Selon son sous-titre, cet ouvrage moderne & à la portée de
tout le monde est dédié à Messieurs les Prévôts des Marchands et
Échevins de la ville de Lyon. Il paraît vingt ans après Soins faciles pour
la propreté de la bouche et pour la conservation des dents de Bourdet.
Avec ses 95 pages, il est lui aussi, une sorte de « livre de poche »,
et tient la promesse de la Préface : Je serai le plus bref qu’il me sera possible,
j’éviterai de me servir des termes de l’art ignorés des particuliers ; j’éviterai les
répétitions, à moins qu’elles ne soient de la dernière importance ; (…) Heureux, si
voulant prouver mon zèle à mes semblables, je peux les convaincre que je n’ai en vue que
leur utilité & leur soulagement dans les maladies qui affligent leurs dents ! Je trouverai
mon travail & mes veilles trop bien récompensés si je suis parvenu au but que je me suis
proposé dès le commencement de cet Ouvrage (p. 10).
Un autre ouvrage est annoncé, qui ne semble pas avoir vu le jour :
Je traiterai plus à fond cette fâcheuse maladie [l’érosion] dans l’ouvrage que je
promets, où j’enseignerai à ceux qui voudront apprendre de bonne foi & à fond l’art du
Dentiste, la manière de remédier à cette défectuosité (p. 77). Ceux qui désireront
approfondir cette matière pourront consulter l’ouvrage que je donnerai incessamment
(p. 79).
Éléments biographiques et publications
Dans son premier ouvrage publié anonymement à Genève, sans nom
d’éditeur en 1773 : Réfutation d’un nouveau Traité d’odontalgie, (cinquante-neuf
pages d’une sévère critique de l’œuvre de Pierre Auzebi, parue en 1771), il dit exercer
depuis trente ans ; on peut donc supposer qu’il est né dans les années 1720 ; Hoffmann-Axthelm
dit vers 1726. Après des études à Paris, il est reçu expert dentiste, le 29 octobre 1767.
Dès 1768, il figure dans l’almanach de la ville de Lyon : « Hébert, dentiste, rue
vis-à-vis hôtel la Monnaie ». Les Archives Municipales attestent en 1769 de la
« nomination de Jean Hébert, membre du Collège Royal de Chirurgie de Paris, en qualité de
chirurgien-dentiste de la ville, avec faculté d’en prendre le titre dans tous les actes
qu’il contractera, de la faire inscrire sur son enseigne avec les armes de cette ville et
communauté à la charge néanmoins par lui de ne pouvoir exiger dans aucun cas et sous aucun
prétexte, aucun honoraire de la part de la ville et encore à la charge par lui de traiter
et opérer gratuitement les pauvres. » (1)
En 1771, Il s’installe rue Neuve et fait valoir son titre de « Dentiste
pensionné de la Ville ». Il est également membre de l’Académie de Villefranche.
En 1774, il complète son titre : « Breveté de la Ville et du Consulat
pour le soulagement des pauvres ». Il est place des Terreaux, maison Allemand.
En 1778, il est au café anglais, entrée par la rue Ste Catherine. Il
publie le Citoyen Dentiste. L’almanach de 1782 et 1783 ne le mentionne plus.
Bregot du Lut et Péricard le font donc mourir vraisemblablement en 1782 (2).
Mais, en 1784, réapparaît le nom de Hébert, suivi de la mention
« l’aîné ». Jean Rousset suppose qu’il s’agit de « Jean, Gauthier Hébert, qui assistera,
le 2 mars 1789, à l’assemblée pour la nomination des chirurgiens chargés de la rédaction
des Cahiers du Tiers-État. Nous croyons qu’il pourrait s’agir de son fils aîné ou plutôt
de son frère, si la date de réception maintenue, 1767, est exacte. » (3)
Mathieu Hébert inscrit comme élève en chirurgie à l’Hôtel-Dieu en 1775,
est présumé être son fils (4).
Enfin, où notre Hébert aurait-il exercé avant d’être expert ? Jean
Rousset suppute : « Hébert a certainement eu une grande réputation ou un moment de vogue,
car il est cité par l’abbé Pernetti dans ses Recherches pour servir à l’histoire de
Lyon, assez curieusement d’ailleurs, puisqu’il dit qu’il exerçait à la fois la
médecine et la chirurgie, ce qui est manifestement faux, car ni le Collège des Médecins,
ni la Communauté des Maîtres en Chirurgie ne l’auraient toléré ». Cette œuvre de l’abbé
Pernetti étant datée de 1767 et l’auteur disant « tout récemment », on peut admettre
qu’Hébert, comme Auzebi, était déjà à Lyon avant sa réception en 1767. »
L'ouvrage
L’ouvrage comprend trois chapitres principaux, suivis de recettes
de poudre dentifrice ou de formules d’opiat.
