médecine-odontologie
pharmacie-biologie-cosmétologie
histoire de la santé
RECHERCHE
       LIMITER AU SITE BIU SANTE    

Bibliothèque numérique Medic@

Anatomie

 Liste des ouvrages numérisés

Voir aussi :

sur le web :

1. Traités d'anatomie, par Jacques-Louis BINET
2. L'anatomie au XVIe siècle, par Jacqueline VONS

 

Anatomy in the XVIth century, by Jacqueline VONS

Traités d'anatomie

Introduction by Jacques-Louis Binet
Secrétaire perpétuel de l'Académie nationale de médecine

La Bibliothèque interuniversitaire de médecine présente aujourd'hui sur son site web une série de traités d'anatomie numérisés. Cette nouvelle rubrique mérite d'être commentée car non seulement elle illustre les grands moments de l'histoire de l'anatomie, mais fait aussi apparaître l'ambiguïté des relations entre l'anatomiste et l'artiste, l'influence de tout ce qui nous sollicite devant un corps humain et, faisant suite aux dessins anatomiques, la place qu'occupent en 2005 les nouveaux procédés d'imagerie médicale.

I

Dans l'histoire de l'anatomie, l'écrit et le parler ont longtemps précédé la représentation graphique. Jusqu'à la Renaissance tout repose sur les textes de Galien, médecin grec du 2e siècle, qui, dans ses Démonstrations anatomiques et Usages des parties du corps, reprend la nomenclature d'Hérophile et les travaux d'Eristrate, auxquels il ajoute des observations personnelles plus souvent faites sur l'animal que sur l'homme, puis de Mondino de Luzzi, qui publie Anatomia en 1319, qui ne comporte toujours aucune illustration. Quand la bulle pontificale de Boniface VIII accorde à certaines écoles de médecine le droit de disséquer, cette dissection n'est là que pour illustrer le monde des livres. Dans La leçon d'anatomie de 1495, qui est ajoutée à la troisième édition du Fasciculus medicinae de Jean de Ketham, Mondino de Luzzi, mort cent ans plus tôt, est représenté, en haut, en robe rouge, sur sa chaire, lisant un texte anatomique et en bas un personnage, bras nus, dissèque un cadavre. Cette coupure du tableau en deux parties superposées traduit clairement la hiérarchie scolastique du Moyen Age.

Cette emprise du texte se retrouve dans toute l'histoire de l'anatomie. Au 16e siècle Guido Guidi et Colombo, au 17e Riolan, le contradicteur d'Harvey, se refusent à toute iconographie et Bichat, en 1801, reprend ce procès de l'image, puisqu’ « en anatomie, nos sensations doivent naître autant du toucher que de la vue ». Seuls les mots sauront traduire ce que révèle la main qui coupe, récline et palpe pour isoler.

Malgré toutes ces réserves l'image est irremplaçable et permet de suivre l'évolution de l'anatomie.

Dans la première période, jusqu'en 1518, avant la découverte de la perspective, les figures anatomiques apparaissent comme des sortes d'icônes. Ces œuvres graphiques sont peu nombreuses, perdues souvent dans une collection d'images de végétaux ou d'animaux. Elles figurent ici dans le Fasciculus medicinae de Jean de Ketham ainsi que dans le traité de Despars, qui représente les points de saignée, un des seuls moyens de traitement de l'époque. Elles s'inspirent de trois principes : le corps humain fait partie intégrante d'un système universel et n'est souvent représenté qu'au centre d'un Zodiaque; le fonctionnement de ce système a définitivement été établi par des textes immuables; la dissection permet de comprendre ces textes, mais jamais de les discuter.

En 1518 puis en 1529, toujours sous le signe des points de saignée, paraît à Strasbourg le premier livre qui, selon, R. Herrlinger, P. Huard et M. Grmek, fait appel à la perspective, celui de Laurent Fries, médecin néerlandais: les modestes hachures qui soulignent l'arrondi du genou et la convexité du poumon arrachent le corps humain à la référence du plan et le situent dans l'espace de la dissection.

C'est sous le signe de la perspective que se réunissent les auteurs des grands traités de la Renaissance. Quatre figurent ici, Dryander, Rueff, Vésale et Du Laurens.

Professeur d'anatomie de Marburg, Dryander a le mérite d'avoir publié les premières représentations véridiques du cerveau, qu'il reconstitue aux différents stades de la dissection, et du tube digestif. Il y ajoute une hantise, presque morbide, du destin de l'homme, fait « ricaner » les crânes et transforme ces dessins anatomiques en véritables trophées.

Médecin de Zurich, Rueff fait graver une représentation topographique assez exacte des voies urinaires et génitales de la femme et une vision totalement erronée de l'embryon.

Vésale reste le plus grand anatomiste de l'époque. Européen avant l'heure, né à Bruxelles, ayant fait ses études à Paris, il devint professeur d'anatomie à Padoue, médecin personnel de Charles Quint et de Philippe II, qu'il suit à Madrid, et meurt, selon la légende, au retour d'un pèlerinage d'expiation à Jérusalem. Dans ses trois livres et surtout De humani corporis fabrica, il ne se donne comme référence que l'observation par la dissection : dans le frontispice autour d'un amphithéâtre imaginaire où sont représentés tous les grands du moment, y compris Le Titien, Vésale, lui, est descendu de sa chaire pour disséquer lui-même. Il a su rassembler l'essentiel des connaissances de son temps, l'ostéologie descriptive et topographique, les systèmes musculaire, artériel et veineux, sans une véritable nomenclature. La fonction, qui reste du domaine de la mécanique, échappe aussi à l'auteur et l'artiste en dissimule l'insuffisance par des artifices de présentation. Les squelettes deviendront donc « le squelette laboureur » ou « le squelette méditant ». C'est encore plus vrai pour les muscles, qui n'apparaissent que par rapport à un de leurs lieux d'insertion, les autres étant sectionnés et pendant comme des tissus. Ce ballet d'ombres molles, dans d'étranges positions, se continue en quatorze planches, devant un paysage, que les érudits ont identifié comme celui qui entoure Padoue. Et pendant plus de deux siècles ces planches seront reprises, regravées sur cuivre, et souvent déformées.

Du Laurens, médecin d'Henri IV, publiera aussi sous forme imagée (Le chasseur et ses enfants) un traité d'ostéologie.

L’œuvre anatomique de Léonard de Vinci reste méconnue jusqu'à sa publication en 1898. Et pourtant dans ces deux cent vingt huit planches, dont la grande majorité est conservée à la bibliothèque de Windsor, il est le premier à décrire avec exactitude les ventricules cérébraux, les structures cardiaques et surtout l'aspect fonctionnel, mécanique de la musculature des membres inférieurs, ou des fonctions sphinctériennes au niveau du larynx, du rectum et des vésicules séminales. [1]

La première moitié du 17e siècle est marquée par la découverte de la circulation sanguine. Harvey ne la découvre que par un raisonnement faisant appel à l'hydrodynamique, avec une seule planche non pas d'anatomie, mais de démonstration physiologique, celle des veines de l'avant-bras, apparaissant sous garrot et s'effaçant par une compression digitale sous-jacente.

Toutes les autres figures de l'époque ne semblent qu'accessoires : celles de Bauhin schématisant la circulation de l'utérus, de Fabrice d'Acquapendente décrivant les valvules des veines, dont Harvey démontrera la fonction dans le retour veineux, de Guido Guidi dont le livre n'est publié qu'après sa mort ou d'Asselius qui montre que les vaisseaux chylifères du mésentère rejoignent la circulation veineuse

Les portraits des anatomistes se multiplient sur les frontispices. Nous avons déjà vu Vésale et nous découvrons Riolan, grand opposant à Harvey dans les débat sur la circulation, Paaw, Read, Bartholin en première page d' Anatomia, alors que figurent le corps et la tête d'un écorché dans la troisième édition d' Anatomia reformata de 1651.

Et les atlas continuent à suivre les développements de l'anatomie. Berretini da Cortona l'illustre, à grand spectacle, en baroque de la Contre-Réforme. Plus scientifiquement Browne s'attache à la mécanique musculaire, et développe, deux siècles plus tard, ce qu'avait tenté Vinci. Martinez s'efforce, à partir du corps humain, de définir de nouvelles lois de proportion comme Disdier, professeur à l'Académie de Saint-Luc, emprunte les figures de Vésale, d'Eustache et de Valverde, pour les apprendre aux artistes. Santorini s'attache surtout à la nomenclature. Scarpa nous fait suivre la dissection progressive, plan par plan, depuis la région cervicale jusqu'aux organes, des plus fines ramifications nerveuses, alors que Bell dessine lui-même une vue synthétique de l'innervation du cou, du thorax ou de l’abdomen.

Dernier moment glorieux de l’histoire des planches anatomiques, celui de la couleur. Ne figurent pas encore ici les travaux sur plaque de cuivre, où s'est illustré Jacques Gautier d’Agoty, mais la numérisation de l'oeuvre de Mascagni et d’Antonmarchi témoigne de l'importance de la lithographie en couleur. [2] Née à Munich des travaux de Senefelder, la lithographie ne se développe en France que dans l'imprimerie du comte de Lasteyrie en 1815, rue du Bac et celle d’Engelmann installée rue Cassette. Moins coûteuse que la gravure sur cuivre, la gravure sur pierre sera très utilisée par les peintres sous la Restauration. Professeur à l'Ecole de Sienne, Paolo Mascagni meurt en 1815, laissant une oeuvre considérable, qui comprend la synthèse des connaissances vasculaires de l'époque, la systématisation de la circulation lymphatique, de nombreuses études de myologie, un inventaire des premières découvertes microscopiques et, déjà, l'idée du rôle des globules rouges dans les tissus. Seule l'analyse des vaisseaux lymphatiques a été publiée de son vivant en 1787. La plus grande partie du travail sera éditée en quatre vingt dix planches, dessinées par Pedretti, « sur »coloriées au pinceau, de 1823 à 1826, chez le comte de Lasteyrie, par Francesco Antonmarchi, qui devait devenir médecin de Napoléon à Saint-Hélène, après avoir été prosecteur de Mascagni. L'ensemble des planches apparaît comme une grande fresque essentiellement consacrée aux vaisseaux, figurés sous la forme d'épissures, d'artérioles, de veinules et de nerfs sectionnés près de leurs terminaisons. Elles dessinent une trame couvrant, de ses anastomoses, ses ramifications et ses divisions la totalité des structures musculaires, cutanées ou osseuses. Pour mieux souligner le réseau de ce nouveau tissu, Antonmarchi fait ajouter les couleurs à la main sur les graphisme de la lithographie ; couleurs conventionnelles (rouge écarlate pour les artères, bleu pour les veines, blanc pour les nerfs et les lymphatiques) qui ne suivent pas parfaitement les sinuosités du dessin, débordant les parois artérielles,ne remplissant pas toute la lumière des veines. Par rayonnement de leur couleur rouge ou bleue, les vaisseaux pénètrent les tissus, les imprègnent et s'y diffusent. Ils traduisent le phénomène de diapédèse inflammatoire que Mascagni avait découvert au microscope : « Dans toutes les parties atteintes d'inflammation on observe des globules sanguins répandus hors des vaisseaux dans le tissu cellulaire. »

Mais bientôt la couleur comme le dessin ne jouent plus de leur force d'illusion pour se soumettre aux impératifs didactiques. Professeur de clinique chirurgicale, ami et médecin de La Fayette, Jules Cloquet fut le premier des anatomistes à s'adresser au comte de Lasteyrie. Il personnalise encore ses modèles (« squelette d'un capitaine de vaisseau âgé de trente huit ans... »), et introduit dans ses planches quelques données d'anatomie-pathologique et des observations microscopiques. Pour Jean-Baptiste-Marc Bourgery toute la médecine vient de l'anatomie, qui conduit nécessairement à la physiologie et à l'anatomo-pathologie. Mais toute planche doit être « didactique » c'est-à-dire que « la science y sera représentée dans son état le plus avancé et qu'elle y paraîtra avec toutes ses applications ». Il revisitera tout l'héritage des traités, refusant le plus grand nombre, de Vésale à Albinus, et, se servant comme « indications des meilleures figures publiées jusqu'à ce jour », les redessine d'après nature en y ajoutant des faits nouveaux. Ou plutôt les fait redessiner par Nicolas-Henri Jacob, peintre d'histoire, professeur de dessin à l'Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort, qui apparaît dans la préface de l'ouvrage comme un véritable co-auteur. Malheureusement l'anatomie descriptive était parvenue au bout de ses découvertes et les traités ultérieurs répéteront Bourgery .

Avec les figures de la maladie, avec Cruveilhier, les dessins de cette nouvelle anatomie devaient se multiplier. Les deux cents lithographies en noir et en couleur, souvent complétées à la main d'aquarelle ou de gouache, publiées de 1828 à 1842, s'attachent aux cas rares observés à la Salpétrière ou l'Hôtel-Dieu. Bientôt la multiplicité des lésions pathologiques s'effaçait devant la nouvelle unité de la biologie, la cellule.

II

Toutes les planches qui se sont succédées pendant cette histoire de presque quatre siècles nous posent deux questions: la place du médecin et de l'artiste dans leur création et les sentiments qui les animent dans cette représentation.

La part du médecin, de l'artiste et de la technique de gravure reste souvent difficile à déterminer.

Le rôle de la nature de la gravure elle-même est évident. Pour chaque nouveau moyen technique, c'est chaque fois une nouvelle mutation. Nous avons vu comment le passage de la deuxième à la troisième dimension donnait toute sa force à Laurent Fries. La plaque de cuivre, se substituant à la gravure sur bois, permettra à Gérard de Lairesse de faire apparaître la texture des méninges et du péritoine. Par la couleur de Gautier d'Agoty, les surréalistes reconnaîtront, devant une dissection des muscles du dos, « l'ange anatomique ».

