette période (par exemple Fries et Herbart ne purent accéder à la prestigieuse chaire de philosophie de Berlin, Beneke fut suspendu de cette même Université après l'intervention de Hegel à cause du type d'enseignement, qualifié de non philosophique, qu'il donnait alors).

Les idéalistes pensaient que leur philosophie complétait la science de la nature. Il n'est donc pas surprenant que la Naturphilosophie (philosophie de la nature) soit devenue une partie importante de leur travail, essentiellement chez Schelling et Hegel. Les idéalistes ont accepté la science de la nature comme un point de départ. En développant leur philosophie de la nature, Schelling en 1799 (cf. Erster Entwurf eines Systems etc.) et Hegel en 1830 (cf. Die Naturphilosophie) ont démontré une connaissance surprenante de la science de leur temps. Mais, contrairement à Hegel, ni Schelling ni Fichte n'ont écrit directement sur des thèmes de psychologie même s'ils défendaient implicitement certaines doctrines psychologiques. Il n'y avait pas en fait une seule psychologie idéaliste mais plusieurs psychologies représentées par ces trois grands maîtres qui eurent leurs propres disciples. Les positions, parfois strictes, qu'ils ont défendues expliquent l'antagonisme moderne entre la science et la philosophie qui remonte à cette période.

Fichte développa les concepts de "représentation" et de "conscience", termes qu'il emprunta à Karl Leonhard Reinhold (1789, 1791). La conscience contient à la fois le sujet et l'objet, et sans elle ni le sujet ni l'objet n'est concevable. Fichte a tracé la voie des idéalistes ultérieurs en acceptant la conscience comme principe fondamental et en affirmant, avec Reinhold, que la tâche de la philosophie est de donner une description systématique, ou "phénoménologie", de la conscience. L'élaboration du principe de conscience a conduit Fichte à concevoir une seconde notion importante, celle du moi actif, et de là l'idée que la manifestation ultime de l'activité incessante du moi est la volonté. Il influença la pensée de nombreux psychologues tels Mehmel (1803) et plus tard surtout Fortlage (1855, 1869, 1874, 1875) qui, bien qu'appréciant l'apport de la physiologie et des données empiriques, développa une psychologie systématique en s'appuyant sur les idées de Fichte concernant la centralité de la conscience, la primauté de l'activité et le volontarisme dont on redécouvrait à l'époque l'importance à travers la relecture des premiers écrits de Schopenhauer.

La philosophie de Schelling inspira de nombreux philosophes (Burdach, 1842 ; Carus, 1831, 1846, 1866 ; Heinroth, 1823-24 ; Fischer, 1830 ; Schubert, 1830 ; Steffens, 1845/46) et diverses orientations en psychologie en mettant l'accent sur le rôle de l'inconscient, sur la nécessité d'une approche historique des phénomènes et sur la relation de l'âme avec le corps (cf., Schelling, 1803). Même la psychologie de Fortlage, le disciple de Fichte, reflétait un aspect de l'influence de Schelling en mettant l'accent sur l'inconscient comme un antécédent nécessaire et un corollaire de la conscience (cf. Carus, 1846). Une autre proposition de Schelling eut un impact important sur les investigations psychologiques ultérieures, c'est celle selon laquelle on ne peut approcher la réalité sans analyser le contexte de sa survenue. Cette proposition a encouragé de nombreux philosophes ultérieurs à s'engager dans une approche génétique et comparative des phénomènes psychologiques (Burdach, 1842 ; Carus, 1831, 1846, 1866 ; Schubert, 1830). Mais on a surtout pu voir l'influence de la philosophie de Schelling sur le développement des investigations psychophysiques. En effet, selon la philosophie de l'identité de Schelling (1803), à la fois le sujet et l'objet (ou l'esprit et la nature) sont deux aspects d'une même réalité absolue. Ainsi, l'esprit interne et la nature externe sont identiques même si leurs apparences semblent montrer le contraire. Ainsi appliqué à la psychologie, ce postulat fut traduit en une proposition selon laquelle la nature de l'esprit se reflète dans la structure du cerveau et le type de personnalité se reflète dans la structure du corps. Cette proposition, d'inspiration spinoziste, stimula plusieurs philosophes dont Burdach (1836), Carus (1846, 1851) et surtout indirectement Fechner (1860) qui trouva son inspiration dans l'œuvre d’Oken (1805, 1809-11) qui prend elle-même ses racines dans la philosophie de Schelling. À travers Fechner, toute la première génération de psychologues expérimentalistes a été influencée par ses écrits.