Le citoyen dentiste ou l’art de seconder la nature pour se conserver
les dents et les entretenir propres. Ouvrage moderne, à la portée de tout le monde.
Ce premier chapitre est le plus personnel et le plus intéressant.
Dans ses généralités, l’essentiel y est dit. L’auteur souligne que les
dents de lait ne sont rien aux dents secondaires quant à leur constitution, ainsi qu’à
leur conformation naturelle : les premières peuvent être venues fort mauvaises, en raison
des difficultés des premiers temps de la naissance, & les secondes fort bonnes : de même
les premières fort bonnes, & les secondes fort mauvaises : ces accidents dépendent de
l’état du sujet lors des germinations, & des différentes maladies dont il peut être
attaqué dans le temps du développement des différents germes (p. 12-13).
Concernant le bon arrangement des dents, il critique sans nuance un
Maître de l’Art (M. Bourdet, dentiste de Louis XV), et lui fait dire
qu’il est inutile d’aider la nature dans ses opérations, (…) & de ne point ôter les dents
de lait avant qu’elles ne soient ébranlées, et bien sûr, il s’engage à prouver le
contraire (p. 13). Puis il attaque l’Auteur moderne (le sieur Auzebi, Dentiste à
Lyon) qui assure « que l’on peut en tirant une dent de lait, intéresser la
membrane vésiculaire & le cordon dentaire, ce qui serait cause que le germe de la dent
serait en danger d’en être détruit. » (…) Il ignorait, lorsqu’il a écrit, que le germe
des dents secondaires n’a aucune connexité avec celui des premières ; qu’ils sont chacun
enfermés dans un alvéole particulier (p. 14). Et de déclarer : Un Maître en l’Art
qui veut écrire pour instruire ne doit jamais rien aventurer : il faut, & il doit avoir
répété ses observations quantité de fois, avant que de les annoncer comme préceptes !
p. 15).
Dans le sillage de Bunon et de ses successeurs, il s’adresse aux pères
et mères : Il ne faut pas attendre la fin de la régénération des dents pour accoutumer
les enfants à en avoir soin ; il est nécessaire de leur inculquer de bonne heure
(p. 16). Et directif et un peu sentencieux, il ajoute : Lorsque la régénération
commencera, faites entendre à l’enfant qu’il entre dans une classe d’hommes plus
raisonnables, piquez le d’honneur, autant que sa raison le comportera, & lui apprenez que
la nature lui donne des secondes dents plus fortes, plus robustes que les premières, mais
que c’est pour la vie, & que leur bonté, leur durée dépendent beaucoup de l’attention que
l’on prendra à les aider à venir en bon ordre & bien rangées : qu’il est nécessaire qu’il
se prête aux soins que l’on jugera à propos pour cet effet. Enseignez lui alors qu’après
s’être rincé la bouche à l’ordinaire, il faut passer le doigt indicateur sur toutes les
dents, de haut en bas à la mâchoire supérieure, & de bas en haut à l’inférieure ; faites
lui concevoir qu’outre que cette opération les aidera à venir bien droite, elle procurera
maints bons effets ; que ce soin coopérera à polir l’émail encore délicat & tendre, & lui
donnera un éclat plus vif ; qu’il sera plus lisse, plus égal & plus uni ; que plus elles
auront toutes ces qualités, moins le tartre, ainsi que les vapeurs de l’estomac, pourront
s’attacher dessus ; que, par ce moyen, les gencives se gorgeront moins, & se détacheront
plus difficilement du collet des dents, ainsi que des interstices (p. 18-19).
Tout est résumé dans ces préceptes. Reste à choisir le dentiste :
Songez qu’il faut que ce soit un honnête homme, expérimenté dans son art & non avide de
gain, enfin honnête dans toute l’acception du terme (p. 20).
À partir de quatorze ans, et pour toute la vie, il faudra : se
gratter la langue tous les matins. (…) se servir d’une cuiller à café fort mince, ou d’un
morceau de baleine approprié à cet usage, ou encore d’un morceau de petit ressort de
montre, mince, bien liant & point tranchant. (…) L’on prendra un cure-dent de plume
médiocrement fort ; d’abord on se servira de l’extrémité ronde pour détacher adroitement
le limon muqueux qui se sera formé la nuit sur le corps des dents, (…) ayant soin
d’essuyer le cure-dent après chaque dent nettoyée. (…) L’on se servira de l’autre
extrémité pointue pour ôter des interstices des dents le limon, ou le reste des aliments
(…). Il faudra avoir grand soin de ménager les sommités des gencives. (…) Ensuite, l’on
passera une racine préparée bien douce & bien humectée sur toutes les dents, (…) ou bien
une petite éponge fine, bien nettoyée ; (…) on se rincera la bouche avec de l’eau, (…)
dans laquelle on aura mis une cuiller à café de l’une des liqueurs dont on trouvera la
composition ci-après, suivant la nécessité (p. 21-23).
