Les débuts
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La maison Baillière est née en 1818 de la volonté de
Jean-Baptiste Baillière (1795-1885), qui sut quitter le poste de
commis qu’il occupait chez Méquignon aîné pour ouvrir une petite
librairie au 14 rue de l’École de Médecine, avant de s’installer
beaucoup plus tard, en 1850, dans les bureaux historiques du 19, rue
Hautefeuille. Dès 1819, il s’empresse de réaliser une première
publication avec un ouvrage de médecine légale, en fait la réunion
de quatre thèses consacrées à cette matière alors en plein essor.
Puis, c’est entre autres l’édition du célèbre Traité théorique et pratique de médecine et de chirurgie de L.J.
Sanson aîné (1740-1841) et de Louis Charles Roche (1790-1895), tous
deux élèves et gardiens du savoir de leurs maîtres respectifs,
redoutés et redoutables, Dupuytren et Broussais. Ce manuel connut un
succès considérable puisqu’il perdura vingt-cinq années avec quatre
rééditions et de nombreuses traductions !
La réputation de la maison sera complètement assise avec le
Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, celui que l’on citait comme « le quinze volumes », rédigé par des autorités incontestées de l’époque : outre les auteurs mentionnés ci-dessus,
Jean-Baptiste Bouillaud
,
Jean Cruveilhier
,
Antoine Dugès
,
Nicolas Guibourg
,
Francois Magendie
,
Pierre Rayer
et al. Avec en 1823 quarante titres au catalogue, la montée en puissance de J.-B. Baillière, devenu en 1827 l’éditeur de l’Académie de médecine (1), se fait ensuite vraiment sentir car, si en 1829 il co-édite le quinze volumes avec Gabon, Méquignon-Marvis et Crochard, il ne restera plus l’année suivante que lui-même et Méquignon-Marvis jusqu’en 1836, moment où un incendie rue du Pot-de-fer affaiblit ce dernier.
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| Bouillaud |
Cruveilhier |
Magendie |
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La rue Hautefeuille vers 1869-1870. A l'avant à gauche, la librairie Baillière.
Coll. Bib. historique de la Ville de Paris |
Editeur et libraire en familleIl importe de souligner combien certains membres de la famille contribuèrent à cet essor, dès lors que le fondateur les en jugeait capables : son frère, Pierre François Hippolyte, partit diriger en 1831 la librairie londonienne, ses neveux donneront plus tard l’un, Hippolyte Émile, la greffe new-yorkaise, et l’autre, Ferdinand François, celle de Melbourne. En 1848, un autre neveu fondera la maison C. Bailly-Baillière (2, 6).
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Jean-Baptiste Libraire 1818 |
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Françoise
ép. Bailly |
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Germer Libraire |
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Pierre François Hippolyte
Libraire à Londres, 1831 |
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Prosper
Libraire |
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Lib. Baillière, Tindall and Cox |
Emile Libraire 1856 |
Henri Libraire 1862 |
Carlos Libraire
à Madrid 1848 |
Gustave Libraire 1860 |
Hippolyte Émile Libraire à New York |
Charles Edmond
Libraire à New York |
Ferdinand François
Libraire à Melbourne |
Désirée ép. Aubry
Fabricant d'instruments de chirurgie |
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Lib. J.-B. Baillière et fils |
Lib. Bailly Baillière |
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Lib. Baillière Brothers |
Nous ne pouvons non plus passer sous silence les traductions érudites d’œuvres anciennes, telles celles d’Hippocrate
par Émile Littré
,
dix volumes s’étalant de 1839 à 1861
, ou les
Œuvres anatomiques, physiologiques et médicales
de
Galien
par l’érudit philologue Charles Daremberg
, voire les œuvres complètes d’Ambroise Paré
par le chirurgien François Malgaigne
, monument précédé d’une introduction remarquable sur l’histoire de la chirurgie avant Paré et d’une étude documentée de la vie de Paré :
Paule Dumaître
, éminente spécialiste de Paré, en faisait grand cas (3).
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| Hippocrate |
Littré |
Galien |
Daremberg |
Paré |
Pour le XIXe siècle, nous sommes aisément confrontés à la sortie de plus de 4 000 ouvrages, sans parler des journaux régulièrement publiés, reflet eux aussi de l’essor de quelques spécialités (4).Cependant, nous connaissons moins le rôle de J.-B. Baillière comme libraire d’antiquariat, alors que dans son commerce il rechercha longtemps pour ses clients des livres anciens de médecine et de sciences naturelles, comme en témoignent certaines archives proposées à la vente dans un catalogue commun des librairies Thomas-Scheler et Les Neuf Muses. Ainsi voyons-nous inscrit dans une lettre à J.-B. Baillière en date du 16 octobre 1824, cet extrait émanant du
zoologiste-paléontologue Gérard Paul Deshayes (1795-1875) : «Vous me rendrez un grand service si,
en bouquinisant, vous veniez à trouver pour 20 ou 25 francs (c’est cher) un livre qui a pour titre
De l’oryctologie des environs de Bruxelles par Burtin…». L’expression
en bouquinisant est des plus savoureuses et mérite de subsister !