Hegel fut celui qui a le plus écrit sur des thèmes proprement psychologiques. Il a consacré les premiers chapitres de sa philosophie de l'esprit (Hegel, 1830) à l'anthropologie, la phénoménologie et à la psychologie. Sous le titre d'anthropologie Hegel discute des processus les plus fondamentaux de l'expérience humaine, c'est-à-dire des sensations et des sentiments de base. Dans sa phénoménologie, il discute de la conscience et de la conscience de soi. Dans la partie proprement psychologique, il aborde les processus psychologiques théoriques (intuition, mémoire, pensée) et pratiques (émotion et volonté). Il s'agit d'une psychologie envisagée comme la science de l'esprit subjectif. Les Hégéliens se distingueront des psychologues inspirés par la philosophie de Fichte et Schelling essentiellement par deux aspects. Tout d'abord par une caractérisation plus sociale de leur psychologie (cf. Michelet, 1840) bien qu'elle ne semble pas avoir influencé la "Völkerpsychologie" developpée par Lazarus et Steinthal et par Wundt. Ensuite, la psychologie Hégélienne diffère des autres psychologies idéalistes par sa forte tendance à s'appuyer sur la méthode dialectique ou rationnelle et par sa résistance aux méthodes empiriques. En effet, les disciples de Fichte et de Schelling ont toujours été influencés par les développements de la psychologie empirique ; ils avaient même commencé à inclure les approches empiriques dans leur répertoire méthodologique et abordé une psychologie de nature comparative ou physiologique. Cette attitude fut beaucoup plus rare chez les hégéliens (cf. cependant Mussmann, 1827) qui ont expressément exclu la physiologie de leur champ d'étude en considérant la psychologie comme la réflexion spéculative de l'esprit sur lui-même. Ils se centrèrent ainsi sur l'étude des opérations de l'esprit conscient en excluant même l'inconscient de leurs investigations (cf. Erdmann, 1840, 1882, 6e édit. ; Rosenskranz, 1837) bien que des ouvrages moins orthodoxes aient paru (George, 1854 ; Vorländer, 1841).

Cette école idéaliste, bien qu'hétérogène, fut développée tout au long du XIXe siècle par les disciples de Fichte, Schelling et Hegel (cf. Leary, 1980a). Certains d'entre eux (Fortlage, von Schubert, Burdach, Carus) furent ouverts aux influences anti-idéalistes de leur temps et contribuèrent par là même à rendre acceptable leur philosophie. L'influence positive exercée par la psychologie idéaliste se retrouve dans l'utilisation ultérieure de divers concepts mis en avant par cette école : la conscience, le moi, la personnalité, l'imagination et la volonté. Cependant, le dictat promulgué par les hégéliens sur la psychologie empirique et l'opposition de tous les philosophes idéalistes au développement de la psychologie comme science expérimentale et mathématique, ont freiné le développement en Allemagne de la nouvelle psychologie et accentué l'opposition qui existera entre l'école philosophique idéaliste et les représentants de la nouvelle psychologie.

Le psychologisme de Fries et Beneke

Les idéalistes primitifs (Fichte, Schelling, Hegel) ont été des ennemis déclarés de la psychologie empirique. Pourtant, dès la fin du XVIIIe siècle, la psychologie était déjà traitée comme une science autonome par certains philosophes de profession ; la psychologie empirique elle-même devenait un thème à part entière (cf. Abel, 1786 ; Fleming, 1796 ; Jakob, 1814 ; Schmid, 1791 ; Snell, 1802). C'est dans ce contexte que les premiers journaux de psychologie empirique virent le jour à cette époque comme le "Gnothi Sauton oder Magazin zur Erfahrungsseelenkunde" (Se connaître soi-même ou journal de psychologie empirique) publié entre 1783 et 1793 par Philipp Moritz (1757-1793) et le "Allgemeines Repertorium für empirische Psychologie und verwandte Wissenschaften" (Répertoire général de psychologie empirique et des sciences connexes) publié par Immanuel David Mauchart entre 1792 et 1802.

Le psychologisme (cf. pour un historique, Kusch, 1995) fut un autre courant de doctrine certainement plus fidèle aux enseignements de Kant. Le terme apparaît dans la philosophie de langue allemande du milieu des années 1860 chez Johann Eduard Erdmann (1866) qui l'utilise pour désigner la doctrine de l'une des figures centrales de la psychologie empirique à cette époque, celle de Eduard Beneke (1798-1854). Ce système désigne une philosophie fondée sur la psychologie et qui "évitant les anciens égarements suit entièrement l'exemple des sciences de la nature, recherchant comme elles les lois correspondant aux faits donnés, ce qui les rend intelligibles" (Erdmann, 1866/1870, vol. 2, § 334, 2, p. 636).