La fonction de l'anatomiste et du graveur reste parfois impossible à distinguer. L'un et l'autre se confondent parfois comme chez Vinci, et l'anatomie avait été artistique avant d'être scientifique. Michel-Ange, Raphaël nous ont laissé quelques travaux d'anatomie, pour mieux fixer la posture de leurs personnages. Corps unité de mesure de Dürer, corps symbolique de l'école de Fontainebleau, corps image du péché de Bosch ou corps parfait de Raphaël, ces corps n'appartiennent pas à l'anatomie, mais au musée. Ailleurs le graveur vient sauver un mauvais texte : c'est Gérard de Lairesse qui rendra presque célèbre Bidloo dont le livre n'est fait que d'emprunts. Bourgery met en avant son graveur Jacob, mais le plus souvent le médecin l'oublie et, lorsque nous avions, avec Pierre Descargues, travaillé, en 1980, les atlas d'anatomie, il a fallu tout le courage de ce dernier pour retrouver, derrière chaque planche, le nom des graveurs qui ne figuraient ni dans les livres d'art ni dans ceux de l'histoire de la médecine.[3]

Dans sa reproduction du corps humain, l'artiste n'est pas sollicité seulement par la volonté d'apprendre. Il suffit de comparer une planche d'anatomie humaine à celle d'un traité de biologie végétale ou animale pour percevoir tout ce qui l'inspire. D'autres voix, celles du désir, de l'érotisme, de la mort, de la guerre ou de la religion se mêlent souvent à celle du savant et peuvent guider son crayon. Les femmes de Domenico del Barbiere, colorées à la main au milieu du 16e siècle, assises sur un monument funéraire ou sur une sorte de présentoir, sont bien ambiguës. Sur la page de titre du « nouveau recueil d'ostéologie et de myologie » de Gamelin figure une bataille gagnée par la mort et le traité se termine par une crucifixion. C'est en se séparant de ces références que l'artiste a pu créer, en Occident, le dessin anatomique, mais cette séparation n'est jamais complète et les meilleures des planches restent imprégnées, brouillées, animées par le monde du fantastique. Roger Caillois s'en est nourri et il commente le frontispice de Bartholin : « Largement ouvert, le rideau pend comme une défroque mise à sécher. Le terrible est qu'elle n'est pas aride aux extrémités - la tête, les pieds et les mains sont là, intacts, lourds, miraculeusement sauvegardés. La tête tombe par son propre poids. Une grande mèche de cheveux noirs atteint presque le titre du livre, imprimé au milieu de ce sac désaffecté qui contint un homme. »

En conclusion il faut féliciter et beaucoup remercier l'équipe de la Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine qui a numérisé et fera mieux connaître les ouvrages d'anatomie, mais il ne s'agit là que d'une première étape devant être complétée et prolongée. Complétée car d'autres planches méritent d'être montrées, comme celles d'Albinus ou de Gautier d'Agoty [4]. Elles méritent aussi d'être prolongées par toute l'iconographie, l'imagerie anatomique, radiologique, microscopique, moléculaire qui a suivi celle des dessins. Si nous prenons l'exemple des muscles, ne faut-il pas ajouter aux dessins de Bell les clichés photographiques de Duchenne de Boulogne [5], démontrant les fonctions des nerfs dans la musculature faciale, les coupes histologiques et cyto-chimiques des fibres musculaires normaux et pathologiques, les séquences de gènes responsables de maladies héréditaires ?

Aujourd'hui les dessins anatomiques doivent être replacés dans leur véritable contexte: appartenant au domaine du musée et du muséum, ils n'ont jamais quitté celui de la médecine.

Notes
[1] Ces planches ont fait l’objet de plusieurs publications depuis 1898 :
I Manoscritti di Leonardo da Vinci della Reale biblioteca di Windsor. Dell'Anatomia, fogli A, pubblicati da Teodoro Sabachnikoff, trascritti e annotati da Giovanni Piumati con traduzione in lingua francese, preceduti da uno studio di Mathias-Duval.  Paris : E. Rouveyre, 1898. Cote Bium : 1756
Léonard de Vinci... Feuillets inédits, reproduits d'après les originaux conservés à la bibliothèque du château de WindsoR… . Paris : E. Rouveyre, 1901. Cotes Bium : 1918, 1919 et 1920
Pierre Huard. Léonard de Vinci : dessins anatomiques (anatomie artistique, descriptive et fonctionnelle). Paris : R. Dacosta , 1961. Cote Bium : 145816
Martin Clayton et Ron Philo. Léonard de Vinci : anatomie de l'homme : dessins de la collection de la reine Elizabeth II. Paris : Seuil, 1992. Cote Bium : 10204
[2] Ces œuvres de très grand format, en cours de numérisation, seront mises en ligne ultérieurement.
[3] Jacques-Louis BINET et Pierre DESCARGUES. Dessins et traités d’anatomie. Paris : Editions du Chêne, 1980.
[4] A la première série d’ouvrages présentés dans ce dossier consacré à l’anatomie doivent en effet s’ajouter prochainement plusieurs grands noms : Albinus, Gautier d’Agoty mais aussi Antonmarchi et Mascagni, Cruveilhier…
[5] Ces clichés ont déjà été numérisés dans Medic@ dans le cadre du dossier consacré aux éditions Baillière : Album de photographies pathologiques complémentaires du livre intitulé De l'électrisation localisée et Mécanisme de la physionomie humaine ou analyse électro-physiologique de l'expression des passions.

 

L’anatomie au XVI e siècle

Introduction par Jacqueline Vons
Université François-Rabelais de Tours
Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (CNRS-UMR 6576)
Equipe de recherches  "Sciences, humanismes et savoirs" / histoire de la médecine)
jacqueline.vons@univ-tours.fr

I. L’anatomie dans l’enseignement de la médecine

Connaître l’anatomie du corps humain, pratiquer les gestes qui donnent accès à ce savoir, établir une méthodologie scientifique à partir de l’observation anatomique : telles sont les trois nouveautés essentielles et indissociables qui marquèrent l’histoire de la médecine au cours du XVI e siècle. Cela revient à dire que l’apprentissage du corps, de son agencement et de ses fonctions, qui avait été jusqu’alors jugé utile aux chirurgiens et aux praticiens, à ceux qui savaient extraire des traits, saigner les veines, ouvrir le corps et opérer … , devint une des branches du savoir des medici, des médecins physiciens, qui étudiaient dans les facultés de médecine la nature de l’homme, ses complexions, ses maladies. Certes, l’étude du corps ne date pas de 1500, elle s’était faite progressivement dès la fin du XIII e siècle, de façon extrêmement variable selon les facultés ; Bologne et Montpellier par exemple, furent parmi les premières écoles à mettre à l’étude le traité galénique de locis affectis (« Les lieux affectés »), parce qu’elles considéraient que le savoir anatomique pouvait aider le médecin à localiser l’organe malade, à identifier la maladie et donc à proposer un traitement plus adapté et plus efficace[1]. Mais qu’il s’agisse des prestigieuses universités italiennes (Bologne, Padoue), françaises (Montpellier, Paris), ou d’écoles moins connues sur le plan européen, il ne faut pas se faire d’illusions sur l’importance quantitative de l’enseignement de l’anatomie dans les études médicales pendant les deux siècles suivants. Anatomie et physiologie y occupaient une place restreinte et subordonnée à la philosophie de la nature, en particulier aux théories aristotéliciennes. Le plus grand anatomiste du XVI e siècle,  André Vésale, prit connaissance des ventricules du cerveau pendant ses études au Collegium du Château de Louvain en 1532, au cours de la lecture de Commentaires sur le de anima d’Aristote[2] faite par un de ses professeurs, maître en théologie.

Au début du XVIe siècle, l’enseignement universitaire médical consistait essentiellement en lectures (lectiones), récitations (recitationes ) et discussions (disputationes) d’opinions philosophiques et anatomico-physiologiques empruntées à Aristote et à Galien, les deux autorités antiques les mieux connues par la tradition arabe et par d’anciennes traductions latines [3]. Le frontispice de l’ouvrage Symphonia Platonis cum Aristotele et Galeni cum Hippocrate écrit par le médecin lyonnais Symphorien Champier et publié en 1516 à Paris, montre bien cette recherche de l’harmonie entre philosophie et médecine, en mettant à égalité les quatre "princes" de la science, auteurs de théories sur la nature de l'homme et sur la vie, et en prônant le retour aux textes grecs authentiques. En effet, dans la plupart des universités, les sources livresques savantes de l’anatomie étaient encore en grande partie celles du moyen-âge. Parmi elles, figuraient en bonne place le Canon d’Avicenne, de petits traités abrégés de Galien (Articella, Ars parua), les Aphorismes d’Hippocrate ou plus souvent les Commentaires de Galien aux Aphorismes, quelques traités de thérapeutique et de pharmacopée galénique…[4].

Mais la découverte et la traduction de manuscrits médicaux grecs authentiques (qui avaient été apportés en Italie dans la seconde moitié du XV e siècle) permirent d’améliorer et de renouveler considérablement le savoir anatomique enseigné. Savants, philologues et médecins corrigèrent ces textes et les diffusèrent grâce à l’imprimerie, dans le but de restituer fidèlement la pensée médicale antique et de contribuer à la formation des étudiants. Un exemple célèbre se situe à la frontière entre tradition et innovation : en 1543, François Rabelais édita dans un petit format, facile à manier et à un prix accessible aux étudiants, quatre traités majeurs d’Hippocrate, Aphorismi, Præsagia, De natura hominis, De ratione uictus in morbis acutis (suivis de Parua Ars medicinalis de Galien et d’une copie en grec des  Hippocratis aphorismi) qu’il avait commentés lors de ses études à Montpellier et corrigés grâce à un manuscrit grec très ancien en sa possession [5].

Il reste que ce travail sur les textes entraîna peu de modifications dans la manière de les enseigner ; selon le rituel en usage, le professeur (lector) présidait le cours du haut de sa chaire et lisait un texte de référence, l’assistant (demonstrator) montrait avec une baguette l'endroit où l'opérateur (sector) devait inciser le cadavre [pratiquer une section, du latin sectari : couper] pour montrer ce qui était décrit dans le livre lu. La dissection n’était donc qu’une simple illustration de la lectio, et n’avait de valeur ni heuristique ni même démonstrative sur le plan scientifique. Le frontispice ornant le Fasciculus Medicinæ de Jean de Ketham, publié à Venise en 1495, illustre parfaitement cette situation d’enseignement.

La pratique de dissections humaines publiques à des fins d’illustrations de cours théoriques, dans le cadre de l’enseignement universitaire, était donc bien attestée depuis le XIV e siècle, même si elle était soumise à une réglementation religieuse et civile variable selon les universités. On sait que Mondino dei Luzzi écrivit son Anothomia en guise de lecture d’accompagnement de séances de dissection et que lui-même avait disséqué des cadavres humains devant ses étudiants [6]. Dès 1340, les statuts de l’Université de Montpellier prévoyaient une dissection tous les deux ans [7]. En 1442, les nouveaux statuts de la faculté de médecine et des arts de Bologne stipulaient que les autorités judiciaires devaient fournir un cadavre masculin et un cadavre féminin par an à des fins d’enseignement sur la requête du Rector ou du Consiliarius, et que les dissections seraient publiques ; les statuts précisaient que les corps devaient être ceux de criminels condamnés à mort, de basse extraction, et si possible étrangers à la ville [8]. En outre, la conservation des corps dépendait beaucoup des conditions climatiques, et la plupart des dissections avaient lieu en hiver. Ces règlements, parfois très stricts, n’étaient pas pour autant des freins ; les autorités civiles et juridiques devaient autoriser les dissections publiques pour attirer ou maintenir dans la ville une population étudiante cosmopolite, source d’enrichissement pour les commerçants [9], et il ne semble pas qu’il y ait eu une opposition théologique de la part des autorités religieuses. Les travaux des historiens et des mises au point récentes [10] expliquent avec précision et netteté l’attitude de l’Eglise depuis les bulles papales de Boniface VIII (datant du XIII e siècle [11]) et son évolution jusqu’au XVI e siècle par rapport à l’ensemble des examens post-mortem : autorisation des autopsies légales pour connaître les causes de la mort, demandées par la famille [12], par les autorités civiles ou religieuses [13], condamnation des dissections organisées à titre privé (Platter) ou exécutées par des non-médecins (Vinci), mais acceptation des démonstrations anatomiques dans le cadre de l’enseignement universitaire.

On observe toutefois que le développement de la pratique de la dissection était inégal selon les universités et dépendait  à la fois de la volonté des autorités de créer des chaires de chirurgie et d’anatomie et du talent des enseignants qui y étaient nommés. L’université de Bologne joua à cet égard un rôle majeur ; dès 1502, la chaire de chirurgie fut occupée par  le médecin Berengario de Carpi, anatomiste de renom, jusqu’en 1527. En janvier 1540, les étudiants de Bologne invitèrent André Vésale, un jeune anatomiste qui avait été nommé à la chaire de chirurgie de Padoue, pour venir illustrer, « démontrer »  par des dissections publiques le cours d’anatomie assuré par Matthaeus Curtius (Matteo Corte), un des professeurs de médecine les plus réputés de l’Italie du Nord. Les séances durèrent quinze jours et furent consacrées à la dissection de trois hommes et de six chiens ; nous en avons gardé un témoignage précieux grâce au cahier d’un étudiant allemand Baldasar Heseler qui assista aux cours et aux dissections [14] . Ses notes nous renseignent sur le contenu des cours théoriques de Curtius consistant en lectures (lectiones) d’extraits de Mondino auxquels le professeur Curtius se contentait d’opposer des opinions de Galien ; elles signalent avec minutie l’état physique des cadavres et informent sur leur statut social ante mortem ; elles témoignent des usages liés à la dissection (cortège accompagnant le transport du corps du gibet à l’hôpital) et à la vie universitaire (rapport hiérarchique traditionnel entre professeur et démonstrateur, entre Curtius et Vésale), et laissent apparaître les premiers affrontements entre la connaissance livresque et le savoir dû à l’observation du corps.