Correspondance et archives
Ces missives ont un intérêt fondamental à un moment où paraît un ouvrage capital d’analyse de l’évolution des idées en médecine et en chirurgie sous la plume du professeur canadien Othmar Keel :
L’avènement de la médecine clinique moderne en Europe (5). En effet, connaissant le rayonnement rapide de J.-B. Baillière dans toute l’Europe continentale mais aussi sur les îles britanniques et le continent américain, nous pourrions indirectement apprécier les pôles de
recherches et d’intérêt de plusieurs grands médecins français et étrangers, et asseoir solidement les thèses d’Othmar Keel montrant que ce processus complexe d’émergence, de structuration et d’institutionnalisation d’une nouvelle médecine ne saurait être réduit à ce qui s’est passé à Paris après la Révolution avec la création des Ecoles de santé, ni aux travaux de ce qu’il est convenu d’appeler l’Ecole de Paris.L’essor est complexe et bien antérieur, s’étalant entre 1750 et 1815, et concerne l’espace européen. Nous pensons entre autres, comme O. Keel, que l’ouvrage de
Michel Foucault
Naissance de la clinique. Une archéologie du regard médical se trouve pulvérisé dans bien des affirmations proposées, et que Bichat doit être vraiment considéré comme un homme qui sut produire une géniale synthèse.
Dans les courts extraits donnés ci-dessus des lettres à J.-B. Baillière citant les auteurs du XVIIIe siècle, nous remarquons que ces auteurs recherchés à l’époque figurent parmi les références de Keel, car il inscrit John Hunter plus de 150 fois, Soemerring 7 fois et Albrecht von Haller plus de 50 fois. Cela fait donc réfléchir sur les possibilités offertes par de telles archives dans une démonstration sur l’influence intellectuelle de certains médecins et chirurgiens.
Claude BernardPour en finir avec la correspondance, nous ne pouvons résister à citer un extrait d’une lettre adressée par Claude Bernard à J.-B. Baillière qui le sollicitait pour participer au
Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie dirigé par Jaccoud.Certes le grand savant à cette époque est accablé d’engagements et remanie complètement son laboratoire en vue de modifier son enseignement. Mais le fond de sa pensée, avec sa ferme détermination, éclate le 8 octobre 1863 où, de Saint-Julien, il écrit : « Ce que je n’accepterai jamais, pour ma part, c’est un directeur ; je ne signerai jamais que je reconnais à quiconque le droit de contrôler mes articles et d’en donner le bon à tirer… En résumé, j’ai fait et je ferai
avec vous des livres tant que je pourrai ; mais je ne veux pas que vous me donniez un directeur de nom ou d’effet et quel qu’il soit. Sur ce chapitre, nous ne nous entendrons jamais. C’est la seule chose que je vous refuserai toujours… ».
Et J.-B. Baillière sut respecter sa volonté et garder dans son giron l’œuvre de ce génie universel de la physiologie et physiopathologie médicale.Nous voyons ainsi que, non seulement il faut savoir apprécier la valeur des ouvrages sortis d’une telle maison d’édition, mais aussi, pour les historiens de la médecine, se servir des archives subsistantes dont la valeur intellectuelle peut être considérable dans nombre de recherches. Par exemple, s’il existe encore des feuillets d’épreuves de correction avec des notes manuscrites pour l’édition des Œuvres d’Hippocrate
par Émile Littré
, je suis convaincu de l’extrême intérêt que cela aurait pour l’éminent helléniste Jacques Jouanna.
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| Hippocrate |
Littré |
Il est indéniable que la richesse scientifique des ouvrages parus au XIXe siècle chez Baillière est telle que ce qui gravite autour intéressera tout chercheur. Et dans les
Heirs of Hippocrates, bon reflet d’un choix international parmi les richesses de la bibliothèque de médecine de l’Université d’Iowa, nous retrouvons moult célébrités qui furent éditées par Baillière, comme
J. Lisfranc
,
P.C.A. Louis
,
J. Cruveilhier
,
J. Amussat
,
J.B. Bouillaud
,
F. Leuret
,
C. Gibert
,
C.M. Billard
, J. Sichel,
J.F. Malgaigne
, G. Duchenne
,
A. Nélaton
,
A. Binet
,
F.A. Longet
,
Cl. Bernard
,
A. Tardieu
,
J.B. Luys
,
F. Guyon
,
J.J. Dejerine
et tant d’autres.
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| Lisfranc |
Cruveilhier |
Bouillaud |
Duchenne |
Nélaton |
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| C Bernard |
A. Tardieu |
J.B. Luys |
F. Guyon |
Que le travail d’investigation commence, pour mettre au jour la contribution originale qu’apporta Jean-Baptiste Baillière au monde de l’édition scientifique française (il présida en 1847 le comité d’organisation du Cercle de la librairie) et à l’avancement des sciences.
Références
| 1. |
Baillière J.-B. : Histoire de
nos relations avec l’Académie de médecine, Paris,
1872 |
| 2. |
Baillière J.-B. : Famille Baillière. Paris, 1885 |
| 3. |
Dumaître P. : Ambroise Paré, son destin posthume , ses historiens. Histoire des sciences médicales, 2001, vol. 35, n° 3, pp. 281-298 |
| 4. |
Dubarry J.J. : Le premier siècle des doyennes des maisons d’édition médicales et scientifiques. Histoire des sciences médicales, 1986, vol. 20, n° 3, pp. 259-266 |
| 5. |
Keel O. : L’avènement de la médecine clinique moderne en Europe. Montréal, 2001 |
| 6. |
Martin H.-J., Chartier R. (dir.) : Histoire de l’édition française. Paris, 1985, tomes III et IV |
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