Déjà Fries (1773-1843), qui fut un philosophe important à Heidelberg et Iéna de la génération post-kantienne, avait soutenu cette prééminence de la psychologie (cf. Bonnet, 1997 ; Leary, 1982 ; Wittmann, 1999). À une époque où la plupart des philosophes allemands, sous la conduite de Fichte, Schelling et Hegel, se tournaient vers l'idéalisme transcendantal, Fries concentra son activité sur la base méthodologique plutôt que sur les implications spéculatives de la philosophie de Kant. Il arriva après une série d'articles publiés dans le "Psychologisches Magazin" (Magazine psychologique), revue de psychologie dirigée entre 1796 et 1798 par F. G. Heynig et Karl Christian Erhard Schmidt, à la conclusion que la psychologie est la science fondamentale et le fondement même de la philosophie (cf. Leary, 1978). Les positions politiques et philosophiques de Fries lui valurent le mépris hargneux de Hegel et sa suspension de l'enseignement entre 1819 et 1836. Contrairement à Kant, il considérait la psychologie comme une science autonome et niait l'affirmation selon laquelle l'introspection compromet le statut scientifique de la psychologie (Fries, 1807, 1820-21). La psychologie de Fries est exposée de manière complète dans son « Handbuch der psychischen Anthropologie oder der Lehre von der Natur des menschlichen Geistes » (1820-1821). Il faut d’abord souligner que Fries n’utilise pas le terme « psychologie » dans ses écrits et ceci pour deux raisons : 1° pour se libérer des lourds carcans métaphysiques de l’ancienne psychologie rationnelle ; 2° pour exprimer son insatisfaction face à la psychologie empirique de son temps. Il utilise le terme « anthropologie ». L’anthropologie est divisée en trois composantes : l’anthropologie médicale (étude de la nature externe de l’homme, son corps et les fonctions naturelles) ; l’anthropologie mentale (étude de la nature interne de l’homme) et l’anthroplogie comparative (étude des natures interne et externe de l’homme et de leurs connexions). Selon Fries, l’objet de la psychologie ou « anthropologie mentale » est l’esprit humain qui doit être étudié dans une perspective empirique par la collecte et la description des faits. La tâche de la psychologie est l’investigation de l’histoire de la raison comme elle se développe avec l’âge, la maladie, etc. Suivant son maître Tetens, la théorie de la raison de Fries est encore une théorie des facultés mentales (cognition, affectivité, activité). Il ne considère pas que ces trois facultés soient indépendantes les unes des autres. Le développement des capacités mentales passent par plusieurs étapes : d’abord par la présence de stimuli sensoriels nécessaires à la formation des processus mentaux inférieurs dirigés par l’habitude et les associations, puis par la formation des processus mentaux supérieurs dirigés par la puissance de contrôle du moi. Fries suivit avec intérêt et estime les travaux de son ami Beneke qui était comme lui opposé à l’idéalisme allemand de l’époque, considérant tous deux que l’expérience interne et l’empirisme formaient le point de départ de leur travaux.

Les psychologistes ultérieurs, tels Ahrens et Beneke, outre qu'ils interprétaient dans un sens assez réaliste les principes de Kant, ont fait plus ou moins le raisonnement suivant : si toute connaissance scientifique porte exclusivement sur les phénomènes cognitifs, nous devons tout d'abord étudier, comme étant le fondement de toute science, les actes mêmes de la connaissance ; et comme c'est d'eux que nous tenons la connaissance, non pas a priori, mais une connaissance empirique ou intuitive, il en résulte que la psychologie empirique, basée sur le témoignage de la conscience, est le fondement de toutes nos connaissances scientifiques. À cette prépondérance accordée à la psychologie empirique, on a donné le nom de psychologisme. On voit que les psychologistes sont d'accord avec Kant pour ramener toute la psychologie à la psychologie empirique et aboutissent ainsi à des conséquences totalement opposées à celles des idéalistes. Il ne faut pas croire, pour autant, que les psychologistes nient la possibilité de la métaphysique ; loin de là, ils ont fondé ce qu'on appelle la métaphysique inductive, sorte de science générale dans laquelle se synthétisent les principes trouvés par induction dans les autres sciences. Mais la psychologie est pour eux comme le centre de l’ensemble de la philosophie. D'autres disciples de Kant sont arrivés par d'autres voies au psychologisme, par exemple H. Ahrens (1808-1874) qui écrit dans son cours de psychologie : "La science de l'esprit est, pour la philosophie, la science fondamentale, la base intellectuelle sans laquelle toutes les idées, toutes les doctrines flotteraient dans le vague... L'esprit est la source de toute science philosophique, et la science qui s'occupe de lui, de sa nature, de ses facultés, de ses différentes manifestations, est la base et le point de départ de toute recherche ultérieure" (Ahrens, 1836, vol. I, lect. 1, pp. 5 sq.). On sait les innombrables variétés de forme qu'ont prises les idées philosophiques des disciples de Kant. Il n'est donc pas nécessaire de dire que tous les psychologistes, sauf sur la thèse que nous venons d'exposer, ne sont guère d'accords sur les autres doctrines psychologiques (cf. Freuler, 1997). Beneke (1833 ; 1845/1862) qui défend une psychologie génétique n’accepte pas la conception de Fries selon laquelle la séparation de la psychologie et de la philosophie est le pré-requis pour faire avancer les deux disciplines (considérer que l’anthropologie mentale est une propédeutique de la philosophie ne veut pas dire qu’il essaye de résoudre les problèmes philosophiques par des moyens psychologiques). Il s'écarte de Fries en concevant la vie psychique d'une manière analogue à celle des associationnistes ; mais, au lieu d'images, il prend pour unités psychiques les impulsions ou "facultés primitives", sortes d'énergies qui, sous l'action des stimulants externes, se transforment et se groupent, présentant l'apparence d'une unité substantielle, alors qu'on a seulement un faisceau de facultés.