Je recommande sur-tout, que l’on se donne de garde, autant que du
poison, de ces spécifiques composés au hasard, débités par les Charlatans, les empiriques,
par les parfumeurs, ainsi que par une quantité de gens qui n’ont d’autre intérêt que de
vendre, sans se mettre en peine des désordres que causent leurs drogues (p. 25).
À propos du tartre, il précise : comme il y a différents
tempéraments, il y a aussi différentes qualités de tartre ; il en est qui ne forme qu’une
vapeur noire ou verte sur les dents, sans jamais acquérir d’épaisseur, d’autre qui est
blanc tirant un peu sur le jaune fort épais quelquefois, & qui acquiert de la
consistance ; c’est le plus ordinaire ; d’autre encore qui est brun tirant sur le noir,
assez épais & qui acquiert aussi à la longue de la dureté, il devient fort puant (p.
27).
Son action est insidieuse : il s’insinue petit à petit sous la
gencive, s’y prolonge, la détache des dents, pénètre dans l’alvéole entre le périoste (que
souvent il détruit) & la racine. (…) Il parvient jusqu’à son extrémité inférieure, où il
intercepte le nerf nourricier. (…) La dent privée de nourriture s’ébranle : le tartre
augmente toujours, le périoste, s’il n’est détruit, s’enflamme ; alors il s’établit une
suppuration, imperceptible dans son commencement, ensuite assez abondante, de couleur
verdâtre, laquelle flue par l’extrémité de la dent délabrée. La dent ébranlée sort peu à
peu de l’alvéole, & enfin tombe victime de la mal-propreté, presque toujours saine &
entière mais chargée de tartre infect (p. 28).
Et de déclarer sans ambages : Il faut donc
surmonter ce vieux préjugé enfanté dans des temps d’ignorance, l’abandonner comme faux &
sans vraisemblance, & si absolument, vous ne voulez pas avoir recours aux instruments
(chose presqu’impossible) soyez donc tous les jours d’une attention scrupuleuse à enlever
le tartre qui se sera formé pendant la nuit ; encore vous en préserverez vous
difficilement, car outre les causes externes qui le produisent lesquelles sont en grand
nombre, il y en aura une infinité d’internes à combattre que vous ne pourrez prévoir.
Faire visiter sa bouche, est donc une nécessité indispensable, au moins une fois
par année, pour les personnes bien constituées, (…) & l’instrument entre ses mains
sera le sauveur de bien des dents, lesquelles périraient d’un mal habile ou d’un
Charlatan. Ces sortes de gens, dont il n’est que trop, sur-tout dans les grandes villes,
sont les fléaux de l’humanité (p. 30-31).
Il faut encore être à l’égard des dents, comme en tous les temps de la
vie où il s’agit de la santé, un peu son médecin soi-même (p. 31). Il est
absolument nécessaire de passer le cure-dent entre toutes les dents après les repas pour
enlever les aliments qui pourraient s’y être introduits, ensuite se rincer la bouche, (…)
il sera même très bon de se servir de la dernière gorgée de vin après le repas pour
fortifier les gencives ; on la laissera à cet effet quelques secondes les baigner, & si
l’on craint l’odeur du vin, l’on pourra ensuite passer de l’eau dans la bouche afin d’en
ôter le goût (p. 34).
Tout comme Bourdet, il va inciter à faire le maximum de soins par
soi-même, entre autres : scarifier les gencives avec un cure-dent bien pointu (p. 35).
Si ces soins ne réussissent pas, (…) c’est alors que l’on se doit apercevoir que ces
accidents sont au-dessus de son savoir, & qu’il faut absolument recourir à l’Artiste
(p. 36).
De la Germination des dents, de leur Développement, leur
Accroissement, de leur Sortie & de leur Chute. Lesquels n’ont été approfondis & traités
que très-imparfaitement jusqu’à présent. Ouvrage instructif & très-intéressant à tout le
monde.
Des dents de lait ou premières dents
Reprenant sans grande originalité, mais doctoralement, l’évolution des
premières dents, c’est la douleur éruptive qui le fait se démarquer de ses pairs.