Ces notes résument bien la situation de l’enseignement de l’anatomie tout au long du XVIe siècle : les innovations, qui nous paraissent aujourd’hui fondamentales, ne furent pas nécessairement convaincantes immédiatement. La force des préjugés, la présence de grilles d’interprétation préexistantes ont pu s’opposer à une lecture neuve du corps. On doit cependant admirer l’enthousiasme de ceux qui oeuvrèrent pour faire accéder la pratique de la dissection au statut de discipline scientifique. André Vésale dénonça avec véhémence dans la préface de la Fabrica, adressée à Charles Quint, l’enseignement traditionnel de la médecine, où l’exercice de la dissection, pourtant primordial, était confié à des gens non-instruits :

« Et à partir du moment où les médecins laissèrent aux barbiers toute la pratique du scalpel, ils perdirent non seulement la vraie connaissance des viscères, mais l’art de la dissection disparut complètement, sans doute parce que les médecins cessèrent de pratiquer les dissections, mais surtout parce que ceux aux mains desquels elles étaient laissées étaient trop ignorants pour comprendre les livres des professeurs d’anatomie. Il s’en faut de beaucoup que des gens de cette espèce aient conservé pour nous cet art très difficile et très abstrus qu’ils n’avaient appris que par la pratique ; en outre, cette séparation désastreuse d’une des branches de l’art de guérir a introduit dans les facultés la détestable habitude de confier aux uns la dissection du corps humain, aux autres la description des parties du corps. Ces derniers, du haut de leur chaire, avec une rare arrogance, croassent comme des corneilles et parlent de choses qu’ils n’ont jamais expérimentées, mais qu’ils se contentent de réciter par cœur d’après les livres écrits par d’autres ou de lire sur les descriptions qu’ils ont sous les yeux. Les autres sont si ignorants des langues qu’ils ne peuvent ni expliquer aux spectateurs les parties qu’ils ont disséquées, ni couper proprement ce qui doit être montré selon les indications du médecin physicien, qui (puisqu’il n’a jamais mis la main à une dissection) continue à diriger son équipage de haut, un livre à la main. Et c’est ainsi que tout est enseigné de travers dans les facultés et que des jours entiers passent en discussions ridicules ; dans une telle confusion, les spectateurs voient moins de choses que ce qu’un boucher pourrait montrer à un médecin sur un marché. Sans parler de certaines facultés où la dissection de l’organisme humain a à peine été envisagée ! Voilà où en était arrivé, après des siècles, le déclin de l‘ancienne médecine, autrefois glorieuse. » [15].

Arrogance, diront certains… peut-être, mais il s’agit de l’arrogance de quelqu'un persuadé que le premier outil de la connaissance est le scalpel, qui permet de voir. Le deuxième outil sera le livre, qui assure la diffusion des observations faites sur la table de dissection. Le célèbre Frontispice de la Fabrica  illustre parfaitement l’antériorité et la primauté du geste anatomique sur le texte écrit, tous deux menés par André Vésale, demonstrator, sector et autor : sur la table, à côté des instruments nécessaires à la dissection (un scalpel, un rasoir, une éponge, une chandelle allumée pour brûler la peau et détacher les chairs) figurent un encrier et une feuille de papier sur laquelle seront consignées les observations [16].

2. Le livre d’anatomie

La deuxième nouveauté du XVI e siècle est donc le livre d’anatomie. Certes, des observations anatomiques existaient dans les textes manuscrits et imprimés destinés aux chirurgiens et aux médecins praticiens, qui devaient avoir une connaissance suffisante du corps humain pour saigner les veines, réduire les fractures, détendre les articulations, trépaner.  … On connaît le succès de la Cirurgia Magna de Guy de Chauliac,  plusieurs fois rééditée, traduite en vernaculaire sous le titre de Grande Chirurgie, condensée sous le titre de « Petit Guidon » à l’usage des barbiers ignorants du latin [17]. Cet usage resta en vigueur dans les siècles suivants et tout traité chirurgical s’ouvrait par une introduction à l’anatomie : Ambroise Paré comme Pierre Dionis, tous deux chirurgiens des rois de France à un siècle d’intervalle, continuèrent la tradition du livre d’anatomie écrit en vernaculaire [18]. Mais à partir du XVI e siècle, le traité anatomique se présenta également en latin, langue réservée à l’enseignement des medici. On peut estimer que les observations faites sur le corps mort vont de pair avec les tentatives menées par certaines universités pour rendre plus concrète et plus efficace la formation des étudiants ; il n’est sans doute pas anodin de noter que Bologne et Padoue, villes d’où étaient originaires plusieurs médecins auteurs de traités anatomiques, étaient aussi parmi les premières villes à avoir associé enseignement théorique, pratique médicale et savoir anatomique. Berengario da Carpi et Zerbi furent des médecins praticiens renommés, Benedetti fut médecin et chirurgien des armées, Massa responsable de la santé publique à Venise en temps de peste ; tous ont affirmé leur respect envers les autorités livresques, mais n’ont pas nié leur expérience personnelle, qu’ils ont opposée quelquefois, avec prudence et mesure, aux dogmes galéniques. Niccolò Massa par exemple prit soin d’écrire que ses observations résultent en grande partie des notes prises pendant son séjour à Venise, auprès de médecins et d’artistes [19]. Giovanni Battista da Monte (1488-1551), dit Montanus, qui avait probablement suivi l’enseignement de Pietro Pomponazzi, qui avait été professeur de latin et de grec, puis de médecine pratique et théorique à Padoue, créa en 1540 la première école clinique à l’hôpital San Francesco Grande, avec examens au lit des malades et rédaction par les étudiants de fiches cliniques [20]. C’est en 1540 également qu’André Vésale fut invité à l’université de Bologne, précédé de la réputation que lui avait value la publication en 1538 d’un atlas anatomique à l’usage des étudiants, les Tabulæ anatomicae sex [21].

A la lecture des préfaces et lettres dédicatoires de ces livres, il ressort de façon évidente que les auteurs étaient conscients de la nouveauté et surtout de l’utilité de leur entreprise. Certes, leur contribution à l’histoire de la philosophie naturelle n’était pas peu négligeable à leurs yeux, puisque le traité d’anatomie permettait à l’homme de mieux connaître son corps, autrement dit de mieux connaître le reflet microcosmique de l’univers créé par Dieu, ou encore le domicile éphémère de l’âme immortelle [22], dans une interprétation médico-religieuse de la célèbre formule antique : nosce teipsum [connais-toi toi-même »]. Mais le motif principal de fierté des auteurs est leur contribution à la renaissance d’une discipline oubliée : le savoir anatomique fondé sur la pratique de la dissection, qui, jadis en honneur chez les anciens Grecs, avait été négligé au fil du temps par des médecins devenus ignorants, âpres au gain et avides de gloire, au détriment de la connaissance scientifique et de l’intérêt des malades [23]. Ainsi conçu, le livre d’anatomie devenait un outil précieux dans la transmission du savoir ; pour ceux qui n’avaient pu assister aux cours, le livre était, selon Vésale, l’équivalent de la leçon d’anatomie, son substitut  :

 « Mais ces livres seront surtout utiles à ceux qui n’ont pas l’occasion d’examiner un corps réel, car ils fournissent suffisamment de précisions sur le nombre, la place, la forme, la grandeur, la matière de chaque élément du corps humain, sa connexion avec d’autres parties, son utilité, sa fonction et beaucoup d’autres caractéristiques de ce genre, que j’ai l’habitude de scruter dans la nature des parties pendant que je dissèque ; ils donnent également des informations sur la technique de dissection des corps morts et vivants, et contiennent enfin des images de toutes les parties du corps insérées dans la trame du discours de telle façon qu’elles mettent l’équivalent d’un corps disséqué sous les yeux de ceux qui étudient les œuvres de la Nature. » [24].

Qu’en était-il réellement et comment une telle affirmation se traduisait-elle dans la pratique, c’est à dire dans la présentation de la matière anatomique ? La première conséquence, et non des moindres, fut la mise en place (ou tout au moins une tentative de mise en place) d’une nomenclature anatomique commune aux savants de l’Europe tout entière, qui tentait de se libérer du latin « barbare » médiéval et des termes arabes. Certes, si nous constatons malgré tout de grandes divergences de terminologie entre les auteurs, cela tient essentiellement aux hésitations entre l’usage du grec et celui du latin : les uns, tel Benedetti ou Massa recourent essentiellement aux dénominations grecques et donnent la primauté à la langue et au lexique utilisés par Galien, d’autres, tel Vésale, défendent la notion de latinité, en retournant à la langue classique, celle de Cicéron, de Celse, sans pour autant se couper de la terminologie savante grecque. Ainsi dans l’Epitome et dans la Fabrica, les noms latins sont traduits en marge par leurs homologues grecs, mais aussi occasionnellement par leurs synonymes en latin populaire, en arabe, en hébreu. Si l’unanimité ne put se faire sur le plan linguistique, la réflexion des anatomistes sur la langue en tant qu’outil de diffusion des connaissances contribua grandement à donner ses assises à la science nouvelle.

Car si le livre veut réellement être l’équivalent de la leçon d’anatomie, s’il prétend mettre la découverte progressive d’un corps sous les yeux de l’étudiant comme si ce dernier assistait à une dissection, le lecteur s’attend aussi à voir restitué ce que l’œil de l’anatomiste a vu, dans le sens de la dissection, dans « l’ordre de la dissection ». Une telle attente est évidemment utopique, car elle ne tient pas compte des préparations nécessaires avant toute dissection ; tout au plus le lecteur peut-il espérer retrouver dans le livre une présentation « scientifique » du corps correspondant à une ou à plusieurs procédures recommandées pour la dissection.

Un des premiers traités anatomiques, les Annotationes anatomiæ, écrit par Alessandro Achillini et publié à Bologne en 1520, décrit le cadavre en organisant la matière anatomique par cavités explorées les unes après les autres, selon un protocole réglé par la vitesse de décomposition des organes : le ventre inférieur [ou cavité abdominale], le ventre moyen [cavité contenant le cœur et les poumons], le ventre supérieur [cavité crânienne et cerveau], et  les extrémités [membre supérieur et membre inférieur]. Cette procédure était celle qui avait été mise en pratique par Mondino dei  Luzzi, dont le traité Anothomia avait été imprimé à Padoue dès 1474, et était devenu un classique dans l’enseignement universitaire [25] ; pour chacune des parties, Mondino partait de la surface du corps en examinant, par strates successives, les veines, les muscles et en dernier lieu les os. Cette division était justifiée non seulement par la réalité matérielle de la décomposition du cadavre mais aussi par les théories philosophiques antiques (Platon, Aristote) que Galien avait déjà transposées sur le plan anatomo-physiologique en établissant une hiérarchisation qualitative entre les cavités et en privilégiant la boîte crânienne supposée être le lieu où s’élaborait le pneuma, ou « esprit animal » [de anima : l’âme] et le siège de la pensée et du mouvement volontaire.

Les livres d’anatomie prenaient également en compte d’autres critères de dissection, connus et enseignés en Occident grâce à la tradition des commentateurs alexandrins de Galien, répertoriés dans l’Anothomia de Mondino, et revivifiés par les récentes découvertes et traductions des manuscrits grecs, dont le traité de Galien, de anatomicis administrationibus (« Des Procédures anatomiques ») . Ces normes de dissection enjoignaient à l’anatomiste de procéder de la peau vers l’intérieur du corps et de relever un certain nombre de caractéristiques de chacune des parties observées : leur localisation, leur nombre, la nature de leur substance, leurs dimensions, leur forme et leurs connexions [26]. Mondino avait introduit trois nouvelles catégories : l’utilité des parties, les maladies affectant chacune d’elles ainsi que leur cure (si elle existait), et la notion de tempérament. La présentation du corps dans la plupart des traités anatomiques du XVI e siècle obéissait à l’ensemble de ces règles : description du corps à partir de la surface et caractéristiques de chacune des parties observées. C’est le cas par exemple du traité d’Alessandro Benedetti, Anatomia siue historia corporis humani, publié à Bologne en 1520 ; c’est l’ordre adopté par Niccolò Massa, dans le Liber Introductorius anatomiæ  (« Introduction à l’anatomie ») publié à Venise en 1536, par le médecin français André Du Laurens dans le De dissectione publié en 1600 [27], ou encore par le grand anatomiste danois Kaspar Bartholin en 1611 [28].

Les variantes à cet ordre sont peu nombreuses, peu justifiées sur le plan de la méthode, et correspondent davantage à des motivations philosophiques qu’à des nécessités anatomiques. Par exemple, le médecin italien Gabriele Zerbi publia en 1502 un Anatomiæ corporis humani… liber dans lequel on retrouve la liste habituelle des caractéristiques des parties, mais avec une innovation dans la distinction des parties du corps en parties antérieures, postérieures et latérales, distinctions pratiques sur le plan topographique, mais sans justification évidente sur le plan épistémologique [29]. Niccolò Massa consacra les trente-quatre premiers chapitres de son traité à la description de la cavité moyenne [thoracique] en mélangeant os, muscles, tissus, vaisseaux…. En 1535, l’anatomiste espagnol Andrés de Laguna publia un traité intitulé Anatomica methodus, dont le titre est intéressant puisqu’il met l’accent sur la méthodologie, sur la « procédure ». Il s’agit pour l’auteur de choisir entre un ordre anatomique et un ordre naturel, ou « ordre des dialecticiens » ; c’est ce dernier qu’il privilégie dans sa description des parties du corps en suivant les différentes étapes de la transformation des aliments solides et liquides depuis la bouche jusqu’au cerveau où se fabrique l’esprit « animal » [30].  Les Anatomicarum Institutiones ex Galeni sententia libri IIII (« Les Institutions anatomiques) que Gonthier d’Andernach fit paraître à paris en 1536, plusieurs fois rééditées, présentent plus d’originalité, en dépit de la revendication d’allégeance à Galien ; en effet, si les caractéristiques des parties sont bien mentionnées, la division en quatre livres correspond à un choix volontaire et réfléchi : exposition de la méthode (livre I), examen du thorax (livre II), examen du cerveau (livre III), examen des os, des tissus et des vaisseaux (livre IV).