Herbart et le dernier grand système néo-kantien

Le Kantisme reçut une autre transformation. J.F. Herbart (1776-1841), second successeur de Kant à la chaire de philosophie de Koenigsberg entre 1809 et 1833 (il intégrera par la suite l'Université de Göttingen), joignant aux principes de Kant la théorie des monades de Leibniz, les doctrines associationnistes et d'autres idées de diverses provenances, construisit un système psychologique dont les penseurs ont, après lui, subi l'influence et qui a donné une puissante impulsion à la psychologie expérimentale (Leary, 1980b). Les premiers essais de psychologie scientifique sont en effet dus à Herbart (cf. Drobisch, 1876 ; Ribot, 1876 ; Stout, 1888, 1889a ; Zimmermann, 1873, 1876, 1877). Ils forment une transition entre la spéculation idéaliste pure de Fichte et de Hegel et le psychologisme (sans métaphysique) de Fries et de ses continuateurs. S'appuyant sur ce principe qu'on peut arriver à la connaissance de la vérité en partant de principes métaphysiques aussi bien qu'en discourant sur des données empiriques, il établit une psychologie où les deux processus se combinent, bien qu'en réalité la méthode rationnelle prédomine, parce que les éléments d'expérimentation dont elle dispose sont trop peu nombreux. Son œuvre la plus connue et la plus complète dans le champ de la psychologie est intitulée "Psychologie als Wissenschaft neu gegründet auf Erfahrung, Metaphysik und Mathematik" (De la psychologie comme science, appuyée pour la première fois sur l'expérience, la métaphysique et les mathématiques) (Herbart, 1824/ 1890b ; 1825/1892), mais ses positions étaient déjà annoncées dans certains articles antérieurs (par exemple : Herbart, 1806/1887 ; 1811/1888a ; 1812/1888b ; 1822a/1890a ; 1822b/1890a) et dans un autre ouvrage ayant pour titre "Manuel de psychologie" (Herbart, 1816/1891). Le titre de son œuvre principale (Herbart, 1824/1890b ; 1825/1892), importante entre toutes, exprime clairement l'idée du philosophe : joindre les principes métaphysiques aux données et aux calculs mathématiques, pour construire un édifice doctrinal réunissant la psychologie rationnelle et la psychologie empirique ; les vérités acquises étant exprimées en formules mathématiques (cf., Boudewijnse, Murray, & Bandomir, 1999). L'objectif de Herbart a été de fonder la psychologie sur la métaphysique.

Les phénomènes que la psychologie doit étudier sont les représentations. Quelles sont les méthodes à employer ? Il écrit "La physique expérimentale ignore les forces de la nature, et cependant elle a deux moyens de découverte, l'expérimentation et le calcul. La psychologie ne peut pas expérimenter sur l'homme, et elle n'a pas d'instruments pour cela ; elle doit d'autant plus s'attacher à employer le calcul". La psychologie a quelque analogie avec la physiologie puisque "De même que l'une construit le corps avec des fibres, l'autre construit l'esprit avec des séries de représentations". La matière de la psychologie sera de rechercher les lois des représentations. De part les rapports qui s'établissent entre les états de conscience, les représentations deviennent des forces, et la tâche de la psychologie va consister à établir une statique et une mécanique de l'esprit. "Le sujet représentant est une substance simple appelée avec raison âme. Les représentations sont produites par les conditions extérieures et sont déterminées, quant à leur qualité, tant par ces conditions que par la nature de l'âme elle-même. L'âme n'est donc pas originairement une force représentante (consciente) ; mais elle le devient par le fait de certaines circonstances. En outre les représentations prises en elles-mêmes ne sont pas des forces, mais elles le deviennent par suite de leur opposition réciproque (Herbart, 1824/1890b, p. 31). Le caractère essentiel de la psychologie de Herbart est l'emploi des mathématiques (pour une présentation : cf. Boudewijnse et al., 1999). Si une représentation a une qualité déterminée et invariable, elle possède cependant une valeur quantitative qui est variable à savoir son degré d'intensité, de force, ou plus simplement de clarté. Herbart (1822a/1890a, p. 75) montre par un exemple que nos représentations sont en réalité des forces : "Supposez qu'un homme vous parle une langue inconnue ; vous remarquerez que chaque mot, s'il est prononcé très lentement, sort aussitôt de votre mémoire. Les perceptions produites en vous par ces divers sons ont donc la propriété de se chasser les unes les autres. Au temps où nous ne connaissions aucune langue, chaque mot produisait sur nous le même effet. Par un résultat de l'habitude, la liaison des mots nous est devenue facile ; nous ne sentons plus que chacun d'eux fait obstacle à l'autre ; mais cet antagonisme n'en continue pas moins à exister : c'est un fait général". Herbart proposera une statique et une mécanique de l'esprit qui aura une influence considérable sur toute une génération ultérieure de psychologues allemands (Stout, 1889a).