Doit-on continuer, ainsi qu’on l’a pratiqué le plus souvent jusqu’à présent, à faire des
incisions cruciales, ou longitudinales sur la surface des gencives aux endroits où les
dents semblaient vouloir percer ? Non, assurément. Opérations (…) infructueuses, fausses &
inutiles ; (…) L’on sera assuré de leur inconséquence, lorsque l’on examinera que c’est
l’os qu’il faut ouvrir & dilater pour donner jour à la dent naissante ; (…) Il n’y a que
la patience, le temps joint au régime, (…) pourra soulager l’enfant (p. 46-47). On
purgera aussi la nourrice ; sur-tout ne point charger l’estomach de l’enfant, le
laisser plutôt désirer, que trop le rassasier. (…) On observera encore de tenir la tête un
peu haute à l’enfant, lorsqu’il sera couché, & de le lever lorsqu’il sera dans quelques
grandes crises de douleurs. Et si nécessaire il faudra en venir à une petite
saignée, [ou encore] faire prendre une petite cuillerée de potion rafraîchissante,
& tant soit peu somnifère (p. 48).
Critique des hochets : Pour remédier aux douleurs des
gencives & aider la section, ou plutôt procurer l’écartement des fibres de leur tissu, ne
donnez à l’enfant aucun corps dur, lisse & inaltérable, (…) comme les hochets de crystal,
de corail, d’ivoire ou d’os, [encore moins ceux proposés par Auzebi] : les hochets
raboteux (p. 50). Les racines de guimauve, les bâtons de réglisse empâtent la bouche.
Hébert préconise son hochet de pain, que l’enfant peut mâchonner
à volonté et en donne la recette : Il faut faire faire chez un pâtissier, ou chez un
confiseur, avec de la plus fine fleur de farine, du sucre, & des œufs, de petits bâtons
ronds, longs de cinq pouce environ, gros à peu près comme sont les hochets ordinaires de
chrystal; (…) Il faut qu’il soient d’un jaune doré bien sec ; l’on passe un ruban dans le
petit trou, & on le met au cou de l’enfant comme on faisait le hochet (p. 52).
De la régénération des dents ou de la seconde germination
Elles y travaillent à peu près de la même manière, mais moins
douloureusement, parce que tout dans l’individu a acquis de la force & de l’accroissement
considérable, & que l’enfant étant plus fort, est plus occupé, plus distrait ; qu’il broie
presque continuellement des aliments qui ont plus de consistance (p. 62).
Et réfutant à nouveau Auzébi qui prétend que les dents de lait n’ont
pas de racines, il donne son mécanisme de leur résorption : Concluons que
la racine de la dent plus tendre naturellement par sa substance, que le corps émaillé de
la dent, étant la première exposée au frottement d’un corps vigoureux qui augmente en
force & en quantité tous les jours, & qui veut se faire place, sa dureté & son
augmentation travaillent sans cesse à la destruction de cet autre corps frêle abandonné,
devenu tendre par le défaut de nourriture, lequel cède aisément au frottement continuel, à
la pression de celui qui le veut chasser, & tombe en deliquium, en boue, laquelle petit à
petit se transude à travers l’alvéole & les bords de la gencive pour être entraînée par la
salive (p. 67).
Sur la difformité des dents : il n’y en a pas de naturellement
difformes, (…) ces mauvaises conformations ne viennent que des obstacles qu’elles
rencontrent. (…) Premièrement des maladies de l’enfant pendant le temps de la
germination ; secondement du trop peu d’espace qu’elles trouvent à leur sortie pour se
placer, & de la négligence des parents à ne pas faire ôter assez tôt les dents de lait,
avant que les secondaires les aient trop ébranlées (p. 74). L’érosion et l’usure
peuvent en être aussi la conséquence.
Et de conclure ce chapitre en ne craignant ni la répétition, ni une
certaine dureté : Je dis que de l’attention que l’on aura à la régénération des dents
dépend la bonne dentition pour toute la vie ; qu’il ne faut jamais laisser des dents de
lait gâtées, sous quelque prétexte que ce soit, aux enfants parce qu’elles peuvent
communiquer leur carie aux dents de régénération &, qu’il ne faut avoir aucune
faiblesse pour les larmes des enfants, lorsqu’il s’agit de l’extraction nécessaire de
quelques dents de lait ; & qu’enfin la véritable science des parents consiste dans le
choix de l’Artiste entre les mains duquel ils mettront leurs enfants, lequel doit être
très expérimenté & honnête homme (p. 79-80)
Recettes d’opiats, poudre, élixir, lotions, gargarismes, etc. pour les
dents
J’ai éprouvé que le vin blanc éventé, à la dose d’une cuillerée
à bouche dans environ huit d’eau dégourdie en hiver, & telle qu’elle est en été, après
avoir passé la nuit dans la chambre, est ce que l’on peut prendre de mieux pour se tenir
les dents nettes & les gencives en bon état. Suit la recette pour éventer le vin,
auquel on pourra ajouter alun calciné, iris de Florence concassé, grains de myrrhe en
larmes, et miel blanc (p. 82-83).