 Mais quelles qu’elles fussent, de telles normes n’étaient cependant opérationnelles que lorsque le corps avait déjà été incisé, de même que la distinction entre  membres [=parties] semblables et membres instrumentaux, distinction héritée du Canon d’Avicenne, ne pouvait se justifier au cours de la dissection, mais après son achèvement. Pourtant, ces règles ne furent pas remises en cause par les anatomistes de la première moitié du XVI e siècle, qui étaient aussi des praticiens (généralement regroupés aujourd’hui sous l’épithète commune de « pré-vésaliens ») et qui ont inséré leurs observations faites de uisu sur des corps morbides ou morts dans ce cadre formel. Cet équilibre entre savoir livresque transmis et expérience personnelle vécue était fragile et précaire, mais son apport sur le plan des connaissances anatomiques est cependant loin d’être négligeable ; il faudrait traduire et étudier l’ensemble de ces textes, encore peu connus aujourd’hui en France [31].

Il reste que l’essentiel de ce qu’on a appelé la « révolution vésalienne » relève moins de l’observation topographique du corps que de la volonté de faire de l’observation un principe de composition et de recherche sur le plan épistémologique. Il n’est sans doute pas anodin que deux des plus grands anatomistes du XVI e siècle, André Vésale et Charles Estienne, aient conduit presque simultanément une réflexion sur la manière de présenter leurs observations dans une composition distincte de l’ordre de la dissection, en se référant toujours, au moins dans la forme, à la méthode préconisée par le Prince de l’anatomie. C’est avec la double autorité de Galien et de sa propre pratique de chirurgien que Charles Estienne justifie l’importance accordée aux os comme étant le fondement du corps dans son traité De dissectione partium corporis humani libri tres [32], inversant ainsi l’ordre de la dissection où les os n’apparaissent qu’en dernier lieu. André Vésale dit également suivre les préceptes du livre I du traité de anatomicis administrationibus,  pour justifier l’ordre des sept livres de la Fabrica, dont le premier est consacré à la description des os dans le corps humain [33]. Ce faisant, il définit également une méthode de travail et annonce une conception nouvelle du corps, conception architecturale qui correspond à une reconstruction du corps, à une création. Au même titre que l’artiste qui crée un corps sur la toile ou dans le marbre, l’anatomiste compose un corps par les mots et par les images…

Le XVI e siècle marque donc bien le début d’une méthode scientifique en anatomie, qui commence réellement avec Vésale. Dans la Fabrica comme dans l’Epitome, Vésale dénonce moins les erreurs d’observation de ses prédécesseurs que leurs insuffisances méthodologiques ; son originalité est de se placer sur un plan strictement anatomique, sans vouloir débattre de questions touchant la foi et la religion, refusant d’entrer dans le jeu des interprétations philosophiques, affirmant ne décrire que la « fabrique », toute la fabrique, ou l’agencement des parties du corps. C’est ce qui étonne encore les anatomistes contemporains : la finesse du regard d’André Vésale, l’habileté de sa main, et sa capacité à comprendre et à reconstruire le tout à partir du détail observé. A la question « Pourquoi cela est-il fait ? », question présente chez Aristote et chez Galien, qui présupposait une conception finaliste du corps, Vésale substitue une question scientifique « Comment est-ce fait ? », ouvrant la voie aux découvertes postérieures. On peut affirmer qu’avec Vésale, la notion de l’utilité que Galien avait attribuée aux parties du corps est remplacée par celle de la « fonction » sur le plan strictement anatomique.

Certes, Vésale n’a pas tout inventé et l’histoire de l’anatomie ne fait que commencer  au XVI e siècle ; si les résultats de ses recherches et de sa méthode furent quelquefois remis en cause par ses successeurs (Riolan, Sylvius), s’ils furent corrigés, complétés et amendés (Fallope, Eustache Bartholomée), il reste que tous les grands anatomistes ultérieurs lui ont rendu un hommage mérité (Vieussens, Boerhaave, Winslow), et que les illustrations de ses ouvrages ont servi de modèles à l’iconographie médicale pendant deux siècles au moins.


On trouvera ci-dessous une liste des principaux anatomistes du XVIe siècle et de leurs œuvres. L’astérisque indique les traités d’anatomie référencés à la BIU Santé.

Anatomistes pré-vésaliens

Mondino dei Luzzi, Mundinus (1275-1326 ?)

auteur du traité Anothomia imprimé dès 1474 et devenu un classique de l’enseignement universitaire, joint en 1495 au Fasciculus Medicinæ attribué à Johannes de Ketham, et plusieurs fois réédité.

Exemplaire numérisé BNF : édition de Bologne par Henrique de Harlem et Johannes Walbeck, 1482.
* Exemplaire numérisé BIU Santé : édition de Johannes Dryander (1500-1560), Anatomia Mundini, ad vetustissimorum eorumdemque aliquot manu scriptorum codicum fidem collata, iustoque suo ordine restituta, per Ioannem Dryandrum, Marpurgi, 1541.
* Fac-similé, Anatomies de Mondino dei Luzzi et de Guido de Vigevano, annoté par E. Wickersheimer, Paris, E. Droz, 1926 (BIU Santé).

Hieronymo Manfredi (1430-1493)

auteur d’une Anothomia publiée en 1490, recueil composé d’abrégés de divers auteurs anciens et modernes (Aristote, Avicenne, Mondino) écrit en italien.

Alessandro Achillini de Bologne (1463-1512)

professeur de philosophie à Bologne puis à Padoue ; il s’intéressa à l’anatomie, fut le premier à décrire le fornix et l’infundabulum dans les Annotationes anatomicæ [« Notes d’anatomie »] (Bologne, 1520). Bartolomeo Eustachi lui attribua la découverte du marteau et de l’enclume décrits par Vésale (L.R. Lind, o. c.  p. 40)

* Opera omnia in unum collecta…, Venise, 1545 (BIU Santé)
Exemplaire numérisé des Annotationes anatomicae (BnF). 

Alessandro Benedetti de Vérone (1450 ?-1512 ?)

professeur d’anatomie à Padoue, auteur de l’Anatomia siue Historia corporis humani, publiée à Venise en 1502, contenant des observations personnelles faites sur des cadavres. C’est le premier auteur qui tente de revenir à une nomenclature grecque unifiée.

*Alexandri Benedetti Veronensis Historia corporis humani sive Anatomia, Venetiis, 1502 (BIU Santé) 
Exemplaire numérisé de l’Anatomia (BnF)

Iacopo Berengario da Carpi (1460-1530)

professeur d’anatomie à Pavie, auteur de Commentaria cum amplissimis additionibus super Anatomia Mundini (Bologne, 1521), d’Isagogae breues (Bologne, 1523) plusieurs fois réédités, et d’un traité de chirurgie portant sur les fractures du crâne, De fracturis cranei liber (Venise, 1518). Il fut un des premiers auteurs à comprendre l’intérêt de l’iconographie dans le livre médical et à illustrer ses ouvrages de planches gravées sur bois. Il fut aussi un des premiers anatomistes à défendre la connaissance par la vue et à s’opposer aux autorités livresques.

* Commentaria cum amplissimis additionibus super Anatomia Mundini, Bologne, 1521 (BIU Santé)
* Exemplaire numérisé des Isagogae breues, Bologne, 1523 (BIU Santé, Bnf)
Exemplaire numérisé sous le titre Libellum de calvaria  (BN)

Gabriele Zerbi (1445-1505)

auteur d’un traité Anatomie corporis humani et singulorum illius membrorum Liber, Venise, 1502.

*Anatomie, Venetiis, 1502 (BIU Santé)

Niccolò Massa (1499-1569)

auteur du traité Liber Introductorius Anatomiæ siue Dissectionis Corporis humani…,  dédié au pape Paul III, Venise, 1536. 

Andrés Fernández de Laguna de Ségovie (1499-1560)

vint faire ses études à Paris où il suivit les cours de Jacques Dubois, et rencontra Erasme, Ignatius Loyola, André Vésale, Louis Vives ; il publia en 1535 à Paris l’Anatomica methodus seu de sectione humani corporis contemplatio  dédiée  à Don Diego de Rivera,  évêque de Ségovie. Il devint un des médecins de Charles Quint et publia plusieurs traductions et abrégés des Commentaires de Galien sur les œuvres d’Hippocrate.

* Epitome omnium rerum et sententiarum quæ annotatu in Commentariis Galeni in Hippocratum extant, Lyon, 1554 (BIU Santé).
Exemplaire numérisé de l’ Epitome (BnF).

Vésale et quelques contemporains

André Vésale, Andreas Vesalius, de Bruxelles, (1514-1564)

explicator chirurgiæ, chargé de la chaire d’anatomie et de chirurgie à la Faculté de Médecine de Padoue, publia les Tabulæ anatomicæ sex à Venise, en 1538 ; en 1543 à Bâle, chez Johan Herbst dit Oporinus, il fit paraître un traité d’anatomie en sept livres, de Humani corporis fabrica libri septem, dédié à l’empereur Charles Quint, et l’Epitome de la Fabrica dédié au fils de l’empereur, le prince Philippe, alors âgé de  quinze ans. Il devint  médecin de Charles Quint.

[La bibliographie de Vésale et de ses imitateurs est si abondante qu’elle fera l’objet d’un article ultérieur].

* Exemplaires numérisés de la Fabrica (1543) : BIU Santé, CESR
* Exemplaire numérisé de l’Epistola… rationem modumque propinandi radicis Chynæ decocti … , Bâle, Oporinus, 1546 (BIU Santé)

Guinter d’Andernach, Johannes Guinterius Andernacus (1487-1574)

professeur à la Faculté de Médecine de Paris, auteur de plusieurs traités médicaux et d’un abrégé des textes de Galien sous le titre Institutionum Anatomicarum secundum Galeni sententiam libri quatuor (« Procédures anatomiques »), Paris, 1536, plusieurs fois réédité, avec des innovations intéressantes en typographie (notes marginales comprenant les synonymes grecs et arabes de la terminologie latine). Il eut André Vésale comme assistant.

* Institutionum Anatomicarum secundum Galeni sententiam libri quatuor, Bâle, 1536 (BIU Santé)

Jean Tagault (? –1546)

enseigna la chirurgie à la Faculté de Médecine de Paris ; il publia en 1543 un traité illustré de gravures sur bois, De chirugica institutione libri quinque (« Les cinq livres de procédures chirurgicales »), plusieurs fois réédité et traduit en français en 1629, ainsi que plusieurs livres de commentaires sur les traités galéniques de pharmacopée.

* De chirugica institutione libri quinque, Paris, Wechel, 1543 (BIU Santé)
* Les institutions chirurgicales, Paris, 1629 (BIU Santé).

Jacques Dubois, Iacobus Sylvius, d’Amiens (1478-1555)

avait enseigné le latin et le grec avant d’entreprendre des études de médecine. Nommé lecteur en médecine au Collège de France par Henri II puis professeur d’anatomie à la Faculté de Médecine de Paris, il publia plusieurs livres de commentaires sur la médecine de Galien et d’Hippocrate et édita entre autres un traité inédit de Galien sur les os.

* In Hippocratis elementa… commentarius, Paris, 1542 (BIU Santé).
* De medicamentorum simplicium delectu… libri tres, Paris, 1542 (BIU Santé).
* Exemplaire numérisé du Commentarius in Claudii Galeni de ossibus ad tyrones libellum, Paris, 1556  (BIU Santé)

Charles Estienne (1504-1564)

écrivit à la demande de ses étudiants parisiens un traité d’anatomie richement illustré et contenant un index alphabétique des parties du corps, De dissectione partium humani libri tres… Paris, 1545.

* Exemplaire numérisé De dissectione partium humani libri tres… Paris, 1545 (BIU Santé).
* La dissection des parties du corps humain, Paris, Simon de Colines, 1546 (BIU Santé).

Guido Guidi, Vidius (1500-1565)

célèbre chirurgien florentin, vint en France à la demande de François Ier, et enseigna au Collège de France  Il publia à Paris en 1544 une traduction latine d’un manuscrit grec de Galien commentant les livres de chirurgie d’Hippocrate sous le titre Chirurgia e Græco in latinum conuersa, texte illustré de gravures sur bois (dont certaines sont attribuées au Primatice). Ce traité fut traduit en français en 1555 par François Lefèvre. En 1611, le neveu de Guidi publia à Venise à titre posthume le traité d’anatomie De anatomia corporis humani libri VII, avec de superbes planches gravées sur cuivre. Guidi a laissé une excellente description de l’os palatin, du sphénoïde et du cerveau et a donné son nom à plusieurs découvertes anatomiques [nerf, artère et canal vidiens].

* Exemplaire numérisé de anatomia corporis humani libri, Venise, 1611 (BIU Santé)
* Chirurgia e Græco in latinum conuersa, Paris, 1544 (BIU Santé).
* Fac-simile de l’édition de la Chirurgia (1544), Bruxelles, 1970 (BIU Santé).

Giovani Battista Cannano de Ferrare (1515-1579)

professeur d’anatomie et médecin du pape Jules II, auteur d’un traité de myologie, Musculorum humani corporis picturata dissectio, Ferrare, 1541, richement illustré de vingt-sept gravures effectuées par Girolamo da Carpi.