Parmi les disciples de J.F. Herbart, il en est qui ont conservé fidèlement la tendance de leur maître à convertir la psychologie en une science exacte : tels ont été M.G. Drobisch (1802-1896) qui le suivra dans la voie des mathématiques (cf. Drobisch, 1842, 1850) mais aussi C.S. Cornelius (1819-1899), F.A. Lange (1828-1875) ainsi que quelques autres de moindre importance comme les fondateurs et collaborateurs du "Zeitschrift für die exakte Philosophie im Sinne des neueren philosophischen Realismus" (1860), l'organe technique de l'école herbartienne. D'autres au contraire, tout en maintenant certaines idées philosophiques du maître, n'ont pas voulu le suivre dans la voie des mathématiques. Parmi eux (pour une liste : Heinze, 1897, vol. III, part 2, pp. 167-178), nous nommerons F. Exner (1802-1853) et Bonitz qui ont importé la philosophie d’Herbart en Autriche, G.F. Volkmann (1822-1877) qui écrira des ouvrages majeurs de psychologie (Volkmann, 1856, 1875-76 ; cf. Whittaker, 1890), T. Waitz (1821-1864) et L. Strümpell (1812-1899). Si les tentatives faites par Herbart et ses disciples pour fonder une psychologie mathématique n'ont abouti à aucun résultat positif, il n'en a pas moins exercé une influence beaucoup plus efficace et plus durable dans une autre direction, en rangeant parmi les objets d'investigation psychologique l'étude des civilisations primitives, en vue de découvrir les manifestations les plus élémentaires de l'esprit et leur lente évolution au cours de l'histoire. Herbart, que l'on peut avec raison appeler le fondateur de la psychologie des peuples ou de la socio-psychologie (Völkerpsychologie), ne pouvait concevoir qu'on réduisit la science psychologique à l'étude de l'homme adulte et civilisé. Aussi, dans l'introduction de son manuel de psychologie (Herbart, 1816/1891), dit-il : "la matière de la psychologie comprend la perception interne, l'étude des hommes appartenant à tous les degrés de la civilisation, les observations des éducateurs et artistes, les relations des voyageurs, historiens, poètes et moralistes, et les expériences que fournissent les déments, les malades et les animaux". Et plus tard, en publiant la deuxième édition de ce manuel, il revient sur la même idée : "la psychologie sera une science incomplète tant qu'elle se bornera à étudier l'homme isolé" (Herbart, 1834/1891, p. 246). Ses disciples de l'Université de Berlin, H. Steinthal (1823-1899) et M. Lazarus (1824-1903), ont adopté ce programme et l'ont développé en diverses publications, plus particulièrement dans le "Zeitschrift für Völkerpsychologie und Sprachwissenschaft" (1859-1890), une revue parue sous ce titre entre 1859 et 1890 et devenue ensuite le "Zeitschrift für Volkskunde".

La psychophysiologie de Lotze

La psychologie empirique va se propager à une époque où la philosophie subit une crise sans précédent (cf. Freuler, 1997). La seconde moitié du XIXe siècle est non seulement l'époque des sciences de la nature mais aussi celle de la psychologie empirique qui va se développer conjointement et en interaction avec la physiologie naissante. Ni Herbart ni, en général, ses disciples n'ont cherché dans la physiologie un auxiliaire de la psychologie. Seul, Theodor Waitz (1821-1864), l'un des ténors de la psychologie empirique herbartienne des années 1840, a fait quelques essais dans ce sens. Proposant une réforme de la philosophie par la psychologie (Waitz, 1849), il va s'appuyer sur les succès récents de la physiologie pour arguer un renouveau de la psychologie. L'idée de Waitz et des psychologistes fut d'interpréter la psychologie comme une science distincte et supérieure aux autres sciences (cf. aussi Beneke, 1850 ; Brentano, 1874 ; Dilthey, 1875) et non pas comme les physiologistes le préconisent de fonder la psychologie sur la physiologie. En accord avec les doctrines positivistes françaises, le climat de l'époque était en effet largement ouvert à une intégration de la psychologie par la physiologie (Domrich, 1849 ; Hagen, 1847 ; Spiess, 1844), ce réductionnisme deviendra prééminent la décennie suivante (Vogt, 1854 ; Wagner, 1854). Mais Waitz ne va pas réussir à créer une opinion dans le milieu assez métaphysicien de l'école herbartienne. C'est à un autre psychologue, qui ne fait pas partie à proprement parler de l'école herbartienne mais qui se rapproche de Herbart, moins sur le terrain métaphysique que pour la conception générale de la psychologie, qu'était réservé le mérite d'introduire en Allemagne l'union des investigations physiologiques et des recherches psychologiques, en utilisant au profit de la science de l'esprit les découvertes réalisées dans la science des fonctions organiques. Il s'agit de Rodolph Hermann Lotze (1817-1881), le successeur immédiat de Herbart à la chaire de philosophie de Göttingen (1844). Médecin et philosophe de formation, il acquit la conviction que la philosophie idéaliste, telle qu'elle existe, n'a pas le caractère d'une science, mais plutôt celui d'un poème, d'une production poétique, d'un roman écrit en termes abstraits. Il lui parut de plus en plus évident qu'un système philosophique satisfaisant devait intégrer les découvertes de la science. Or, Lotze s'est trouvé absolument d'accord avec Herbart et son école dans cette conviction et dans cette persistance à enseigner que la philosophie doit avoir un caractère scientifique, que la philosophie doit être une science et le devenir toujours davantage (cf. Lotze, 1857). Il chercha à répandre parmi les médecins ses vues sur la question des rapports réciproques entre l'âme et le corps, question débattue sur les limites de la physiologie et de la psychologie. Il faut citer ici "La pathologie et la thérapeutique considérée comme sciences mécaniques" (Lotze, 1842) et sa "Physiologie générale de la vie corporelle" (Lotze, 1851). Mais c'est dans son ouvrage le plus célèbre sur les questions psychologiques, "Psychologie médicale ou physiologie de l'âme" (Lotze, 1852), qu'il exploite les connaissances physiologiques et pathologiques de son époque, les associant aux principes philosophiques pour former de ces deux éléments un seul corps de doctrine psychologique qui serve de base à une métaphysique inductive telle que Fries la concevait. En ce qui concerne la conception générale de la psychologie, Lotze rejette le mécanisme, tout en cherchant à satisfaire aux exigences de l'esprit scientifique. Les lois de l'activité de l'âme ne peuvent être découvertes a priori, mais seulement par l'expérience. La notion d'âme sert cependant comme un principe d'unité ; c'est à la psychologie rationnelle à déterminer sa nature. Comme le remarquera Fortlage (1855, p. vii), la physiologie va constituer un "événement heureux pour la psychologie" dans la seconde moitié du XIXe siècle.

