Présidence : Pierre JOLY et Henri BISMUTH
SEANCE COMMUNE AVEC L’ACADEMIE NATIONALE DE MEDECINE
P. JOLY : Introduction
D. FRANCO, K. SI-TAYEB (Villejuif) : Le Foie
Intervenant : R. POUPON (Paris), Hépatologue, Chef de service à l’Hôpital Saint-Antoine
J.M. DUBERNARD (Lyon) : Le Rein « autoconstruit »
Intervenant : E. RONDEAU (Paris), Néphrologue, Chef de service à l’Hôpital Tenon
P. MENASCHE (Paris) : Le Cœur
Intervenant : G. JONDEAU (Paris), Cardiologue, Hôpital Bichat, Service du Pr A. Vahanian
E MARTINOD, Y. UZUNHAN, D.M. RADU, A. SEGUIN, G. BODDAERT, D. VALEYRE, C. PLANES,
A. CARPENTIER (Paris) : Le Poumon
Intervenant : M. AUBIER (Paris), Pneumologue, Chef de Service à l’Hôpital Bichat
H. BISMUTH : Conclusion
Chaque année, en France, près de 500 malades meurent en attente de greffe et il y a deux fois plus d’inscrits en liste d’attente que de transplantations réalisées.
La grande majorité de ces transplantations sont faites à partir d’organes de cadavres provenant, pour l’essentiel, d’accidents mortels de la circulation. La diminution espérée de leur nombre rendra encore plus difficile la disponibilité d’organes pour la transplantation. Par ailleurs, le nombre de transplantations à partir de donneurs vivants ne semble pas être une solution d’avenir dans la mesure notamment où elle soulève de nombreux problèmes éthiques.
Pour pallier le nombre insuffisant de donneurs, plusieurs moyens de substitution à la transplantation d’organes ont été envisagés depuis longtemps, mais aucun ne s’est avéré réalisable en pratique courante jusqu’à présent.
• Les organes artificiels n’existent que pour le rein et, dans certaines conditions d’utilisation, pour le cœur. Ces organes artificiels ne remplacent que de manière imparfaite les fonctions de l’organe vivant et soumettent le patient à des contraintes handicapant la qualité de vie. Pour le rein, la transplantation reste une solution thérapeutique bien préférable.
• La recherche sur l’utilisation d’organes provenant d’animaux (xénogreffe) est pratiquement abandonnée car elle se heurte à de trop grandes difficultés : transmission de maladies, notamment virales, difficile à contrôler, intolérance immunologique, etc.
Les organes auto-construits représentent aujourd’hui la piste de recherche la plus prometteuse.
Les cellules souches, embryonnaires et adultes, apportent une vraie promesse de solution. Tous les organes auto-construits reposent sur le même modèle : la matrice de l’organe provient de l’organe lui-même, qui est décellularisé avant d’être réensemencé par des cellules provenant de la différentiation contrôlée de cellules souches. L’avantage majeur des cellules souches adultes, qu’elles soient naturelles ou induites a partir de fibroblastes cutanés (cellules souches pluripotentes induites ou iPS) du même sujet est de permettre la réalisation d’une autogreffe sans réaction de rejet immunologique.
Mais, les Académies ne souhaitent pas donner de faux espoirs aux patients et, tout en soutenant cette recherche d’avenir, elles en appellent à une plus forte mobilisation pour le don d’organes.
Le développement d’organes auto-construits est actuellement sérieusement envisagé pour le rein, le cœur le poumon et surtout pour le foie, organe pour lequel la recherche est la plus avancée. Mais, nous n’en sommes qu’au stade de la recherche fondamentale; le progrès ne se fera que par étapes, et il faut compter 10 à 20 ans pour pouvoir envisager une utilisation clinique. Aujourd’hui, rien ne remplace la transplantation d’organes à partir d’organes cadavériques et de donneurs vivants.
Les patients en attente de greffe attendent une solution immédiate. Pendant que la recherche avance sur les organes du futur, tout doit être fait aujourd’hui pour favoriser le don d’organes.