Pedro Jiméno

né à Valence, fit ses études à Padoue, où il fut l’assistant de Vésale pour les dissections. Il fut le premier professeur d’anatomie à Valence, puis à Alcalà (anatomo-pathologie). Vésalien enthousiaste, il publia à Valence en 1549 un Dialogus de re medica, ouvrage d’anatomie topographique en forme de dialogue [ première description de l’étrier]. 

Quelques anatomistes post-vésaliens

Mateo Realdo Colombo (1516-1559)

succéda à André Vésale à l’Université de Padoue, puis enseigna l’anatomie à l’université de Rome. Il décrivit la circulation pulmonaire.dans le traité de re anatomica libri XV, publié à Venise en 1559 et dédié au pape Pie IV.

* De re anatomica libri XV, Venise 1559 (BIU Santé)
Exemplaire numérisé du De re anatomica libri XV, Venise 1559 (BnF)

Gabriele Fallopio de Modène (1523-1562)

fit plusieurs découvertes anatomiques qu’il consigna dans un traité publié peu avant sa mort, en 1561 à Venise, Observationes anatomicæ (organes de l’ouie, organes pelviens féminins, voies biliaires…). Il mourut avant d’avoir reçu la lettre de Vésale qui examinait et discutait ses découvertes anatomiques. 
Exemplaire numérisé d’Opuscula , Padoue, 1566 (BnF)

Girolamo Fabrizio d’Acquapendente (1533-1619)

anatomiste, physiologiste, embryologiste, chirurgien…. Elève de Gabrielle Fallopio, il occupa la chaire d’anatomie de l’Université de Padoue pendant plus de trente ans et se distingua par ses études d’anatomie comparée. Il se montra partisan de la thèse oviste et décrivit les valvules veineuses dans son traité De venarum ostiolis, publié à Padoue en 1603.

* Exemplaire numérisé Opera anatomica, éd. Padoue, 1625 (BIU Santé).

Bartolomeo Eustachio (1503 ? 1574)

professeur d’anatomie à Rome, écrivit un traité d’anatomie illustré de superbes planches sur cuivre, avec marges graduées, qui ne fut découvert qu’en 1714 à Urbino par Giovanni Maria Lancisi.

Theatricum anatomicum [Tabulæ anatomicæ], Genève, 1716 (Base Dionis CESR).

Juan Valverde de Amusco  (1501-1583)

élève de Realdo Colombo à Padoue, publia un traité d’anatomie compilant la Fabrica et l’Epitome, écrit en espagnol, Historia de la composition del cuerpo humano, traduit en latin sous le titre Vivæ imagines partium corporis humani aerisformis expressæ, publié à Anvers en 1572 . Les gravures sur cuivre, dessinées par un grand artiste, Gaspar Becerra, sont célèbres (en particulier « l’écorché de Becerra »).

* Anatomia del corpo humano, Rome, 1560 (BIU Santé) [plusieurs éditions et traductions ].
Exemplaire numérisé Vivæ imagines partium corporis humani aerisformis expressæ, Anvers, 1572 (BnF)
Fac simile de l’édition de Plantin, Paris, Louis Pariente, 2001 (BnF).
Exposition virtuelle sur Juan Valverde : «Anatome corporis humani, Universidad de Navarra (www.unav.es/biblioteca/hufaexpo.html.)

André du Laurens (1558-1609)

fit ses études de médecine à Avignon, et enseigna à Montpellier où il brigua le titre de Régent Royal. Après un procès qu’il gagna, il devint médecin ordinaire, puis premier médecin d’Henri IV. Il écrivit entre autres un traité d’anatomie, Historia anatomica humani corporis et singularum eius partium, multis controuersis et obseruationibus nouis illustrata, publié à Paris en 1598, compilation (texte  et images) des ouvrages d’anatomie de Vésale et de Valverde, qui fut traduit en 1621 sous le titre L’histoire anatomique en laquelle toutes les parties du corps humain sont amplement déclarées, enrichie de controverses et observations nouvelles. On lui doit aussi un traité sur la vue, Discours de la conservation de la vue…., imprimé à Paris en 1597, qui connut plusieurs traductions (en latin, italien, anglais).

Exemplaire numérisé Opera anatomica, Lyon, 1593 (BnF).
* Exemplaire numérisé Historia anatomica, Paris, 1600 (BIU Santé, BnF et Bibl. virtuelles CESR-BVH)
Exemplaire numérisé Toutes les œuvres, Rouen, 1621 (CESR-BVH)

Jacques Guillemeau (1550-1613)

chirurgien et obstétricien, publia en 1594 un traité intitulé Chirurgie française et en 1609 un traité d’obstétrique, L’heureux accouchement des femmes. En 1586, il avait édité un traité d’anatomie, compilation de Vésale et de Valverde, sous le titre Tables anatomiques avec les pourtraicts  et déclaration d’iceux ensemble un dénombrement de cinq cents maladies diverses, illustré de dix-neuf planches gravées sur cuivre. Il traduisit en latin les œuvres d’Ambroise Paré.

Exemplaire numérisé Opera Ambrosii Parei… latinitate donata, J.  Guillemeau, 1582 (BnF).

Félix Platter de Bâle (1536-1614)

fit ses études à Montpellier puis exerça et enseigna à Bâle où il créa un enseignement clinique et un jardin de plantes. Il s’intéressa à l’anatomo-pathologie, et publia en 1583 à Bâle un traité intitulé De partium corporis humani structura et usu, avec de superbes planches sur cuivre, imitées de la Fabrica et de l’Epitome.

* Praxeos medicæ tomi tres, Bâle, 1625

Bibliographie de base

Ouvrages utiles pour la connaissance de la médecine au XVIe siècle :

  • Louis Dulieu, La médecine à Montpellier, tome II : La Renaissance, Avignon, Les Presses universelles, 1979.

  • Mirko D. Grmek (dir.), Histoire de la pensée médicale en Occident, tome 2 (De la Renaissance aux Lumières), Paris, Seuil, 1997.

  • André Hahn, Paule Dumaître, Jeanine Samion-Contet, Histoire de la médecine et du livre médical, Paris, éd. Pygmalion, Olivier Perrin, 1978.

  • L. R. Lind, Studies in Pre-Vesalian Anatomy, Biography, Translations, Documents, Philadelphia, 1975.

  • Rafael Mandressi, Le regard de l’anatomiste, Paris, Seuil, 2003.

  • Roger Teyssou, La médecine à la Renaissance, Paris, L’Harmattan, 2002.

Notes
[1] Nancy G . Siraisi, Medieval & early Renaissance Medicine, Chicago and London, The University of Chicago Press, 1990, p. 79.-80
[2] Andreas Vesalius, De humani corporis fabrica libri septem, Basileæ apud I. Oporinum, 1543, Liber VII, cap. I, p. 623.
[3] Synthèse des interprétations médiévales du traité aristotélicien sur la localisation de l’âme : voir Danielle Jacquart, « La scolastique médicale », dans Mirko D. Grmek (éd.), Histoire de la pensée médicale en Ooccident, tome I, Paris, Seuil, 1997, p. 206 sq.
[4] Charles Daremberg, médecin érudit du XIX e siècle, qui dépouilla les huit cents incunables médicaux du Repertorium bibliographicum de Hain, nota dans sa magistrale Histoire des sciences médicales, publiée à Paris en 1870, un partage assez équilibré entre auteurs anciens, arabes et modernes (cité par Dr André  Hahn et Paule Dumaître, Histoire de la médecine et du livre médical, Paris, Perrin, 1978, p. 44)
[5] Un exemplaire de cette édition de 1543 parue chez Gryphe à Lyon est exposé au Musée de la Devinière (Chinon) avec pour titre  Hippocratis ac Galeni libri aliquot ex recognitione Francisci Rabelaesi.
[6] Rafael Mandressi, Le regard de l’anatomiste. Dissections et inventions du corps en Occident, Paris, Seuil, 2003, p. 117.
[7] Louis Dulieu, La médecine à Montpellier, Avignon, 1975, tome I, p. 131-136.
[8] Ruben Eriksson, Andreas Vesalius’ First Public Anatomy at Bologna, 1540, an eyewitness report by Baldasar Heseler, medicinæ scolaris, together with his notes on Matthaeus Curtius’ lectures on Anatomia Mundini,. Edited, with an introduction, translation into English and notes by R. Eriksson, Uppsala et Stockholm, Almquist & Wiksells Boktryckeri AB, 1959, p. 306.
[9] Paul. F. Grendler, The Universities of the Italian Renaissance, Baltimore, J. Hopkins University, 2002.
[10] Abondante bibliographie sur le sujet. Voir en particulier Rafael Mandressi, Le regard de l’anatomiste. o.c., p. 39-60. 
[11] Bullarium éd. par Tomasetti, 1857. Texte publié dans G. Digard, Registres de Boniface VIII, Paris, Bibliothèque de l’Ecole française d’Athènes et de Rome, II, 4, p. 576-577 .
[12] A. Vesalius, Epistula rationem modumque propinandi radicis Chynæ… pertractans, Basileæ, ex officina Ioannis Oporini, 1546, p. 141-142 ; De humani corporis Fabrica libri septem, Basileæ, per Ioannem Oporinum, 1555, p. 658.
[13] Anthony Grafton (dir.), Rome reborn, The Vatican Library and Renaissance Culture, Washington and London, Library of Congress, 1993, p. 301, note 32.
[14] Cf. supra, note n° 6.
[15] Fab. [1943], fol. 1r, préface adressée à Charles Quint. Traduction personnelle
[16] Pour une analyse approfondie (historique, esthétique, symbolique) de ce superbe frontispice, voir l’exposition virtuelle « Cent frontispices de livres de médecine», réalisée par Magali Vène et Jacques Gana, BIU Santé, www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/ 
Consulter aussi  J. Sawday, The body emblazoned, dissection and the human body in Renaissance culture, London & new York, 1995, p. 64 sq.
[17] Guy de Chauliac, Grande chirurgie,  1363. Exemplaire numérisé de la traduction latine publiée s.l, s. n.[1506 ?], BN
[18] Ambroise Paré, Briefve collection de l’administration anatomique…., Paris, 1550 [exemplaire numérisé BN] ; Pierre Dionis, Anatomie de l’homme suivant la circulation du sang et les dernières découvertes, démontrée au Jardin Royal, Paris, 1694. [CESR, base Dionis].
[19] Niccolò Massa, Liber introductorius, o. c., fol. a 2 (préface).
[20] Paul  F. Grendler, o. c., p. 7-17 ; J.  J. Bylebyl, “Teaching Methodus medendi in the Renaissance”, dans Galen’s Method of Healing : Proceedings of the 1982 Galen Symposium, éd. par F. Kudlien et R. J. Durling, Studies in ancient Medicine, Leiden Brill, 1991, p. 157-189.  
[21] Tabulæ anatomicæ sex, Venetiis, B. Vitalis, 1538.
[22] Andrés de Laguna, Anatomica Methodus, seu de sectione Humani corporis contemplatio, Andrea a Lacuna Secobiense authore, Parisiis apud Ludovicum Cyaneum, 1535.
[23] Consulter par exemple la Préface d’Alessandro Benedetti au traité Anatomiae siue Historia corporis humani eiusdem collectiones medicinales seu aforismi, publié à Paris en 1514 [document électronique BnF]. Pour une étude d’ensemble, voir Jacqueline Vons, « L’art de l’épître dédicatoire dans quelques traités médicaux du XVI e siècle », P. Laurence et F. Guillemeau (éd.) Actes du Colloque L’épistolaire antique et ses prolongements en Europe, Université François-Rabelais de Tours, décembre 2004, Louvain, Peeters, 2006, p.319-328. 
[24] Fab., [1943], fol. 3r, préface adressée à Charles Quint. Traduction personnelle.
[25] Abondante bibliographie. Andrea Carlino, La fabbrica del corpo, libri e dissezione nel Rinascimento, Turin, G. Einaudi, 1994, p. 233, recense plus de vingt éditions, traductions et éditions commentées depuis la princeps (Padoue chez Pierre Maufer, 1474 ?, très souvent confondue avec la 1ère réédition faite par Antonio Carcano à Pavie en 1478) jusqu’au milieu du XVIe siècle
[26] Vésale a pu consulter ce traité de Galien pendant ses études à Paris, à la demande de  Guinter d’Andernach qui préparait un condensé de plusieurs livres de Galien, les Institutiones anatomicæ  publiées en 1536.
[27] André Dulaurens, De dissectione, Paris, 1600 (voir I, 9, p. 14 ; I, 17, p. 23 ; I, 20, p. 27).
[28] Kaspar Bartholin, Institutiones anatomicæ, Paris, 1611. Edition consultée : Institutions anatomiques augmentées et enrichies ..par Thomas Bartholin, docteur en médecine, fils de l’auteur et traduites en français par A. du Prat, docteur en médecine, Paris, 1647 [CESR, base Dionis].
[29] Gabriele Zerbi, Liber anathomie Corporis Humani et singulorum membrorum illius, editus per excellentissimum philosophum ac medicum D. Gabrielem de Zerbis Veronensem, cum gratia,  [réimprimé à Venise par O. Scoto, 1533]
[30] Andrès de Laguna, Anatomica methodus, o. c.,  Paris, 1535.
[31] Voir L.R. Lind, Studies in Pre-Vesalian Anatomy, Biography, translations, Documents, Philadelphia, 1975
[32] Charles Estienne, de dissectione partium corporis humani libri tres, a Carolo Stephano, doctore medico, editi, cum figuris, et incisionum declarationibus a Stephano Riuero Chirurgo compositis, Parisiis : apud Simonem Colinæum, 1545, p.8.
[33] Fab. [1543], préface fol. * 3b et *4a.