La psychologie expérimentale : De Fechner à Wundt

Certainement plus métaphysicien que psychologue, Lotze reste néanmoins une figure importante dans le domaine de la psychologie car il a tracé la voie à l'avènement de la psychologie scientifique naissante. Il enseigna la psychologie rationnelle (spéculative) et expérimentale durant presque quarante ans (1842-1881) (cf. Lotze, 1881) et eut pour élève des psychologues de renom tels Franz Brentano (1838-1917), Carl Stumpf (1848-1936) et surtout G.E. Müller (1850-1934) qui devint son successeur immédiat à la chaire de philosophie de l'Université de Göttingen. Bien qu'ayant été formé durant les années 1830 au cours de ses études médicales à Leipzig par les fondateurs de la psychophysique (Weber, Fechner), Lotze fut cependant assez opposé au développement de cette dernière discipline.

Le mot de psychophysique a été pris dans plusieurs sens au cours de l'histoire de la psychologie. Dans son sens primitif, il désigne la science nouvelle que Gustav Theodor Fechner (1801-1887) a fondée (pour une analyse de son œuvre : Nicolas, 2002c). C'était dans son esprit un développement de ses conceptions métaphysiques (cf. Fechner, 1851), et conformément à l'étymologie, "une science exacte des rapports de l'âme et du corps" (Fechner, 1860, I, trad. p. 7). En divisant le monde corporel en deux parties, le monde corporel interne ou physiologique et le monde corporel externe ou physique, Fechner distingue deux parties dans la psychophysique : la psychophysique interne et la psychophysique externe. La psychophysique interne a pour objet l'étude des rapports de l'âme avec le corps auquel elle est directement attachée, c'est-à-dire les rapports des phénomènes psychologiques avec les phénomènes physiologiques. La psychophysique externe a pour objet l'étude des rapports de l'âme avec le monde physique, c'est-à-dire les rapports des phénomènes psychologiques avec les phénomènes physiques. Très influencé par les écrits d’Herbart, il était conscient que pour que la psychophysique puisse être une science exacte, c'est-à-dire pour qu'elle puisse établir des relations mathématiques entre les phénomènes mentaux et les phénomènes corporels, il faut d'abord être capable de mesurer les phénomènes mentaux. En effet, tandis que la physique dispose de procédés pour mesurer les phénomènes qu'elle étudie, il n'en est pas de même pour la psychologie. Dès lors la psychophysique doit s'attacher au problème préliminaire de la mesure des phénomènes psychologiques (Fechner, 1860). C'est ainsi que Fechner s'est intéressé à mesurer uniquement les phénomènes psychologiques qui résultent des impressions exercées par le monde physique sur les organes sensoriels et qu'il appelle les sensations. Ainsi, la psychophysique est devenue chez Fechner la science de la mesure des sensations. D'une manière générale, plus une stimulation est intense, plus la sensation qu'elle produit est vive. Par exemple, pour avoir une sensation auditive intense, toutes conditions égales par ailleurs, un orateur doit élever la voix, faire vibrer plus fort l'air expiré, l'atmosphère de la salle et les tympans des auditeurs. Mais, comme Fechner (1860) va le montrer sur la base des travaux du physiologiste Ernst-Heinrich Weber (1795-1878) et d'autres auteurs, il n'y a pas un rapport simple entre la force de la voix et l'intensité des sensations : si on parle deux fois plus fort, on n'entendra pas deux fois aussi bien. Weber (1834, 1846) fut un des premiers à clairement exprimer l'existence d'une relation fonctionnelle entre une différence de sensation et le rapport des excitations correspondantes. De l'équation qui exprime cette relation, Fechner (1860) tirera l'équation logarithmique de cette relation. Ainsi la loi de Weber fut à la base de la mesure des sensations et, par suite, de toute la psychophysique fechnérienne.