Suivent des recettes : un élixir avec du citron, une poudre dentifrice
à base de coquilles d’œufs bien pilés, une autre avec des coquilles d’huîtres, de
celles de dessous, une formule d’opiat à base d’os de seiche, un opiat
anti-scorbutique avec du talc de Montmartre calciné.
La description minutieuse de la façon de préparer les Racines
termine l’ouvrage : Prenez des cannes de jonc d’Hollande, qui servent à
faire des chaises ou fauteuils, & se vendent chez les épiciers. (…) Ensuite les tremper
dans un vase plein d’eau. (…) Vous gratterez avec un couteau toute l’écorce. (…) Puis,
avec un marteau vous battrez les deux bouts sur quelque chose de solide jusqu’à ce que
vous les voyiez suffisamment effilés, & suffisamment fins ; vous les ferez sécher en les
mettant debout & à l’ombre, ensuite les battrez encore à sec légèrement. Si elles ne sont
pas unies en dessus, vous les gratterez avec un morceau de vitre & égaliserez les bouts
effilés avec des ciseaux : ces barbes ou effilures doivent avoir trois ou quatre lignes de
long, il faut qu’elles soient bien douces & fort fines (p. 95).
Conclusion
Certes inspiré de Bourdet et des autres, et prompt à réfuter ou à
critiquer, Hébert par sa déclaration au milieu de l’exposition de ses théories sur la
régénération des dents résume bien l’apport de chacun à l’édifice odontologique : Ce
n’est point ici la place de faire l’examen des auteurs qui ont écrit avant moi sur les
dents. Je dirai seulement que ce qu’ils ont dit m’a beaucoup abrégé d’ouvrage, & que
plusieurs m’ont enseigné le chemin que je devais tenir, lequel, sans leurs écrits,
m’aurait tenu bien plus de temps à chercher, & quoiqu’il y ait plusieurs systèmes que je
n’adopte pas & que je n’approuve nullement, je ne puis cependant taire que je leur ai
obligation ; ce qui me fait répéter avec assurance, que l’un perfectionne les découvertes
de l’autre (p. 70).
Hébert réussit ainsi à faire une œuvre personnelle : des remarques
judicieuses et clairement énoncées. C’est indiscutablement l’œuvre d’un homme expérimenté
qui ne mâche pas ses mots quand il fustige la malhonnêteté ou l’incompétence de certains.
Les conseils didactiques de propreté sont assortis de détails particulièrement précis,
mais sans doute trop complexes pour être suivis à la lettre. D’autant que le ton directif,
sévère, est parfois un rien culpabilisateur. L’empathie s’efface derrière la nécessité et
le but recherché, ne sera peut-être pas obligatoirement atteint.
Notes
[1] Archives Municipales : BB 337, 1769.
[2] Breghot du Lut et Péricard. Catalogue des Lyonnais dignes de
mémoire, Techener, Paris 1839, p. 146.
[3] Archives Municipales : HH 70, 2 mars 1789.
[4] Archives Hospitalières FHD 4, p. 136 « Mathieu Hébert, 22 ans,
fils de M. Hébert chirurgien dentiste demeurant chez son Sr Père dans cette
ville », le 8 novembre 1775.
Bibliographie
Pierre Auzébi et Jean
Hébert. Dentistes Lyonnais au XVIII e siècle. Thèse Chirurgie Dentaire, Lyon 1978 ;
n° 42 12 78 43.
HOFFMANN- AXTHELM Walter. History of Dentistry, Chicago,
Berlin, Rio de Janeiro and Tokyo, Quintessence
Publishing Co., Inc. 1981,
PERNETTI. Recherches pour servir à l’histoire de Lyon ou les
Lyonnais dignes de mémoires. Lyon, Duplain, 1767, t. II, p 91.
ROUSSET Jean. L’Art dentaire à Lyon au XVII et XVIII e, Annales
Odonto-Stomatologiques, 1962, vol. 19, p. 217-253.
Vifs remerciements au Docteur François Emptoz, conservateur du Musée
dentaire de Lyon pour la communication de ces précieux documents.
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