Anatomy in the 16th century

Introduction by Jacqueline Vons
Université François-Rabelais de Tours
Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (CNRS-UMR 6576)
Equipe de recherches  "Sciences, humanismes et savoirs" / histoire de la médecine)
jacqueline.vons@univ-tours.fr

Translation by Karine DEBBASCH

I. The place of anatomy in medical instruction

In the course of the 16th century, the science of medicine took several great steps forward: there were breakthroughs in the knowledge of human anatomy, in the practice of the techniques that allowed one to gain that knowledge, and in the definition of a scientific method based on anatomical observations. This means that getting to know the body, its layout and its functions had hitherto been deemed useful only to surgeons, that is to those who knew how to extract arrows, bleed veins, open the body and operate on it, but was now becoming an integral part of the knowledge required from the medici, i.e. medical physicists who were studying in medical academies the nature of man, his complexions and his  diseases. Naturally, hands-on investigations of the body had started well before 1500. It had begun to develop as early as the end of the 13th century, although different schools took very different approaches. Bologna and Montpellier, for instance, were among the first schools to include in their curriculum Galen’s treatise De locis affectis (« On the Affected Parts »), as it was considered that anatomical knowledge could help the physician locate the affected organ, identify the disease, and therefore indicate a better-adapted, more efficient treatment[1]. But be it in the prestigious Italian (Bologna, Padua) or French (Montpellier, Paris) universities, or in other, less famous schools in Europe, one should not be deluded about the quantitative importance of anatomical teaching in medical studies over the following two centuries. Both anatomy and physiology had a limited place, subordinate to the philosophy of nature – and more specifically to Aristotle’s theories. Andreas Vesalius, the greatest anatomist of the 16th century, gained his knowledge of the brain ventricles while studying at the Collegium in the Château de Louvain in 1532, while one of his professors, a master in theology, was reading aloud from a book of commentaries on Aristotle’s De Anima[2].

At the beginning of the 16th century, medical teaching at the university mainly consisted of readings (lectiones), recitations (recitationes) and debates (disputationes) on philosophical and anatomico-physiological opinions taken from Aristotle and Galen, the two best-known of the ancient masters thanks both to the Arabic tradition and to Latin translations[3]. The frontispiece of Symphonia Platonis cum Aristotele et Galeni cum Hippocrate, written by Symphorien Champier, a physician native to Lyon, and published in 1516 in Paris, is emblematic of a widespread desire to achieve harmony between philosophy and medicine: the four ‘princes’ of science, authors of theories on the nature of man and on life, are represented on an equal footing, and a return to authentic Greek texts is advocated. Indeed, in most universities at the time, written resources for anatomical studies were mainly works from the Middle Ages: Ibn Sinna’s Canon of Medicine, abridged versions of Galen’s treatises (Articella, Ars parua), Hippocrates’ Aphorisms, and more frequently Galen’s Commentaries on the Aphorisms, a few treatises on therapeutics and on Galenic pharmacopoeia, etc[4].

But the discovery and translation of authentic Greek medical manuscripts brought to Italy in the second half of the 15th century brought about an important renewal and improvement of anatomical teaching. Scholars, philologists and physicians, whose object was to revive ancient medical thinking and to improve students’ medical training, amended these texts and had them widely disseminated through the printing press. Let us give a famous example, halfway between tradition and innovation: in 1543, François Rabelais edited, in a small-sized, easy-to-use, relatively cheap format, four major treatises by Hippocrates: Aphorismi, Praesagia, De natura hominis, and De ratione uictus in morbis acutis (followed by Galen’s Parua Ars medicinalis and by a Greek version of the Hippocratis aphorismi, which he had commented upon as a student in Montpellier and corrected following a very old Greek manuscript he owned[5].

The reworking of these texts, however, hardly changed the way they were taught; the usual ritual was and remained the following: the professor (lector) would preside over the class from the pulpit and read a reference text, while the assistant (demonstrator) would show with a stick the place where the operator (sector) (from the Latin sectari, to cut) was to incise the cadaver in order to show what was described in the book being read. In other words, the dissection was nothing but an illustration of the lectio, and had no demonstrative, let alone heuristic, value. The frontispiece adorning Jean de Ketham’s Fasciculus Medicinae, published in Venice in 1495, is a perfect illustration of this teaching situation.

The public dissection of human cadavers so as to illustate theoretical classes, as a part of university teaching, had been accepted since the 14th century – although it was submitted to a series of religious and civil regulations that varied according to the universities. Mondino dei Luzzi is known to have written his Anothomia so that it might be used during dissections, and to have performed dissection of human cadavers for the instruction of his medical students[6]. As early as 1340, the statutes of the University of Montpellier scheduled one dissection every other year[7]. In 1442, the new statutes of the faculty of Arts and Medicine of Bologna stipulated that the judiciary was to provide the Rector or the Consiliarius with one male and one female cadavers per year as teaching material, and that dissections would be conducted in public; the statutes specified that the bodies were to be those of convicts sentenced to death, from the lower levels of society, and if possible native to another city[8]. Moreover, as the conservation of the bodies was very much linked with outside temperatures, dissections were usually held during the winter. These regulations, which could be extremely strict, were not meant to limit the number of public dissections: the civil and judicial authorities needed them to attract or to keep in the city numerous foreign students, whose presence was good for local business[9], and there seems not to have been any theological objections from the religious authorities. Research conducted by historians and recent clarifications[10] give a clear and precise idea of the Church’s position, from the Papal Bulls of Boniface VIII (13th century[11]) through the 16th century, concerning post-mortem examinations: legal autopsies to determine the cause of death – of interest to the family[12], or to the civil or religious authorities[13] – were allowed; dissections organized as a private event (Platter) or performed by non-physicians (Da Vinci) were condemned; but anatomical demonstrations for university teaching were accepted.

The practice of dissection, however, was developed in different ways according to the different universities, to the political decisions to create Chairs in Surgery and Anatomy, and to the talent of the professors who were appointed. The University of Bologna for instance played a major role; from 1502 to 1527, the chair of surgery was held by Berengario de Carpi, a physician and renowned anatomist. In January 1540, the students of Bologna invited Andreas Vesalius, a young anatomist who had been appointed to the chair of surgery in Padua, so that he might illustrate or ‘demonstrate’ in the course of public dissections the lectures in anatomy given by Matthaeus Curtius (Matteo Corte), one of the best-known professors of medicine in Northern Italy. The sessions lasted over fifteen days, during which three men and six dogs were dissected. There is a very precious testimony on this subject: the notebook of a German student, Baldasar Heseler, who attended the lectures and dissections[14]. The notes he took give us information on the contents of Curtius’ theoretical teaching, which consisted in the reading (lectiones) of extracts from Mondino’s work, to which Curtius opposed Galen’s opinions. In addition, the notes give particulars about the physical state of the cadavers and information on ante mortem social status. They also attest to common practices in the event of a dissection (such as a cortege to accompany the body from the gallows to the hospital) and at the university (the traditional hierarchy between professor and assistant, here between Curtius and Vesalius), and finally reveal the budding divergence between knowledge taken from books and knowledge gained from observation of the body.

These notes are an adequate summary of anatomy teaching throughout the 16th century: the innovations that seem fundamental to us today failed to convince at the time. The power of prejudice and the existence of established interpretation grids went against the new way of reading the body. Nevertheless one cannot but admire the energy of those who tried to confer on the practice of dissection the status of a scientific discipline. In the preface to De Humani Corporis Fabrica, dedicated to Charles V, Vesalius vehemently denounced the fact that, in traditional medical education, dissection, fundamental though it was, should be left for uneducated people to perform :

« From the time when physicians left to barbers the exclusive use of the scalpel, not only did they lose the true knowledge of the viscera, but the art of dissection disappeared too, because physicians ceased to practice dissections, and also because those who did practice them were too ignorant to understand the books written by professors of anatomy. Such people, who learnt only from practice, are very far from having kept this difficult and recondite art intact for us; what is more, that fateful separation of one of the branches in the art of healing has engendered in the faculties the detestable habit of assigning the dissection of the human body to the ones and the description of its parts to the others. The latter, from their elevated pulpit, crow like ravens and talk about things they never experimented upon, merely reciting by heart books written by others, or reading the descriptions under their eyes. The former are so ignorant in languages that they can neither explain to the spectators the parts they have just dissected, nor adequately cut what is to be shown according to the indications of the physician, who, never having performed a dissection himself, goes on directing from afar, with a book in his hands. This is why faculty teaching is going awry, and why whole days are being wasted in fruitless discussions; in such a confused situation, the audience sees less than a butcher could show a physician in a marketplace. Not to mention some faculties where the dissection of the human body has barely been considered! This is what centuries of the decline of ancient medicine, once glorious, have resulted in. » [15]

How arrogant, some will say. It may be so, but it is the arrogance of somebody who was convinced that the scalpel is the prime tool of knowledge, insofar as it allows one to see the inside of the body. The second tool is the book, thanks to which the observations made on the dissection table can be recorded and disseminated. The famous frontispiece to Vesalius’s Fabrica is a perfect illustration of the precedence and primacy of dissecting over writing, although Vesalius, demonstrator, sector and autor, did the two: on the table, next to the instruments necessary to the dissection (a scalpel, a razor, a sponge, a lit candle to burn the skin and detach the tissues), one can see an ink bottle and a sheet of paper on which the observations will be noted down[16].  

2 . The anatomy book

The second innovation in the 16th century is the anatomy book. Naturally, anatomical observations could already be found in manuscript and printed texts intended for surgeons and practitioner physicians, who needed enough knowledge of the human body to bleed veins, to set bones, to mobilize joints, to trepanate, etc. Guy de Chauliac’s Cirurgia Magna was very popular: it was re-edited several times, translated into the vernacular under the title The Great Surgery, and abridged under the title « The Little Guidon » for the benefit of barbers who did not know Latin[17]. This practice remained in force in the following centuries, and all surgical treatises started with an introduction to anatomy; Ambroise Paré and Pierre Dionis, who were both in their times surgeons to the King of France, pursued the tradition of the anatomy book written in the vernacular[18]. But in the 16th century, anatomical treatises were also written in Latin, a language devoted to the teaching of the medici. The observation of cadavers can be said to be on par with the attempts of some universities to make their training of medical students more concrete and more efficient; it may not be pure chance if Bologna and Padua, where several physicians authors of anatomical treatises originated, had been among the first cities to associate theoretical teaching with medical practice and anatomical knowledge. Berengario da Carpi and Zerbi were renowned practitioners, Benedetti was a physician and surgeon of the army, Massa was responsible for public health in Venice in times of plague; they all claimed to respect the authority of the written texts, but they also deemed it necessary to experiment personally on the human body – and the results of their observation were sometimes, although with caution and moderation, opposed to Galenic dogma. Niccolò Massa, for example, wrote that his observations mainly resulted from notes he had taken during the time he had spent in Venice with physicians and artists[19]. Giovanni Battista da Monte (1488-1551), also called Montanus, who had probably been a pupil of Pietro Pomponazzi (formerly a professor of Latin and Greek, then professor of practical and theoretical medicine in Padua), created in 1540, in the hospital of San Francesco Grande, the first clinical school; there, patients were clinically examined in their sickbeds, and clinical records were written by the students[20]. In 1540 still, Andreas Vesalius, made famous by the publication in 1538 of an anatomical atlas for the benefit of students, Tabulæ anatomicae sex[21], was invited to the university of Bologna.

Reading the prefaces and dedicatory letters of these books makes it clear that their authors were aware of the novelty and even more of the usefulness of their work. Naturally, they did not consider their contribution to the history of natural philosophy as devoid of importance, as anatomical treatises allowed man to know his body better, in other words to know better the microcosmic reflection of the universe created by God – or the ephemereal dwelling of the immortal soul[22], in an interpretation both medical and religious of the famous ancient phrase nosce teipsum (know yourself). But the main reason for these authors to feel proud was their contribution to the rebirth of a forgotten discipline: anatomical knowledge based on the practice of dissection; while in Ancient Greece it was considered as a noble discipline, it had progressively been abandoned by physicians, who had become ignorant, greedy and eager for glory, to the detriment of scientific knowledge and of their ability to care for the sick[23]. In this respect, anatomy books were most precious for passing on knowledge; for those unable to attend the lessons, the book was, according to Vesalius, equivalent to, or substitutive of, the anatomy lesson:

« But these books will first and foremost be of use to those who do not have the opportunity to study an actual body, as they give a fair amount of precisions on the number, place, shape, size and nature of each element of the human body, its link with other parts, its use, its function and numerous other such characteristics, which I am used to scrutinize in the parts I am dissecting. They also provide one with technical information on how to dissect a dead or live body, and they finally contain, inserted in the text, images of all the parts of the body, so that these images offer an equivalent to the dissected body for those who study the works of Nature. »[24]

But what was actually the case? How was such a program reflected in reality, i.e. in the way anatomy was presented? The first consequence, and not the least, was that an anatomical lexicon common to all the European scholars was established (or tended to be established), whose purpose was to get rid of ‘barbaric’ medieval Latin and of Arabic terms. Although there are a number of differences in the terms used by the various authors, most of these are due to the fact that they wavered between the use of Greek and that of Latin; Benedetti and Massa for instance essentially chose to use Greek names, giving a priority to the language and the vocabulary Galen used; others, like Vesalius, stood up for the Latin world, and went back to the classic language of Cicero and Celsus, without abandoning the use of Greek terminology altogether. Thus, in the Epitome and in the Fabrica, Greek translations of Latin names appear in the margins, occasionally along with their equivalents in popular Latin, in Arabic, or in Hebrew. Although linguistic unity could not be achieved, the anatomists’ reflection on language as the tool permitting to distill knowledge greatly contributed to founding a new science.

For if the book is really meant to be the equivalent of the anatomy lesson, if it is claimed that it allows students progressively to discover a body as if they were attending a dissection, the reader also expects to see a restitution of what the anatomist saw in the course of the dissection, in « the order of the dissection ». Naturally, such an expectation cannot be met, as the necessary preparations prior to any dissection are not taken into account; the reader can, at the most, find in the book a « scientific » presentation of the body, in accordance with one or several procedures recommended for dissection.