Dans son premier ouvrage de psychophysique, Fechner (1860) a fait œuvre de science dans le domaine des sensations élémentaires. Pourtant, il ne faut pas oublier que sa psychophysique a été étendue quelques années plus tard aux éléments supérieurs de l'esprit. Son "Introduction à l'Esthétique" (Fechner, 1876) atteste de ce fait si souvent oublié. Les écrits psychologiques de Fechner ont été soumis, plus que ceux de tout autre auteur en psychologie, à une critique de la part de ses contemporains dont Helmholtz, Plateau, Delboeuf, Hering étaient les représentants les plus illustres (cf. Nicolas et al., 1997). Mais c'est cependant son œuvre de psychophysique sensorielle qui a subi les attaques les plus violentes. Ces critiques ont porté sur tous les aspects de la psychophysique en général et de la psychophysique sensorielle en particulier et ont manqué porter un coup fatal à l'œuvre pionnière de Fechner. C'est Hering, en 1875, qui attaqua la psychophysique de Fechner avec le plus de vigueur et de rigueur dans l'argumentation. Fechner contre-attaqua ses détracteurs à partir de cette époque en publiant deux ouvrages (Fechner, 1877, 1882) et de nombreux articles sur ce sujet afin de préserver les fondements de la loi psychophysique qui aujourd'hui porte son nom. Il reste cependant que les idées de Fechner sur la psychophysique ont fortement influencé les fondateurs de la psychologie. Ces hommes n'étaient pas seulement des expérimentateurs comme Helmholtz, Delboeuf, Wundt, Ebbinghaus, Müller, etc. mais aussi des cliniciens comme Sigmund Freud. Parmi ceux-ci, il revient cependant à Wilhelm Wundt (1832-1920) d'avoir promu la psychologie en tant que discipline scientifique autonome (pour une analyse de son œuvre : Nicolas, 2003).

Le développement de la psychologie en Allemagne est largement tributaire des travaux réalisés par les physiologistes dans les années 1830-1860. Ce sont d'ailleurs les physiologistes germaniques ou d'influence germanique (J. Müller, Weber, Donders, Helmholtz et leurs successeurs) qui ont été les précurseurs et les véritables initiateurs de la nouvelle psychologie. La physiologie a montré que la conscience à elle seule ne peut rien nous apprendre sur les sensations élémentaires, qu'au contraire elle nous trompe. C'est la physiologie qui a aussi prouvé que les phénomènes psychiques ont toujours un concomitant cérébral. Par les recherches sur le fonctionnement du cerveau, les localisations cérébrales, les sensations, la vitesse de transmission des nerfs, etc., elle a ouvert à la psychologie des voies nouvelles et lui a fourni des méthodes en contribuant à l'élever en véritable science.

Dès 1862, dans un ouvrage sur la théorie de la perception sensorielle, Wundt proposa la constitution officielle d'une nouvelle science : la psychologie expérimentale. Mais il annoncera ensuite que la constitution de la psychologie comme discipline autonome (Wundt, 1863, 1874) ne peut se faire en considérant seulement la psychologie expérimentale. En effet, dans ses "Lectures sur l'âme humaine et animale" (Wundt, 1863), il souligne les nombreuses tentatives qui ont été faites pour rattacher la psychologie aux sciences naturelles (Wundt, 1863, I, p. iv) et suggère que la clé du succès réside dans l'utilisation des méthodes expérimentales aidées en cela par l'histoire et l'ethnologie (Wundt, 1863, I, p. v-ix ; II, pp. iii-iv). Pour lui, la psychologie doit être une science basée sur l'expérience c'est-à-dire une science empirique (Ehrfahrungswissenschaft) (Wundt, 1863, I, pp. 19-23). Dans son fameux ouvrage intitulé "Traité de psychologie physiologique" (Wundt, 1874), il assignera à la psychologie une place entre les sciences de la nature et les sciences humaines. Mais par la suite, il sera de plus en plus enclin à rattacher la psychologie aux sciences humaines même s'il se prononça contre la séparation administrative de la psychologie et de la philosophie (cf. Hatfield, 1997). Avec les années son discours ne changera pas, ainsi, dira-t-il plus tard (Wundt, 1904, p. 48), « les deux grandes conquêtes de la psychologie moderne sont, d'une part, la psychologie expérimentale, d'autre part la psychologie collective… L'idée de Herbart d'une psychologie mathématique a préparé l'introduction de l'expérimentation dans l'observation psychologique ; c'est notamment dans son école (notamment par Lazarus et Steinthal) qu'est née la psychologie collective". Mais, Wundt excluait toute séparation de la psychologie expérimentale (et physiologique) envers la psychologie ethnique ou la socio-psychologie (Völkerpsychologie) (Wundt, 1913).