Annotationes anatomiæ, one of the first anatomical treatises, written by Alessandro Achillini and published in Bologna in 1520, describes the cadaver as a succession of cavities, explored one after the other according to a protocol defined by the decay rate of the organs: the inferior abdomen [or abdominal cavity], the medium abdomen [the cavity holding heart and lungs], the superior abdomen [cranial cavity and brain], and the extremities [upper and lower limbs]. This procedure had been established by Mondino dei Luzzi (whose treatise Anothomia had been printed in Padua as early as 1474) and had become standard in university teaching[25]; for each part of the body, Mondino started at the surface and successively examined the following strata: vessels, muscles, and bones. Defining different parts of the body found its reason not only in the physical reality of the decaying cadaver, but also in ancient philosophical theories (Plato, Aristotle) that Galen had already transposed into the field of anatomy and physiology when he had defined a qualitative hierarchy among the cavities and considered the cranium to come first, because it was supposed to be where the pneuma or « animal spirit » (from anima, soul) was produced and where thought and voluntary movement had their sources.

Anatomy books also took into account other dissection criteria, which were known and taught in the West thanks to the tradition of Galen’s Alexandrine commentators, listed in Mondino’s Anothomia and revived by recent discoveries and translations of Greek manuscripts – among which was Galen’s treatise De anatomicis administrationibus (« Of Anatomical Procedures »). These norms directed the anatomist to dissect from the skin towards the inner body and to make a series of observations on the characteristics of each of the observed parts: place, number, nature of their substance, dimensions, shape, and connections[26]. Mondino had introduced three new categories: the use or purpose of the parts, the diseases affecting them and their cure (if any), and the notion of  humors. Most of the anatomical treatises in the 17th century followed these rules when presenting the body: description from the surface inwards and characteristics of each of the observed parts. It is the case for Alessandro Benedetti’s treatise, Anatomia siue historia corporis humani, published in Bologna in 1520; for Niccolò Massa’s Liber Introductorius anatomiæ  (« Introduction to Anatomy ») published in Venice in 1536; for the French physician André Du Laurens in his  De dissectione published in 1600[27]; or again for the great Danish anatomist Kaspar Bartholin in 1611[28].

Variations in this order are few, ill-justified as far as method is concerned, and usually inspired by philosophical motivations rather than by anatomical necessities. To give an example, the Italian physician Gabriele Zerbi published in 1502 an Anatomiæ corporis humani… liber presenting the usual list of characteristics of the parts, but innovating when dividing the body into anterior, posterior and lateral parts; these distinctions may be topologically convenient, but they have no real epistemological justification[29]. Niccolò Massa devoted the first thirty-four chapters of his treatise to the description of the median (thoracic) cavity, and he mixed bones with muscles and tissues and vessels. In 1535, the Spanish anatomist Andrés de Laguna published a treatise entitled Anatomica methodus: an interesting title that emphasizes methodology or « procedure ». The author had to choose between anatomical order and natural order (also called « dialecticians’ order »), and he opted for the latter, in a description of the body parts that follows the various stages in the transformation of solid and liquid foods, from the mouth to the brain, where the « animal » spirit is fabricated[30]. The Anatomicarum Institutiones ex Galeni sententia libri III (« The Anatomical Institutions ») by Guinter d’Andernach,  published in Paris in 1536 and several times re-edited, are more original, in spite of the declared allegeance to Galen; indeed, if the characteristics of the parts are given, the division into four books corresponds to a personal choice: presentation of the method (book I), investigation of the thorax (book II), investigation of the brain (book III), investigation of the skeleton, tissues and vessels (book IV).

But no matter what they were, these norms could only be applied once the body had been cut open; similarly, the distinction (dating back to Ibn Sinna’s Canon) made between similar limbs [=parts] and instrumental limbs only found its justification at the end of the dissection, not in its course. These rules however were not questioned by the anatomists of the first half of the 16th century, who were also practitioners (usually qualified today as « pre-Vesalian ») and who inserted their de uisu observations on morbid or dead bodies in this formal frame. This balance between knowledge transmitted by books and personal experience was quite fragile, but what it brought to the field of anatomical knowledge is far from being negligible; it would be most interesting to translate and study all these texts, which are still very little known in France[31].

But the essential part of what was termed « the Vesalian revolution » resides less in the topographical observation of the body than in the desire to make out of observation an epistomological principle of composition and of research. It may not be pure chance if two of the greatests anatomists in the 16th century, Vesalius and Charles Estienne, almost simultaneously reflected on how to present their observations in an order different from that of the dissection, while still referring, at least in form, to the method advocated by the Prince of anatomy. It is under the authority both of Galen and of his own practice as a surgeon that Charles Estienne, in his treatise De dissectione partium corporis humani libri tres[32], justified the importance of the bones as the substructure of the body, thus inverting the canonical order of dissection, in which bones appear last. As for Vesalius, he claimed to follow the precepts of book I of the treatise De anatomicis administrationibus to justify the order in the seven books of the Fabrica, the first of which is devoted to the description of the bones in the human body[33]. But he also defined a new way of working and ushered in a new, architectural conception of the body, corresponding to a re-construction or a creation of the body. Just as the artist creates a body on a canvas or in marble, the anatomist composes a body with words and images…

The 16th century therefore is the time when, with Vesalius in particular, a scientific method started to be adopted in anatomy. Be it in the Fabrica or in the Epitomy, Vesalius denounced not so much the observational mistakes of his predecessors as their lack of method; he also had the singularity of addressing nothing but anatomy, refusing to discuss faith and religious topics or philosophical interpretations, and sticking to the description of how the body is « fabricated », how the parts of the body are organized. Contemporary anatomists are still amazed at the acuteness of Vesalius’ observation, at his deftness, and at his ability to understand and reconstruct the whole from an observed detail. Aristotle, Galen and many others used to ask « What is this for ? », presupposing a finalistic conception of the body. But Vesalius asked a scientific question: « How is it made ? », and opened the way for future discoveries. One can say that with Vesalius, the notion of use that Galen had attributed to the various parts of the body was replaced by the notion of « function » in a strictly anatomical dimension.

Of course, Vesalius did not invent it all, and the history of anatomy was only just starting in the 16th century. The results of his research and of his method were sometimes questioned by his successors (Riolan, Sylvius) and were corrected, completed or improved (Fallope, Eustache Bartholomée); but all the great anatomists rendered him the homage he deserved (Vieussens, Boerhaave, Winslow), and the illustrations to his work were used as models for the medical iconography for at least two centuries after his death.


Here is a list of the major 16th century anatomists and their work. An asterisk indicates the anatomy treatises that are referenced at the BIU Santé.

A. Pre-Vesalian anatomists
Mondino dei Luzzi, Mundinus (1275-1326 ?)
author of the treatise Anothomia, printed as early as 1474 and used as a reference book at university, adjoined in 1495 to Fasciculus Medicinæ (attributed to Johannes de Ketham), re-edited several times.

Digitized copy BNF : Henrique de Harlem and Johannes Walbeck’s edition, Bologna, 1482.

* Digitized copy BIU Santé : Johannes Dryander’s edition (1500-1560), Anatomia Mundini, ad vetustissimorum eorumdemque aliquot manu scriptorm codicum fidem collata, iustoque suo ordine restituta, per Ioannem Dryandrum, Marpurgi, 1541.

* Facsimile, Anatomies de Mondino dei Luzzi et de Guido de Vigevano, annotated by E. Wickersheimer, Paris, E. Droz, 1926 (BIU Santé).

Hieronymo Manfredi (1430-1493)

author of another Anothomia published in 1490, a collection of abridged works by various ancient and modern authors (Aristotle, Ibn Sinna, Mundinus) written in Italian.

Alessandro Achillini of Bologna (1463-1512)

professor of philosophy in Bologna, then in Padua; he developed an interest for anatomy, and was the first to describe fornix and infundibulum in his Annotationes anatomicæ [« Notes in anatomy »] (Bologna, 1520). Bartolomeo Eustachi attributed to him the discovery of the hammer and the anvil described by  Vesalius (L.R. Lind, o. c.  p. 40)

* Opera omnia in unum collecta…, Venice, 1545 (BIU Santé)

Digitized copy of Annotationes anatomicae (BnF). 

Alessandro Benedetti of Verona (1450 ?-1512 ?)

professor of anatomy in Padua, author of Anatomia siue Historia corporis humani, published in Venice in 1502, containing personal observations made on cadavers. He is the first author to have tried using a unified Greek nomenclature.

* Alexandri Benedetti Veronensis Historia corporis humani sive Anatomia, Venetiis, 1502 (BIU Santé) 

Digitized copy of Anatomia (BnF)

Iacopo Berengario da Carpi (1460-1530)

professor of anatomy in Pavia, author of Commentaria cum amplissimis additionibus super Anatomia Mundini (Bologna, 1521), of Isagogae breues (Bologna, 1523), re-edited several times, and of a surgical treatise on fractures of the cranium, De fracturis cranei liber (Venice, 1518). He was one of the first  authors to understand the importance of iconography for medical books and to illustrate his work with engraved plates. He also was one of the first anatomists to advocate personal experience as opposed to knowledge gained through books.

* Commentaria cum amplissimis additionibus super Anatomia Mundini, Bologna, 1521 (BIU Santé)

* Digitized copy of Isagogae breues, Bologna, 1523 (BIU Santé, BnF)

Digitized copy under the title Libellum de calvaria (BN)

Gabriele Zerbi (1445-1505)

author of Anatomie corporis humani et singulorum illius membrorum Liber, Venice, 1502.

* Anatomie, Venetiis, 1502 (BIU Santé)

Niccolò Massa (1499-1569)

author of the treatise Liber Introductorius Anatomiæ siue Dissectionis Corporis humani…, dedicated to Pope Paul III, Venice, 1536.  

Andrés Fernández de Laguna from Segovia (1499-1560)

 went to Paris to attend Jacques Dubois’ teachings; he met Erasmus, Ignatius Loyola, Vesalius, Louis Vives; he published in 1535 in Paris Anatomica methodus seu de sectione humani corporis contemplatio, dedicated to Don Diego de Rivera, bishop of Segovia. He became one of the physicians to Charles V and published several translations and abridged versions of Galen’s Commentaries on the work of Hippocrates.

* Epitome omnium rerum et sententiarum quæ annotatu in Commentariis Galeni in Hippocratum extant, Lyon, 1554 (BIU Santé).

Digitized copy of Epitome (BnF).

B. Vesalius and some of his contemporaries

Andreas Vesalius, from Brussels, (1514-1564)

explicator chirurgiæ, who held the chair of anatomy and surgery in the Faculty of Medicine of Padua, published Tabulæ anatomicæ sex in Venice, in 1538; in 1543 in Basel, with Johan Herbst (also called Oporinus), he edited an anatomical treatise in seven volumes, de Humani corporis fabrica libri septem, dedicated to Emperor Charles V, and the Epitome of the Fabrica dedicated to the Emperor’s son, Prince Philip, who was then 15 years old. He became physician to Charles V.

[The bibliography on Vesalius and his followers is so rich that it will be the subject of another contribution].

* Digitized copies of the Fabrica (1543): BIU Santé, CESR 

* Digitized copy of Epistola… rationem modumque propinandi radicis Chynæ decocti … , Basel, Oporinus, 1546 (BIU Santé)

Guinter d’Andernach, Johannes Guinterius Andernacus (1487-1574)

professor at the Faculté de Médecine in Paris, author of several medical treatises and of an abridged version of Galen’s texts under the title Institutionum Anatomicarum secundum Galeni sententiam libri quatuor (« Anatomical  Procedures »), Paris, 1536, re-edited several times, with interesting innovations in typography (marginal notes indicating the Greek and Arabic synonyms of the Latin terms). Vesalius worked as his assistant.

* Institutionum Anatomicarum secundum Galeni sententiam libri quatuor, Basel, 1536 (BIU Santé)

Jean Tagault (? –1546)

taught surgery at the Faculté de Médecine in Paris; he published in 1543 a treatise illustrated with wood engravings, De chirurgica institutione libri quinque (« The five books of surgical  procedures »), several times re-edited and translated into French in 1629, along with a few books of commentaries on Galenic treatises on pharmacopoeia.

* De chirurgica institutione libri quinque, Paris, Wechel, 1543 (BIU Santé)

* Les institutions chirurgicales, Paris, 1629 (BIU Santé).

Jacques Dubois, Iacobus Sylvius, from Amiens (1478-1555)

had taught Latin and Greek before undertaking medical studies. Appointed lector in medicine at the Collège de France by Henry II, then professor of anatomy at the Faculté de Médecine in Paris, he published several books of commentaries on Galen’s and Hippocrates’ medicine and edited, among others, Galen’s treatise on bones.

* In Hippocratis elementa… commentarius, Paris, 1542 (BIU Santé).

* De medicamentorum simplicium delectu… libri tres, Paris, 1542 (BIU Santé).

* Digitized copy of Commentarius in Claudii Galeni de ossibus ad tyrones libellum, Paris, 1556  (BIU Santé)

Charles Estienne (1504-1564)

was asked by his Parisian students to write an anatomical  treatise, De dissectione partium humani libri tres…, Paris, 1545, richly illustrated, and comprising an alphabetical index of the different parts of the body.

* Digitized copy of De dissectione partium humani libri tres… Paris, 1545 (BIU Santé).

* La dissection des parties du corps humain, Paris, Simon de Colines, 1546 (BIU Santé).

Guido Guidi, Vidius (1500-1565)

a famous Florentine surgeon, was asked by François I to come to France, and taught at the Collège de France. He published in Paris in 1544, under the title Chirurgia e Græco in latinum conuersa, a Latin translation of a Greek manuscript by Galen commenting upon Hippocrates’ surgical books; the text is illustrated with wooden engravings (some of which are believed to be by Primaticcio). This treatise was translated into French in 1555 by François Lefèvre. In 1611, Guidi’s nephew published in Venice, posthumously, the anatomical treatise De anatomia corporis humani libri VII, which presents superb plates engraved on copper. Guidi contributed excellent descriptions of the palatine bone, of the sphenoid bone and of the brain, and left his name to several anatomical discoveries [Vidian nerve, artery and canal].

* Digitized copy of De anatomia corporis humani libri, Venice, 1611 (BIU Santé)

* Chirurgia e Græco in latinum conuersa, Paris, 1544 (BIU Santé).

* Facsimile of the edition of Chirurgia (1544), Brussels, 1970 (BIU Santé).

Giovani Battista Cannano from Ferrare (1515-1579)

professor of anatomy and physician to Pope Jules II, author of a myological treatise, Musculorum humani corporis picturata dissectio, Ferrare, 1541, lavishly illustrated with twenty-seven engravings made by Girolamo da Carpi.

Pedro Jiméno

born in Valencia, studied in Padua, where he served as Vesalius’s assistant in dissections. He was the first professor of anatomy in Valencia, then in Alcalà (anatomo-pathology). A great admirer of Vesalius, he published in Valencia in 1549 Dialogus de re medica, a book on topographical anatomy presented as a dialogue [first description of the stirrup bone].  

C. A few post-Vesalian anatomists

Mateo Realdo Colombo (1516-1559)

succeeded Vesalius in the University of Padua; he then taught anatomy at the University of Rome. He described pulmonary circulation in De re anatomica libri XV, a treatise published in Venice in 1559 and dedicated to Pope Pius IV.

* De re anatomica libri XV, Venise 1559 (BIU Santé)

Digitized copy of De re anatomica libri XV, Venise 1559 (BnF)

Gabriele Fallopio from Modena (1523-1562)

made several anatomical discoveries that he wrote down in a treatise published shortly before his death, in 1561 in Venice, Observationes anatomicæ (hearing organs, female pelvic organs, biliary tract…). He died before receiving Vesalius’s letter examining and discussing his anatomical discoveries. 

Digitized copy of Opuscula, Padua, 1566 (BnF)

Girolamo Fabrizio from Acquapendente (1533-1619)

anatomist, physiologist, embryologist, surgeon… A pupil of Gabrielle Fallopio, he held the chair of anatomy of the University of Padua for over thirty years and distinguished himself in his studies in comparative anatomy. He was in favor of the egg theory, and he described the venous valvules in his treatise De venarum ostiolis, published in Padua in 1603.

* Digitized copy of Opera anatomica, ed. Padua, 1625 (BIU Santé).

Bartolomeo Eustachio (1503?-1574)

professor  of anatomy in Rome, wrote an anatomical treatise illustrated with superb copperplates, with graduated margins, not discovered before 1714 in Urbino by Giovanni Maria Lancisi.

Theatricum anatomicum [Tabulæ anatomicæ], Geneva, 1716 (Database Dionis CESR).

Juan Valverde de Amusco  (1501-1583)

pupil of Realdo Colombo in Padua, published an anatomical treatise compiling the Fabrica and the Epitome, written in Spanish, Historia de la composition del cuerpo humano, translated into Latin under the title Vivæ imagines partium corporis humani aerisformis expressæ, published in Antwerp in 1572. The copper engravings, drawn by a great artist, Gaspar Becerra, are quite famous (in particular « The Flayed Figure by Becerra »).

* Anatomia del corpo humano, Rome, 1560 (BIU Santé) [several editions and translations].

Digitized copy of Vivæ imagines partium corporis humani aerisformis expressæ, Antwerp, 1572 (BnF)

Facsimile  of Plantin’s edition by Louis Pariente, 2001 (BnF).

Virtual exhibition on Juan Valverde : « Anatome corporis humani », Universidad de Navarra (www.unav.es/biblioteca/hufaexpo.html.)

André du Laurens (1558-1609)

studied medicine in Avignon and taught in Montpellier, where he aspired to the title of Royal Regent. After a trial, which he won, he became ordinary physician, then first physician to Henri IV. He wrote, among other things, an anatomical treatise, Historia anatomica humani corporis et singularum eius partium, multis controuersis et obseruationibus nouis illustrata, published in Paris in 1598, a compilation (text and images) of the anatomical works of Vesalius and Valverde, translated in 1621 under the title L’histoire anatomique en laquelle toutes les parties du corps humain sont amplement déclarées, enrichie de controverses et observations nouvelles. He also wrote a treatise on eyesight, Discours de la conservation de la vue…, printed in Paris in 1597, and translated into several languages (Latin, Italian, English).

Digitized copy of Opera anatomica, Lyon, 1593 (BnF).

* Digitized copy of Historia anatomica, Paris, 1600 (BIU Santé, BnF and CESR-BVH)

Digitized copy of Toutes les œuvres, Rouen, 1621 (CESR-BVH)

Jacques Guillemeau (1550-1613)

surgeon and obstetrician, published in 1594 a treatise entitled Chirurgie française, and in 1609 an obstetrical treatise, L’heureux accouchement des femmes. In 1586 he had edited an anatomical treatise, a compilation of works from Vesalius and Valverde, under the title Tables anatomiques avec les pourtraicts et déclaration d’iceux ensemble un dénombrement de cinq cents maladies diverses, illustrated with nineteen plates engraved on copper. He translated Ambroise Paré’s work into Latin.

Digitized copy of Opera Ambrosii Parei… latinitate donata, J. Guillemeau, 1582 (BnF).

Félix Platter from Basel (1536-1614)

studied in Montpellier, then practiced medicine and taught in Basel, where he created a course in clinical teaching and a botanical garden. He developed interest for anatomo-pathology and published in 1583 in Basel a treatise entitled De partium corporis humani structura et usu, with superb copperplates, modelled on those found in the Fabrica and the Epitome.

* Praxeos medicæ tomi tres, Basel, 1625

Basic bibliography

Useful references on 16th century medicine:

  • Louis Dulieu, La médecine à Montpellier, tome II : La Renaissance, Avignon, Les Presses universelles, 1979.
  • Mirko D. Grmek (dir.), Histoire de la pensée médicale en Occident, tome 2 (De la Renaissance aux Lumières), Paris, Seuil, 1997.
  • André Hahn, Paule Dumaître, Jeanine Samion-Contet, Histoire de la médecine et du livre médical, Paris, éd. Pygmalion, Olivier Perrin, 1978.
  • L. R. Lind, Studies in Pre-Vesalian Anatomy, Biography, Translations, Documents, Philadelphia, 1975.
  • Rafael Mandressi, Le regard de l’anatomiste, Paris, Seuil, 2003.
  • Roger Teyssou, La médecine à la Renaissance, Paris, L’Harmattan, 2002.
Notes
[1] Nancy G . Siraisi, Medieval & early Renaissance Medicine, Chicago and London, The University of Chicago Press, 1990, p. 79-80.
[2] Andreas Vesalius, De humani corporis fabrica libri septem, Basileæ apud I. Oporinum, 1543, Liber VII, cap. I, p. 623.  
[3] For a synthesis of the medieval interpretations of Aristotle’s treatise on the localisation of the soul, see Danielle Jacquart, « La scolastique médicale », in Mirko D. Grmek (ed.), Histoire de la pensée médicale en Occident, tome I, Paris, Seuil, 1997, p. 206 sq.
[4] Charles Daremberg, 19th century doctor and scholar, who studied the eight hundred medical incunabula constituting Hain’s Repertorium bibliographicum, noted, in his masterly Histoire des sciences médicales, published in Paris in 1870, a fairly equal repartition between ancient, Arabic and modern authors (quoted by Dr André Hahn and Paule Dumaître, Histoire de la médecine et du livre médical, Paris, Perrin, 1978, p. 44).
[5] A copy of this 1543 edition, published by Gryphe in Lyon, can be seen in the Musée de la Devinière (Chinon); it bears the title Hippocratis ac Galeni libri aliquot ex recognitione Francisci Rabelaesi.
[6] Rafael Mandressi, Le regard de l’anatomiste. Dissections et inventions du corps en Occident, Paris, Seuil, 2003, p. 117.
[7] Louis Dulieu, La médecine à Montpellier, Avignon, 1975, tome I, p. 131-136.
[8] Ruben Eriksson, Andreas Vesalius’ First Public Anatomy at Bologna, 1540, an eyewitness report by Baldasar Heseler, medicinæ scolaris, together with his notes on Matthaeus Curtius’ lectures on Anatomia Mundini. Edited, with an introduction, translation into English and notes by R. Eriksson, Uppsala and Stockholm, Almquist & Wicksells Boktryckeri, 1959, p. 306.
[9] Paul. F. Grendler, The Universities of the Italian Renaissance, Baltimore, J. Hopkins University, 2002.
[10] Very rich bibliography on the subject. See in particular Rafael Mandressi, Le regard de l’anatomiste. o.c., p. 39-60. 
[11] Bullarium éd. par Tomasetti, 1857. Text published in G. Digard, Registres de Boniface VIII, Paris, Bibliothèque de l’Ecole française d’Athènes et de Rome, II, 4, p. 576-577 .  
[12] A. Vesalius, Epistula rationem modumque propinandi radicis Chynæ… pertractans, Basileæ, ex officina Ioannis Oporini, 1546, p. 141-142 ; De humani corporis Fabrica libri septem, Basileæ, per Ioannem Oporinum, 1555, p. 658
[13] Anthony Grafton (dir.), Rome reborn, The Vatican Library and Renaissance Culture, Washington and London, Library of Congress, 1993, p. 301, note 32.
[14] Cf. supra, note n° 6.
[15] Fab. [1943], fol. 1r, preface addressed to Charles V. Personal translation.
[16] For an in-depth analysis (tackling history, esthetics and symbolics) of this superb frontispiece, see the virtual exhibition « Cent frontispices de livres de médecine», by Magali Vène and Jacques Gana, BIUM
See also J. Sawday, The body emblazoned, dissection and the human body in Renaissance culture, London & New York, 1995, p. 64 sq.
[17] Guy de Chauliac, Grande chirurgie, 1363. Digitized copy of the Latin translation published s.l, s. n.[1506 ?], BnF.
[18] Ambroise Paré, Briefve collection de l’administration anatomique…., Paris, 1550 [digitized copy BnF] ; Pierre Dionis, Anatomie de l’homme suivant la circulation du sang et les dernières découvertes, démontrée au Jardin Royal, Paris, 1694. [CESR, base Dionis].  
[19] Niccolò Massa, Liber introductorius, o. c., fol. a 2 (preface).
[20] Paul  F. Grendler, o. c., p. 7-17 ; J.  J. Bylebyl, “Teaching Methodus medendi in the Renaissance”, in Galen’s Method of Healing : Proceedings of the 1982 Galen Symposium, edited by F. Kudlien and R. J. Durling, Studies in ancient Medicine, Leiden Brill, 1991, p. 157-189.  
[21] Tabulæ anatomicæ sex, Venetiis, B. Vitalis, 1538.
[22] Andrés de Laguna, Anatomica Methodus, seu de sectione Humani corporis contemplatio, Andrea a Lacuna Secobiense authore, Parisiis apud Ludovicum Cyaneum, 1535.
[23] See for instance Alessandro Benedetti’s Preface to the treatise Anatomia siue Historia corporis humani eiusdem collectiones medicinales seu aforismi, published in Paris in 1514 [electronic document BnF]. For a more global study, see Jacqueline Vons, « L’art de l’épître dédicatoire dans quelques traités médicaux du XVI e siècle », P. Laurence and F. Guillemeau (ed), L’épistolaire antique et ses prolongements en Europe, Leuven, Peeters, p. 319-328.
[24] Fab., [1943], fol. 3r, preface addressed to Charles V. Personal translation.
[25] Rich bibliography. Andrea Carlino, La fabbrica del corpo, libri e dissezione nel Rinascimento, Turin, G. Einaudi, 1994, p. 233, mentions over twenty editions, translations and commented editions following the princeps (Padua by Pierre Maufer, 1474 ?, very frequently mistaken for the first re-edition made by Antonio Carcano in Pavia in 1478) published before the mid 16th century.
[26] Vesalius had the opportunity to study that treatise by Galen when Guinther d’Andernach, while a student in Paris, was preparing a condensed version of several books by Galen, Institutiones anatomicæ, published in 1536.
[27] André Dulaurens, De dissectione, Paris, 1600 (see I, 9, p. 14 ; I, 17, p. 23 ; I, 20, p. 27).
[28] Kaspar Bartholin, Institutiones anatomicæ, Paris, 1611. Edition used: Anatomical Institutions augmented and enriched .by Thomas Bartholin, doctor in medicine, son of the author, translated into French by A. du Prat, doctor in medicine, Paris, 1647 [CESR, base Dionis].   
[29] Gabriele Zerbi, Liber anathomie Corporis Humani et singulorum membrorum illius, editus per excellentissimum philosophum ac medicum D. Gabrielem de Zerbis Veronensem, cum gratia, [re-printed in Venice by O. Scoto, 1533].
[30] Andrès de Laguna, Anatomica methodus, o. c., Paris, 1535.
[31] See L.R. Lind, Studies in Pre-Vesalian Anatomy, Biography, Translations, Documents, Philadelphia, 1975.  
[32] Charles Estienne, De dissectione partium corporis humani libri tres, a Carolo Stephano, doctore medico, editi, cum figuris, et incisionum declarationibus a Stephano Riuero Chirurgo compositis, Parisiis : apud Simonem Colinæum, 1545, p.8.
[33] Fab. [1543], preface fol. * 3b and *4a.
12, rue de l'Ecole de Médecine - 75006 PARIS - Tél. 01.76.53.19.51 - Fax. 01.44.41.10.20 - Contact : info-hist@biusante.parisdescartes.fr

La BIU Santé est
un service
des universités