Fondateur des premiers séminaires et du premier laboratoire mondial de psychologie expérimentale à Leipzig en 1879, il formera aux techniques expérimentales toute une génération de psychologues, des Allemands mais aussi des Américains qui fondèrent à leur tour de nouveaux enseignements et laboratoires outre-atlantique. Les travaux de ce laboratoire furent d'abord publiés dans la revue "Philosophische Studien" (Études Philosophiques) entre 1881 et 1902 puis dans la revue "Psychologische Studien" (Études psychologiques) entre 1905 et 1918. Dans le premier fascicule de cette revue qui paraissait à des intervalles irréguliers, Wundt (1881) a écrit un article qui peut passer pour une préface à son œuvre dans le champ de la psychologie expérimentale. Il n'y considère pas la nouvelle psychologie comme une nouvelle philosophie, moins encore comme une négation de la philosophie, mais plutôt comme un progrès, un développement de la pensée philosophique. Pour lui, la psychologie expérimentale doit être aux faits internes ce que la physique est aux faits externes ; seule l'expérimentation nous permet de déterminer la structure d'un phénomène et les lois générales de son fonctionnement. Si l'on prend l'exemple de la physique, cette science décompose les phénomènes complexes en leurs éléments, détermine les propriétés de ces éléments, cherche leurs rapports dans le temps. De même, la psychologie expérimentale décompose le contenu de notre conscience en ses éléments et s'efforce de découvrir d'une manière exacte leurs rapports de coexistence et de succession. Le problème général de la psychologie expérimentale comprend donc trois questions : 1° Quels sont les éléments de la conscience, leurs propriétés qualitatives et quantitatives ; 2° Comment se combinent-ils pour former des faits de conscience d'une nature de plus en plus complexe ? 3° Quels sont les rapports de coexistence et de succession, les lois générales qui dominent les faits intérieurs ? À ces trois problèmes répondent trois méthodes avec dans l'ordre : les méthodes psychophysiques utilisées par Fechner et ses émules, les méthodes de manipulation de facteurs utilisées dans toutes les sciences expérimentales et les méthodes psychométriques empruntées aux astronomes et aux physiologistes (Helmholtz, Hirsch, Donders). Mais l'analyse psychologique basée sur la psychologie expérimentale ne pouvait accéder qu'aux seuls processus psychiques élémentaires. Les recherches portant sur l'évolution des processus de la pensée ou les formes supérieures ne pouvaient pas être effectuées à l'aide de l'expérimentation (cf. Wundt, 1882). Pour accéder aux fonctions intellectuelles supérieures et en faire l'analyse, Wundt s'est appuyé sur une "anthropologie psychologique". Cette psychologie des peuples ou socio-psychologie (Wundt, 1900-1920) a été développée pour étudier les lois de l'évolution de la langue, des mythes et des mœurs afin d'en dégager les caractères universels.

L'institutionnalisation de la psychologie scientifique et expérimentale de langue allemande commença avec la nomination comme professeurs ordinaires de philosophie et de psychologie bien entendu de Wilhelm Wundt à Zurich (1874) puis à Leipzig (1875) mais aussi de Carl Stumpf (1848-1936) à Würzburg (1873), de Georg Elias Müller (1850-1934) à Göttingen (1881), de Hermann Ebbinghaus (1850-1909) à Berlin (1886) et de Franz Brentano (1838-1917) à Vienne. Elle se développa à partir de cette époque surtout sous l'impulsion de deux admirateurs de l'œuvre psychophysique de Fechner : Ebbinghaus qui créera le "Zeitschrift für Psychologie und Physiologie der Sinnesorgane" en 1890 et qui jouera un rôle important dans les premiers congrès internationaux de psychologie et surtout de G.E. Müller, qui accéda à l'âge de 31 ans à la chaire que Herbart avait occupée de 1833 à 1841 puis Lotze de 1844 à 1880, et dont le rôle à la fois scientifique et institutionnel a été étonnamment sous-estimé jusqu'à présent.

Conclusion

Chaque système philosophique se base sur une certaine théorie de l'esprit qui lui est propre. La psychologie est devenue au cours du XIXe siècle l'arène de cette controverse. Deux écoles psychologiques se sont en effet affrontées à cette période : la psychologie de l'a priori (rationnelle ou spéculative) et la psychologie de l’a posteriori (empirique ou expérimentale).

La majorité des philosophes de l'a priori ont enseigné leur doctrine non comme psychologues, mais comme métaphysiciens. L'école psychologique allemande de l’a posteriori ne s'enfermait pas dans le for intérieur de la conscience pour y saisir l'être humain lui-même, le sujet et la cause des phénomènes psychiques. Elle se bornait à observer l'homme dans la succession de ses actes et de ses modifications, qu'elle recueillait et décrivait avec soin, dont elle constatait les rapports de manière à dégager les lois qui régissent le développement de ses facultés. Les psychologues de l'école de l'a posteriori ont ainsi avancé l'idée selon laquelle les phénomènes les plus complexes de notre esprit sont formés des phénomènes les plus simples et les plus élémentaires régis par la loi de l'association des idées. La psychologie scientifique est née en Allemagne de ce courant de pensée. Nul autre pays ne peut lui enlever cet honneur même si les histoires de la psychologie qui sont publiées dans les pays de langue anglaise tendent à minimiser cette priorité.

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